Étienne Desmarais

Étienne Desmarais: innover pour enrichir la planète

Dans la lutte aux changements climatiques, tous les gestes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) comptent. Il suffit de lire le préambule du Protocole de Kyoto et, plus récemment, de l'Accord de Paris (COP21), adopté en décembre 2015, pour comprendre qu'il s'agit d'un enjeu majeur entourant le réchauffement de la planète.
L'entreprise sherbrookoise Ecotierra et son président, Étienne Desmarais, n'ont pas attendu le consensus international pour agir en ce sens. Bien avant de cofonder Ecotierra, en 2011, Étienne Desmarais était actif sur le terrain, notamment en Amérique latine, où il a participé à plusieurs projets de développement agroforestiers doublés d'une prise en charge des projets par les collectivités locales.
En 2011, lui et sa conjointe, Karina Santana, fondent l'entreprise Ecotierra, qui se spécialise dans la fabrication et la vente de crédits carbone liés à des projets agroforestiers, tels que le café et le cacao. Six ans plus tard, l'entreprise sherbrookoise a des bureaux à Lima, au Pérou, à San Gil, en Colombie et à Abidjan, en Côte d'Ivoire.
Son approche et son expertise en matière de développement durable ont fait en sorte qu'Ecotierra a été l'une des premières entreprises québécoises à obtenir la certification B. Corp, octroyée à une entreprise dont l'impact sociétal et environnemental répond aux critères les plus élevés dans le domaine.
Concrètement, le modèle d'affaires développé par Ecotierra permet à des coopératives de café ou de cacao de générer, grâce à une gestion responsable de sa ressource, des crédits carbone, qui sont revendus sur les marchés financiers internationaux.
L'un de ces projets est situé en bordure de la Réserve nationale de Tambopata, au Pérou.
« Depuis plusieurs années, la Réserve de Tambopata est envahie par les agriculteurs qui pratiquent une agriculture extensive, explique M. Desmarais. Ceux qui élèvent des vaches, par exemple, ont besoin de beaucoup d'espace, ce qui n'est pas très rentable à l'hectare. Plusieurs d'entre eux doivent donc déboiser ou encore brûler la forêt pour obtenir plus d'espace. La Réserve est aussi envahie par des mineurs illégaux qui, faute d'alternatives, détruisent eux aussi la forêt afin d'extraire les petits dépôts alluviaux d'or contenus dans le sol. Toute cette destruction de la forêt génère beaucoup de gaz à effet de serre », relate-t-il.
En partenariat avec une organisation non gouvernementale (ONG) locale chargée de protéger la forêt ainsi qu'avec le Fonds climatique Althelia, Ecotierra gère aujourd'hui cette forêt dans une perspective de développement durable.
Ainsi, après avoir établi la quantité de gaz à effet de serre qui aurait été émise au rythme actuel de déboisement, Écotierra est en mesure de proposer une méthode alternative de cultiver plus rentable pour chaque hectare de terrain.
« On obtient à terme une réduction du taux de déboisement par rapport au scénario historique, qu'on peut prouver sur des années de photos-satellites, poursuit M. Desmarais. Cette réduction de déboisement est convertie en crédits de carbone, qu'Althelia achète et utilise auprès des instances internationales pour générer du rendement à leurs investisseurs. »
Là ne s'arrête pas l'intervention d'Ecotierra. Le café et le cacao produits sur des terres plus rentables à l'hectare sont ensuite vendus sans intermédiaire sous forme bio et équitable par les producteurs locaux regroupés en coopératives. « En procédant de la sorte, les gens se rendent compte qu'il devient beaucoup plus payant pour eux de vendre du cacao que d'élever des vaches. La famille qui avait besoin de 25 hectares pour élever ses vaches a maintenant besoin de quatre ou cinq hectares pour cultiver du café ou du cacao. On consomme moins de sols, on brûle beaucoup moins de forêts et, du même coup, la Réserve, qui est un site de grande valeur, est aussi préservée. On parle ici de 500 000 hectares de forêt. »
On estime que les projets dans lesquels Ecotierra a été impliqué de près ou de loin ont généré une valeur ajoutée de près de 100 millions de dollars sur le marché du café et du cacao. En termes de crédits de carbone transférés ou en voie de l'être, ceux-ci sont évalués à 34 millions.
« Si on considère qu'une auto équivaut à cinq crédits-carbone, on parle de l'équivalent de 6 millions de voitures retirées de la circulation », illustre Étienne Desmarais en guise de bilan provisoire.
Outre son implication en Amérique du Sud et en Afrique, Ecotierra est aussi présent au Québec. C'est le cas de la forêt communautaire Hereford, où une équipe d'Ecotierra travaille à en réduire l'empreinte environnementale.
Dans un avenir prévisible, l'entreprise sherbrookoise s'est fixé pour objectif de se positionner comme un gestionnaire de fonds de façon à éliminer les intermédiaires et maximiser l'impact positif de ses interventions sur l'environnement.
Repères
- Cofondateur d'Ecotierra (2011) avec Karina Santana
- Siège social à Sherbrooke
- Précurseur dans le marché du crédit carbone au Québec
- L'entreprise possède des bureaux au Pérou, en Colombie et en Côte d'Ivoire
- Une des rares entreprises québécoises certifiées B. Corp