Kristelle Holliday

Faire parler le « personnage » du centro

Pour Kristelle Holliday, directrice générale du Théâtre des petites lanternes (TPL) depuis maintenant sept ans, la place de l’art dans une communauté n’est plus à remettre en doute. Dans le théâtre qu’elle porte, où le fourmillement d’idées s’étend des ruelles du centre-ville jusqu’aux salles de la République du Congo, on ne tente pas de s’adresser au cœur de Sherbrooke : ont préfère lui laisser la parole.

« Pour moi, l’artiste a la responsabilité d’être à l’écoute de son milieu et d’être présent pour celui-ci », partage avec passion celle qui, depuis l’an dernier, porte également le chapeau de codirectrice artistique au TPL. Notamment à travers son projet Quatre-quarts, Mme Holliday mise sur les liens sociaux, la mémoire collective et l’amour d’un quartier au profit d’un « théâtre citoyen » signé TPL et qui se veut créateur de racines.

En fait, l’enracinement est un mode de vie pour elle.

L’Européenne est au beau milieu de sa nouvelle vie, un « après » qu’ont déterminé deux dates charnières : le 25 juillet 2011 et le 14 mai 2012. L’une marque son arrivée au Québec et l’autre, son arrivée en poste au Théâtre des petites lanternes.

« Je ne retiens presque jamais de dates, mais ces deux-là, ce sont vraiment mes repères », avance avec émotion celle qui a été élevée en Espagne d’un père anglais et d’une mère française, tous deux enseignants.

Elle se rappelle sa déséquilibrante première année dans la province, qu’elle a passée à Racine sans permis de travail ni permis de conduire. « Ce n’est rien contre Racine ! » sourit-elle.

C’est l’amour qui lui avait fait faire le grand saut. Il s’était présenté par surprise lors d’un long séjour au Burkina Faso qui marquait sa « crise de la trentaine ».

« L’histoire typique de la rupture. J’habitais Londres depuis quelques années. C’est une ville que j’adore, mais j’ai soudainement décidé que je devais partir de l’Europe. Finalement, je suis partie du Burkina Faso après cinq mois et je suis venue m’installer ici avec mon copain originaire de Valcourt », raconte celle qui a toujours affectionné la vie en ville. Enfant, elle s’était mise à caresser le rêve de travailler pour l’UNESCO après une visite du quartier général de Paris. Un souhait qui avait guidé son parcours jusqu’à ce moment, notamment pour ses études universitaires en arts visuels et en arts de la scène ainsi que pour sa maîtrise en muséologie.

« Arriver dans un nouveau pays, c’est une grande leçon d’humilité. On ne peut pas arriver et tout connaître ou tout faire comme on faisait avant. Et c’est correct. Il faut bâtir des liens et bien s’ancrer dans la culture », poursuit celle qui a fait du bénévolat à son arrivée en Estrie.

Habiter le centre-ville « à toutes les couches »

Huit ans plus tard, elle peut se considérer comme plutôt bien intégrée, grâce à ses nombreux projets et à son amour pour le théâtre. « Le travail m’énergise », dit-elle.

Son projet Quatre-Quarts, une collaboration du TPL avec LaboKracBoom, la Maison des arts de la parole et la Société d’histoire de Sherbrooke, vise à faire s’élever les voix des quatre coins du centre-ville de Sherbrooke, cet endroit qu’elle affectionne tant et qui servira de scène à une grande promenade théâtrale l’an prochain.

L’approche de Mme Holliday, qu’elle appelle aussi « théâtre paysage » lui vient d’une expérience marquante qu’elle a vécue avec les productions Wild West à Londres. « Le principe est d’utiliser un paysage pour raconter une histoire », explique-t-elle.

« Quand on est dans une communauté, il faut l’habiter à toutes les couches. Les organismes citoyens, les bâtiments, l’histoire… Il faut voir comment ces choses-là s’entremêlent et trouver le fil conducteur » dit-elle.

Actuellement à sa deuxième année d’opération sur les trois prévues, l’initiative a débuté avec des promenades-jasettes dans chacun de quarts délimités du centre-ville, alors qu’il se manifeste cet été sous forme de fêtes de quartier.

Après la tenue de la fête dédiée au quartier Alexandre, elle avoue avoir été marquée par les paroles d’un commerçant. « On m’a dit : ”le quartier Alexandre, c’est une pièce de théâtre tous les jours”. Je pense que ça le décrit parfaitement et que ça explique à merveille pourquoi j’aime autant le centre-ville. En fait, je crois que le centre-ville est un personnage auquel on s’attache » note-t-elle.

« On a toujours eu une obsession pour les fêtes dans ma famille. On adorait trouver une thématique et un concept pour animer et décorer chacun de nos rassemblements. J’imagine que c’est parce que la famille était éparpillée un peu partout, alors on tenait vraiment à faire ça en grand chaque fois qu’on se voyait » se souvient Mme Holliday,

Repères

Elle est directrice générale du Théâtre des petites lanternes depuis 2012 et codirectrice artistique depuis 2018

Elle parle couramment le français, l’anglais et l’espagnol

Elle a fait ses études à l’Université de Kent et à l’Université d’Essex, à Londres

Elle est mère d’une fille et joue au basketball