Dino Mehanovic et Jean-François Dufault

En croisade contre le CO2

Dino Mehanovic et Jean-François Dufault ont un objectif, réduire les émissions de CO2. Pour y parvenir, ils ont mis au point un réacteur solaire capable de produire de l’hydrogène plus propre et moins cher et qui pourrait servir entre autres aux producteurs d’engrais et aux raffineries.

« Une des grosses sources de CO2, c’est la production d’hydrogène, souligne Dino Mehanovic. On parle en ce moment de 100 à 115 milliards $ de vente par année. C’est un très gros marché et 95 % de l’hydrogène est produit à partir du gaz naturel. Ce procédé émet 500 millions de tonnes de CO2 par année ce qui est à peu près équivalent aux émissions totales de CO2 du Canada. Il y a vraiment quelque chose à faire. »

L’hydrogène est utilisé notamment dans les aciéries, les raffineries et par les producteurs d’engrais pour faire des fertilisants synthétiques.

La technologie proposée par Dino Mehanovic et Jean-François Dufault ne brûle pas de gaz naturel.

« On utilise l’énergie solaire pour chauffer le réacteur et entamer la réaction qui produit de l’hydrogène, souligne Dino. Avec ça on vient réduire les émissions de CO2. On peut aussi partir du biométhane pour faire de l’hydrogène et puisqu’on utilise l’énergie solaire, on élimine complètement les émissions. Les cellules photovoltaïques des panneaux solaires ont une efficacité de 20 % en ce moment. Dans notre cas, on peut atteindre 50 %. Donc en gros on vient utiliser d’une façon deux fois plus efficace une certaine surface au sol. »

Vert et pas cher

Les deux jeunes Sherbrookois, qui ont fondé leur propre entreprise nommée C-SAR, le savent, ce n’est pas demain la veille que notre dépendance au pétrole disparaîtra. Il y a plusieurs moyens de combattre les changements climatiques, mais pour qu’une solution soit réaliste ou applicable, elle doit avoir du sens pour les entreprises.

« Il y a beaucoup de compétition non seulement d’un point de vue vert, mais les technologies pas propres qui existent déjà sont aussi d’énormes compétiteurs, admet Jean-François Dufault. Ce n’est vraiment pas cher de brûler du gaz ou du pétrole. Chaque fois qu’on propose une technologie verte, il faut que cette technologie soit aussi compétitive d’un point de vue économique. » 

« L’énergie est un bien considéré comme acquis au Québec, poursuit-il. On branche notre grille-pain et on ne se demande jamais d’où l’énergie vient. Lorsqu’on va augmenter le prix de cette énergie-là pour qu’elle soit verte, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des réticences. Est-ce que les gens sont prêts à faire les changements nécessaires dans leur vie pour être verts ? Ce n’est pas toujours le cas. »

Les pointes de consommation sont également un défi important pour les énergies renouvelables.

« L’énergie on la veut immédiatement, explique Jean-François Dufault. On n’attendra pas qu’il fasse soleil le matin avant de manger. Nous utilisons l’énergie solaire, donc on produit le jour. Il faut faire concorder les pointes de production d’énergie renouvelable avec les pointes de consommation. Pour la consommation, il y a une pointe le matin, ça diminue vers le milieu de la journée et elle remonte le soir. Si on regarde l’énergie solaire, le matin il n’y a pas grand-chose, le midi il y a beaucoup de soleil et le soir on ne produit rien pendant l’augmentation de la consommation. C’est un gros défi. Pour nous par exemple, une grande usine ne fermera pas la nuit. »

À la conquête du monde

Dino et Jean-François se lancent maintenant à la recherche de clients et de partenaires pour leur réacteur. Ils sont en discussion pour faire des démonstrations et éventuellement aller chercher du financement.

Les énergies vertes commencent toutefois à être un domaine très compétitif et un petit retard ou une erreur peut être fatale pour une jeune entreprise comme C-SAR.

« On espère toujours que nos prédictions de performances vont concorder avec les résultats expérimentaux, souligne Jean-François Dufault. Un peu comme les ingénieurs du pont Champlain, ils espèrent pas mal que ça fonctionne et que les deux bouts du pont se rejoignent. On n’est pas à l’abri des erreurs. On regarde nos chiffres deux fois. Il y a aussi toujours un inconfort parce qu’on veut que notre produit concorde avec les besoins du marché. C’est toujours une validation que l’on doit faire. Il faut être assez souple pour pouvoir pivoter et réorienter notre approche si elle ne suit pas le marché. »

Mais pour l’instant le marché semble bien vouloir du réacteur solaire des deux Sherbrookois.