Jérémy Comte

Injecté d’images et d’histoires

La poussière retombe tranquillement sur l’exceptionnelle année que vient de traverser Jérémy Comte. Même si la tournée des festivals n’est pas encore terminée pour son court métrage Fauve — le film était d’ailleurs en lice aux Prix Iris du cinéma québécois il y a deux jours —, le réalisateur de 28 ans voit sa vie reprendre un cours un peu plus normal, après le tourbillon de sa nomination aux Oscars en février.

« La dernière année est passée tellement vite! On dirait presque un flash! Je recommence à respirer un peu plus », commente celui qui, grâce à Fauve, a rapporté des statuettes d’importants festivals internationaux (Sundance, Palm Springs, Aspen, Melbourne, Vladivostok...), tout en étant reconnu par ses pairs québécois et canadiens, entre autres lors de festivals de films à Québec, Rimouski, Saguenay, Montréal, Vancouver, Edmonton, Calgary et Toronto.

« C’est rare pour un court métrage d’avoir une vie aussi longue! » ajoute celui qui, même s’il estime avoir encore « tellement à grandir », a malgré tout commencé à « redonner », en étant porte-parole de la Course des régions en 2018 (il l’avait remportée en 2011) et membre du jury du Festival REGARD de Saguenay en mars dernier, après en avoir été lauréat.

« C’est très important d’être présent dans la communauté du cinéma. Et lorsqu’on regarde le milieu de près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’âge pour percer. Orson Welles a réalisé un chef-d’œuvre à 25 ans [Citizen Kane], et d’autres, à 40 ou 50 ans. Pour mon expérience de jury, j’ai autant reçu que donné. Visionner 70 courts métrages et en débattre avec d’autres m’a fait prendre conscience de la subjectivité des émotions. Je sais maintenant qu’il ne faut pas trop s’en faire si on ne remporte pas un prix. »

N’empêche que toutes les récompenses et nominations reçues depuis 18 mois lui auront donné un formidable électrochoc pour concrétiser son premier long métrage, dont il vient de terminer l’écriture et pour lequel il part maintenant en quête de financement.

Fantaisie ancrée

Le film Fantasia de Walt Disney a été marquant dans le choix de Jérémy Comte de devenir cinéaste. Ce long métrage d’animation, réalisé en 1940 et comportant notamment des séquences expérimentales où le dessinateur tente de transformer la musique en images, a profondément marqué le petit garçon, qui regardait la cassette VHS en boucle.

« Les images et les couleurs me transportaient et me faisaient oublier tout le reste. Je pense que c’est là que le poids du cinéma s’est ancré en moi. C’est ma source fondamentale d’émotions. Ces images-là reviennent dans ma vie de façon récurrente. Lors de mon accident de moto au Ghana [il y était en repérage pour l’écriture de son premier long métrage], on m’a injecté de la kétamine, un anesthésiant hallucinogène, et j’ai vu des images et des formes semblables au film », raconte celui qui a grandi dans une famille où la créativité était fortement encouragée.

Ce sont ses expériences de théâtre au primaire qui ont été déterminantes dans son choix de carrière. « C’est là que je suis tombé amoureux du fait de raconter une histoire. Mais j’ai aussi pris conscience qu’au cinéma, c’était sans limites. Je pouvais représenter mes histoires, les écrire, les jouer ou rester derrière, lancer des messages et des émotions. Je suis quelqu’un de très visuel. Souvent, je ne trouve pas les mots pour exprimer des émotions, mais dans ma tête, j’ai une image très claire. »

Il aimerait d’ailleurs tourner des scènes de son long métrage à venir à Sherbrooke. « Parce qu’une partie de mon inspiration vient d’ici. »

REPÈRES

Né en 1990 dans les Hautes-Laurentides; il a un an quand sa famille déménage en Estrie.

Diplômé de l’école du Triolet, du Collège Champlain et de l’Université Concordia (baccalauréat en cinéma).

En 2010, son court métrage Feel the Hill, réalisé à l’âge de 18 ans, se retrouve dans la sélection du Festival de films de montagne de Banff.

Gagnant de la Course des régions en 2011.

Son court métrage Fauve a remporté plus de 75 prix dans 41 pays, en plus d’être nommé aux Oscars 2019.

En couple avec Daniela Andrade.