Patricia Bourgault

Infirmière, la profession de tous les possibles

Comment peut-on résumer ce qu’est la profession d’infirmière au Québec? « C’est une profession de tous les possibles », soutient Patricia Bourgault, vice-doyenne aux sciences infirmières et directrice de l’École des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke (UdeS).

Patricia Bourgault est devenue infirmière il y a un quart de siècle parce qu’elle éprouvait le désir d’aider et qu’elle avait un grand intérêt pour le monde de la santé. Très vite elle a décidé de poursuivre ses études; après la technique elle a poursuivi au baccalauréat, à la maîtrise… jusqu’au postdoctorat en sciences infirmières. « Je dois dire que j’aimais beaucoup les études », convient Mme Bourgault.

Pendant longtemps, elle a travaillé comme infirmière de recherche au Centre de recherche (CRC) du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS).

Puis elle est devenue professeure et chercheure à l’UdeS et au CRC du CHUS avant de ressentir l’appel de la gestion. Ainsi, depuis 2014, elle est vice-doyenne aux sciences infirmières et directrice de l’École des sciences infirmières de l’UdeS. « Comme gestionnaire, nous sommes là pour que les choses se fassent, pour rendre les projets possibles », explique-t-elle.

Toutes ces fonctions administratives n’empêchent pas Mme Bourgault de poursuivre ses travaux de recherche, même si ça doit être à temps partiel en raison de ses nombreuses tâches.

Parmi ses projets sur lesquels elle a beaucoup travaillé, on retrouve un algorithme novateur qui oriente la prise de décisions et l’utilisation judicieuse de médicaments pour soulager la douleur plus efficacement après une chirurgie. Cet outil a été lancé en février dernier dans les deux hôpitaux universitaires sherbrookois.

« Même si nous sommes en 2019 et que nous avons une panoplie de médicaments contre la douleur, nous ne les utilisons pas de façon optimale et il arrive trop souvent que les patients ne soient pas soulagés efficacement », soutient Patricia Bourgault.

Résultat : les patients souffrent davantage. Et les patients dont la douleur n’est pas correctement corrigée sont plus à risque de développer des douleurs chroniques, entre autres complications possibles. Voilà quelque chose qui va changer avec l’implantation de l’algorithme d’analgésie multimodale chez l’adulte (AAM-A).

Selon l’étude ayant mené à la création de l’algorithme, plus la douleur est traitée rapidement et efficacement avec une bonne combinaison de médicaments, moins les classes plus puissantes d’antidouleurs sont utilisées.

L’implantation au CHUS se fait un peu plus lentement qu’espéré. Si toutes les infirmières ont été formées et sont prêtes à appliquer l’algorithme, celui-ci n’est pas encore aussi prescrit qu’il pourrait l’être par les médecins. « On se rend compte que c’est un changement de pratique plus important qu’on le croyait », explique-t-elle.

Des focus groups ont eu lieu cet été. « Avec les premiers résultats, je ne suis pas inquiète et je suis optimiste que le changement de pratique va se faire », souligne Mme Bourgault.

La directrice de l’École des sciences infirmières parle aussi avec fierté de cette école qu’elle dirige depuis 2014. Une école qui a beaucoup grandi et dont les projets se sont multipliés à une vitesse folle.

« En 2015, nous avons commencé à offrir la formation initiale au baccalauréat. Nous avons fait des bonds de géant parce que ça répond à des besoins de la société », dit-elle.

Par rapport à ses débuts, l’École forme aussi le triple des infirmières praticiennes spécialisées (IPS), les « super infirmières », qui peuvent, entre autres possibilités, prendre en charge des patients comme le font les médecins de famille.

Avec ses 40 professeurs, l’école emploie 400 personnes et compte 1000 étudiants.

« Comme école, nous avons eu une croissance extrêmement rapide. Des fois, on souffre un peu pendant une telle croissance. Surtout quand elle arrive en même temps que des coupures dans les budgets universitaires et alors que le réseau de la santé est lui-même en pleine restructuration et en souffrance. Disons que nous avons dû être plus travaillants, plus créatifs. On ne se serait peut-être pas lancé dans tout ça si on avait su ce qui s’en venait », lance en souriant la vice-doyenne qui ne regrette cependant rien aujourd’hui alors que les plus gros tumultes sont derrière.

Le travail est loin d’être terminé cependant. L’École devra encore former davantage d’infirmières pour répondre aux besoins criants. « On souhaiterait que le baccalauréat devienne la porte d’entrée de la profession. On souhaite un rehaussement de nos infirmières et on travaille pour bien les préparer aux défis qui les attendent dans le système de santé », souligne Patricia Bourgault.

Repères

Vice-doyenne aux sciences infirmières à l’Université de Sherbrooke
Directrice de l’École des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke
A fait son doctorat à l’Université de Sherbrooke et son post-doctorat à l’Université McGill
Plusieurs engagements au niveau provincial, notamment comme présidente d’un comité d’experts ministériels en soins infirmiers
Mère de trois grandes filles de 21, 22 et 25 ans et grand-mère de deux petits-enfants de 1 et 4 ans