Julien Camirand Lemyre
Julien Camirand Lemyre

Faire progresser la physique quantique en équipe

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Sherbrooke — Science, interdisciplinarité et engagement sont certainement les trois mots qui caractérisent le mieux le parcours de Julien Camirand Lemyre pendant ses études en physique à l’Université de Sherbrooke du baccalauréat jusqu’à aujourd’hui alors qu’il complète son postdoctorat.

« J’ai toujours eu de l’intérêt pour les sciences, pour mieux comprendre les choses qui nous entourent. Les progrès en physique quantique dépassent parfois l’entendement. C’est certain que c’est intéressant pour un jeune au cégep d’aller étudier dans ce domaine », rapporte celui qui a terminé son doctorat en physique et qui achève son postdoctorat en entrepreneuriat appliqué aux technologies quantiques.

Pendant ses études, Julien Camirand Lemyre a multiplié les projets, les engagements et les idées innovantes.

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, cet expert de la manipulation de l’information quantique à l’aide de microaimants a contribué à une étude interuniversitaire publiée dans la prestigieuse revue Nature avec son directeur de recherche Michel Pioro-Ladrière, l’inventeur de la technique des microaimants.

Les microaimants représentent ni plus ni moins qu’un pas de géant pour l’informatique quantique.

« Plus de 150 ans après l’invention du tableau périodique des éléments, des microaimants intégrés à des atomes artificiels ouvrent de nouveaux horizons dans la manipulation de l’information quantique », assure Julien Camirand Lemyre, qui a réalisé ses études de troisième cycle en physique à l’Institut quantique (IQ) de l’Université de Sherbrooke.

« Ma recherche est basée sur ce qu’on appelle une boîte quantique. Je fabrique des puces qui se comportent comme des atomes artificiels et qui permettent de piéger un seul et unique électron. Ma contribution dans mon doctorat, c’est l’utilisation de ce qu’on appelle des microaimants. Mon travail consiste à trouver une façon d’ajouter l’aimant aux boîtes quantiques sans corrompre les propriétés quantiques de la boîte. Ce n’est pas une tâche facile », explique-t-il.

Face à ce complexe défi, Julien Camirand Lemyre n’allait certainement pas rester seul à travailler dans son laboratoire aux portes closes. Au contraire. Il savait que la solution viendrait avec de l’aide, que cette aide pourrait se trouver à l’Université de Sherbrooke ou ailleurs dans le monde, et aussi bien en physique que dans d’autres disciplines comme le génie.

Pour compléter ce projet, il est donc allé chercher l’expertise dans une autre équipe spécialiste de la physique quantique, dans un laboratoire de l’Université New South Wales en Australie.

« Je souhaite faire tomber les barrières entre les disciplines. Dans le cadre de ma maîtrise et de ma thèse, j’ai travaillé avec plein de gens, surtout avec les ingénieurs. À l’IQ, on souhaite créer des ponts entre les gens de différentes branches. En 2015, j’ai fondé le comité étudiant de l’IQ afin de remplir les fossés entre les différentes factions d’étudiants. Au comité étudiant, c’est aussi l’objectif de favoriser la réalisation de projets plus grands en ralliant les gens et les disciplines : génie, physique quantique et matériaux quantiques », explique-t-il.

Cela mène donc à une autre caractéristique de cet homme fort occupé : l’engagement, que ce soit dans les prochains ou envers les humains.

« J’ai joué avec le Vert & Or en badminton jusqu’à la fin de ma maîtrise. J’ai souvent eu des prix comme coéquipier de l’année pour souligner mon apport à soutenir les autres », indique-t-il.

Tous ces projets et toute ces réalisations, ce n’est pas seul, toutefois, qu’il les a accomplis. « J’ai eu la chance d’avoir des gens extraordinaires pour m’aider durant tout mon parcours », ajoute le jeune chercheur.

Après avoir mené tous ces projets, entouré par plein de collègues et de professeurs, Julien Camirand Lemyre s’est lancé dans un nouveau projet : il est maintenant papa d’une petite fille de 10 mois dont il est bien fier.

Et il termine maintenant son post-doctorat en Entrepreneuriat en science et en technologie quantique, un tout nouveau programme dont le but est de permettre à des personnes qui ont la fibre entrepreneuriale d’avoir du soutien pour démarrer leur projet.

Ce nouveau programme a rapidement porté ses fruits, puisque M. Camirand Lemyre a lancé en janvier sa propre entreprise, Nord Quantique, qui a pour mission de développer des prototypes de deuxième génération d’ordinateurs quantiques. Malgré son lancement en pleine pandémie, l’entreprise est en plein essor et embauche déjà des employés.

Et le travail se poursuit. L’ordinateur quantique révolutionnera le monde. Le travail doit se poursuivre sans relâche. « Je vais continuer de développer des processeurs quantiques », assure Julien Camirand Lemyre.