Jacques Beaulieu

Jacques Beaulieu ne sera plus musique à nos oreilles

Jacques Beaulieu aura finalement le temps d’aller voir la mer. L’icône radiophonique fait aujourd’hui le bilan de sa trépidante carrière, puisqu’il se retire des ondes après que sa voix et ses choix musicaux aient animé le Québec pendant plus de 50 ans.

« Je n’écouterai pas de musique pendant deux mois! » ricane celui qui est reconnu pour son avant-gardisme et son expertise dans le domaine depuis Beaulieu à l’infini.

Ces dernières années, c’est plutôt avec Sur la route, à l’antenne d’ICI Musique, qu’on pouvait entendre sa voix prédestinée aux ondes.

Son tout premier contrat de radio remonte à 1963, à Drummondville. « Ça vous donne une idée de mon âge! » s’amuse-t-il.

Alors qu’il étudiait toujours au collège classique, une offre d’emploi chez CHRD avait attiré son attention. « Je venais de faire un travail sur le bien commun, et pour l’audition, je devais improviser pendant 10 minutes. J’ai recraché ma recherche, et ils m’ont engagé! Dans ce temps-là, c’était vraiment the top de se retrouver à la radio si jeune! »

Un jour, pendant qu’il était à ses débuts, une erreur de prononciation s’est glissée dans sa lecture de nouvelles. « J’ai dit “Charlotte-Town”, et l’animateur principal du temps a ri de moi. Je lui ai répondu “tu vas voir, dans deux ans, je vais être à ta place”. Bien, c’est ce qui est arrivé! On voit que déjà, je commençais à forger mon caractère! »

Et ce caractère l’a rapidement propulsé plus loin. Après qu’il ait été remercié pour cause de plafonnement, il a fait ses valises pour CJRS à Sherbrooke. On lui a plus tard offert un poste de morning man sur les ondes de CHLT dans cette même ville. On le devinera, ses ambitions réservaient encore bien plus au public estrien.

En effet, si ce prochain chapitre de sa vie ne témoigne pas de son dévouement pour son métier, nul ne sait ce qui le pourra : à un certain point, c’est trois émissions que M. Beaulieu animait pour CHLT. Il complétait en premier lieu son mandat de morning man, de 6 h à 9 h en semaine, pour ensuite animer le samedi Beaulieu à l’infini, de 13 h à 18 h sur les ondes AM, et de 18 h à 6 h sur la station FM.

« On n’entendait à l’époque parler que de la radio bilingue CHOM-FM à Montréal, qui jouait des artistes très marginaux. J’ai rapidement eu envie de prouver qu’en Estrie aussi, il pouvait y avoir de la bonne musique. C’est pourquoi j’ai proposé de présenter des sélections musicales très avant-gardistes le samedi. Je l’avoue, mes motivations étaient un peu baveuses! »

Aucun jour de répit pour le mélomane à cette époque, puisque le dimanche servait plutôt à la préparation de la prochaine émission, qui connaissait d’ailleurs un grand succès.

Rapidement, on l’identifiait comme « le gars de Sherbrooke », puisque l’antenne de CHLT-FM diffusait aussi loin que le Vermont, la Gaspésie et l’Ontario.

Estrien d’adoption

Lui-même peine à débrouiller les nombreux projets qui ont suivi : Télé-Québec (Cartes sur table, Protégez-vous), Cité-FM, Radio-Canada (Blues pour blues, Beaulieu par un dimanche, La Circulation, Pas le temps d’aller voir la mer, Beaulieu la nuit, Beaulieu pour la musique, Sur la route); sa fougue a résonné tant sur les chaînes télé que radio, nationales comme régionales.

« Ma plus grande force, ça a toujours été d’avoir d’excellents techniciens. C’est crucial », dit-il en présentant son complice depuis plusieurs années, Robert Dubois.

Assis au milieu de ses boîtes, dans son bureau de chez ICI Estrie, il contemple une vieille photo issue de l’époque où lui et Mouffe animaient Culbute sur la Première Chaîne. On lui avait offert une plage horaire les après-midi d’été, après qu’il ait brillamment remplacé Jacques Fauteux au micro.

« Culbute a été un projet extrêmement important pour moi. On faisait des sketches avec des bruiteurs, on réalisait de fausses entrevues, etc. Le moment le plus marquant, ça a été quand on a simulé un défilé de la Saint-Jean-Baptiste. Les lignes téléphoniques explosaient, tout le monde voulait savoir où était le défilé, c’était hilarant! »

Il s’est aussi accordé une petite pause de radio entre temps, de 1993 à 1999, lorsqu’il a fondé Beaulieu Communication. L’animateur n’a pu que suivre son cœur (et les tentatives de persuasion!) quand Radio-Canada a ouvert une station à Sherbrooke.

Bien qu’il ne soit pas originaire de la région, M. Beaulieu a fait ses preuves comme Estrien d’adoption. On lui doit, entre autres, les célébrations du 10e anniversaire du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, en 1974.

« J’en ai travaillé une claque! Mais c’était génial. On a fait un spectacle de midi à minuit, juste avec des artistes de l’Estrie. Les gens pouvaient apporter leur lunch et même prend l’autobus gratuitement pour venir », dit celui qui, par-dessus le marché, coanimait l’événement.

Repères :
– Il aime particulièrement écouter le compositeur classique Handel à la maison
– Il est originaire de Métis-sur-Mer
– Il a fait découvrir l’Estrie au pays en entier, avec Beaulieu pour un dimanche sur le réseau national.
– Il a enseigné la radio à des étudiants de l’UQAM, dont Réjean Blais.