Chantal Ouellet

En amour avec Scotstown

Chantal Ouellet ne devait qu’être de passage à Scotstown lorsqu’elle est venue s’y établir avec son conjoint à la fin des années 70. Le destin en a décidé autrement et notre lauréate du Mérite estrien, de nature impliquée et conciliatrice, est devenue la première conseillère municipale et la première mairesse du village, menant à terme d’importants projets en plus de voler au secours de l’appareil municipal en temps troubles.

Mme Ouellet rit quand elle se remémore les circonstances qui l’ont amenée à habiter Scotstown alors qu’elle était dans la mi-vingtaine. La femme, qui a grandi à Saint-Éleuthère, dans le Bas-Saint-Laurent, avant d’habiter Montréal, l’Abitibi et l’Outaouais, ne comptait pas rester sous le ciel étoilé du mont Mégantic bien longtemps.

« Quand je suis tombée amoureuse de mon conjoint, il avait déjà une maison à Scotstown. Pour moi, c’était à l’autre bout du monde, je n’avais jamais mis les pieds dans les Cantons-de-l’Est et je voulais demeurer sur la Rive-Sud, confie-t-elle, assurant qu’elle a vite succombé aux charmes du village. On a rapidement abandonné le projet de se trouver une maison ailleurs et on a commencé à s’intégrer à la communauté. »

Comme le village comptait environ 1000 personnes à l’époque, leur arrivée en 1976 n’est pas passée inaperçue. Par contre, sa tendance à s’impliquer dans différentes associations et organismes a attiré l’attention d’acteurs importants de la communauté, ce qui lui a ouvert des portes.

« Je me suis jointe au Cercle des fermières ainsi qu’à d’autres comités peu après mon arrivée. Voyant mon implication et le sang neuf que j’amenais au village, Léo Désilet m’a demandé de me présenter comme conseillère municipale à l’élection de 1978. »

« Je ne croyais pas être à la hauteur et mon profil n’était pas le plus attrayant aux yeux des électeurs : j’étais la jeune hippie de 28 ans de la grande ville qui avait les cheveux longs jusqu’aux fesses, qui n’était pas pratiquante et qui était indépendantiste, se souvient-elle. Malgré cela, j’ai été élue par trois petits votes au terme d’un recomptage et j’ai obtenu le mandat des loisirs à la municipalité. Ma première réalisation a été de créer la bibliothèque municipale, qui est encore ouverte. »

De conseillère à mairesse

Défaite à l’élection suivante, Mme Ouellet a pris une pause de la politique municipale. Son absence fut de courte durée, car elle fut choisie par le maire sortant Bertrand Bergeron pour prendre sa relève. Elle accepta et devint, sans opposition, la première mairesse de Scotstown en 1986.

« J’étais honorée que M. Bergeron pense que j’étais une bonne candidate pour le remplacer à son départ, soutient-elle. Immédiatement quand j’ai été élue, je me suis juré de faire deux mandats au plus, même si je voulais développer plusieurs projets au village ainsi que dans la région. »

Au cours de ses deux mandats, avec l’aide de son équipe et le soutien de la population, la mairesse a développé l’Arborium de Scotstown en plus d’implanter un système d’assainissement des eaux usées. Elle a aussi mené la création de la réserve Samuel-Brisson, du parc national du Mont-Mégantic et assuré le développement du secteur de Franceville, du parc Walter-MacKenzie et du parc régional du Marécage-des-Scots. Bien que la réalité économique de l’époque ait poussé plusieurs gros employeurs à fermer leur usine au village, elle a su aider les habitants du village à demeurer fiers de leur hameau.

« Je me souviendrai toujours du matin où j’ai appris la fermeture de Shermag. J’ai versé des larmes dans mon bureau, on l’a appris en même temps que les employés, un lundi matin, sans avertissement. C’était un autre coup dur pour les travailleurs après la fermeture de Guelph. Mais malgré le départ de plusieurs familles, le village a su se relever. »

Un retour inattendu

Entièrement satisfaite au terme de ses deux mandats en tant que mairesse, Chantal Ouellet a tenu sa promesse envers elle-même et s’est retirée de la vie municipale en 1994. Le développement du mont Mégantic était enclenché et un successeur était entré en poste. Cependant, des troubles sont survenus au sein de l’appareil municipal au début des années 2000, provoquant son retour en scène bien malgré elle.

« Quand les conseillers municipaux ont démissionné en bloc, des gens au village m’ont demandé de revenir. Il y avait beaucoup d’instabilité et j’ai fait un autre mandat de mairesse de 2002 à 2005. J’ai été élue pour prendre la relève d’un autre mandat trouble en 2011 et je suis restée en poste pour un cinquième et dernier mandat par la suite. »

Au terme de son périple en politique municipale, Mme Ouellet s’est vu remettre plusieurs prix, dont deux Médailles du Lieutenant-gouverneur ainsi que les prix Elsie-Gibbons et Ann-MacLean, remis par la Fédération des municipalités du Québec et du Canada respectivement.

« C’est sûr que je suis fière d’être la première femme à avoir occupé ces postes, mais je suis plus fière de ce que l’on a accompli pour Scotstown, résume-t-elle. J’ai toujours pris mes décisions en ayant les intérêts du village et des citoyens à cœur. J’aurais aimé mener d’autres projets à terme, dont la fusion des cinq municipalités du mont Mégantic, mais je suis fière de ce que j’ai accompli pour les citoyens pendant mes mandats. »

Repères

Originaire du Bas-Saint-Laurent

Complète ses études en loisirs

S’établit à Scotstown en 1976

Est élue conseillère municipale en 1978 et mairesse en 1986

A reçu deux Médailles du Lieutenant-gouverneur