Maxime Nadeau et Michel Vézina

Faire voyager les bouquins

Au départ, l'idée d'un voyage de 64 jours en France et en Belgique pour vendre des livres de littérature québécoise semblait pure rêverie. Finalement, Maxime Nadeau et Michel Vézina, propriétaires du Salon Publibrairie et du Buvard de Gould, reviennent d'Europe avec une énorme réussite, des souvenirs et déjà de nouveaux projets dans les cartons.
Parcourant les routes belges dans un camion prêté par la troupe de théâtre Les baladins du miroir, les deux partenaires ont pu orchestrer 30 journées de ventes éparpillées un peu partout sur les routes de l'Hexagone et des terres belges. « Ç'a été un pur délire pour nous dans tous les sens du terme. Il y a eu énormément d'intérêt de la part de nos cousins francophones pour la littérature québécoise. Souvent ceux-ci en avaient une vision un peu folklorique, ce dont ils étaient conscients. Ils étaient enchantés d'avoir des ouvrages contemporains, surtout les avides lecteurs qui entraient dans une librairie remplie de livres inconnus à leurs yeux », raconte M. Nadeau.
Évidemment, ce vif intérêt a largement contribué aux succès de ce périple, surpassant même de façon importante les prévisions du duo de libraires. Par chance, ayant en leur possession 2600 livres répartis en 46 caisses, MM. Nadeau et Vézina n'ont pas craint de manquer de livres. « Dès la première journée de vente à Liège, nous avons atteint des chiffres qui frisaient le triple de la moyenne qu'on visait. Et des journées comme celle-là, nous en avons eu pas loin d'une dizaine. Une grande majorité des ventes ont atteint le double de notre prévision. Ce fut tellement bon qu'après une dizaine de jours là-bas, il était déjà question de démarrer une association afin de se donner une structure qui nous permettrait de revenir d'année en année », note M. Vézina.
De ce fait, en démarrant une association au cours du voyage, cela leur a donné une charge supplémentaire de travail pour faire la constitution, le statut, l'improvisation de la première réunion et la première assemblée générale. Ces choses maintenant réalisées, leur nouvelle association sera basée sur les terres françaises. « Nous avons donc laissé les livres restants là-bas comme fonds de roulement. Maintenant, nous avons notre amie Sophie Lajoie qui fera des interventions au nom du Buvard, ce qui permettra de demeurer en opération en Europe pendant que nous sommes ici. Par la suite nous pourrons également être fournisseurs pour les médiathèques de France », explique l'écrivain Vézina.
Un périple qui aura ses répercussions
Bien conscients que le Salon Pulibrairie ne fonctionnera pas à plein régime l'hiver, aller en Europe pour quelques mois dans le but d'y vendre des livres du Québec était une expérience très attrayante dans l'esprit des deux collègues. Sans prétention, ils aiment croire qu'à une certaine échelle, l'initiative aura des répercussions positives sur la vie littéraire du Québec. « Ça va surtout se voir avec le temps, mais il y a déjà des commentaires ici et là. Il ne faut pas s'emporter, mais c'est certain qu'il y aura un impact. La France est un marché très compact qui ne se laisse pas envahir. De cette manière, ce sera un gros impact à petite échelle sur quelques lecteurs et quelques bibliothèques », croit M. Nadeau.
Même s'ils préfèrent minimiser les attentes, ça n'a pas empêché Radio Nova, une chaîne radiophonique parisienne, de les inviter à émission littéraire pour parler de leur passage en Europe. Cette apparition pourrait d'ailleurs avoir de réelles retombées puisque l'animateur, Richard Gaitet, leur a demandé de sélectionner des passages de livres afin les lire lors de certaines émissions. « On ne bouleversera pas l'économie du livre en France. C'est énorme pour nous, mais sur le plan national, c'est minime », avoue Vézina.
Finalement, cette grande aventure, qui deviendra un rendez-vous annuel pour les deux hommes, n'aurait pas été possible sans la précieuse collaboration de leurs partenaires. « Il faut remercier l'Association internationale des études québécoises (AIEQ), qui a payé les billets d'avion pour le voyage, ainsi que les éditeurs et les auteurs qui ont été derrière nous depuis le début du projet. Il faut également souligner la gentillesse de la troupe de théâtre ambulante Les Baladins du Miroir, qui nous a prêté son camion, et celle de Gabriel Lalonde, peintre de Québec, qui nous a donné des oeuvres que l'on a pu vendre afin de contribuer à notre projet », soulignent les propriétaires du Salon Publibrairie.