Émile Langevin est souvent la cible de commentaires élogieux sur son parcours. Il ne considère toutefois pas qu’il a accompli quelque chose d’extraordinaire.

Émile Langevin en mode solution

Pour Émile Langevin, la vie n’est pas très compliquée. Lorsqu’il fait face à un problème, il trouve une solution et ainsi va la vie. Il y a toutefois un problème qu’il ne peut régler lui-même puisqu’il est atteint depuis sa naissance de la dystrophie musculaire de Duchenne, une maladie génétique provoquant une dégénérescence progressive de l’ensemble des muscles de l’organisme.

« Je ne peux pas faire d’activité physique, explique-t-il. Dans la maison je peux marcher, mais dehors les distances sont trop grandes et je dois me déplacer en fauteuil roulant. Je ne peux pas vraiment monter des marches non plus. Ça fait trois ou quatre ans que c’est pas mal stable, mais ça peut se détériorer rapidement tout d’un coup. »

Cette situation ne l’empêche toutefois pas de regarder vers l’avant. Émile a terminé avec brio les cinq années au programme d’éducation internationale à l’école Du Phare. L’adolescent de 17 ans étudie en ce moment en Sciences informatiques et mathématiques au Cégep de Sherbrooke. Il a bien l’intention d’aller à l’université.

« Je suis en réflexion, je vais peut-être aller en génie, mais la philosophie m’intéresse aussi, indique-t-il. J’aime réfléchir, mais j’aime aussi trouver des solutions à des problèmes. »

Capacitisme
Émile est souvent la cible de commentaires élogieux sur son parcours. Il ne considère toutefois pas qu’il a accompli quelque chose d’extraordinaire.

« Les gens disent que c’est super difficile ce que je fais, mais je n’ai pas cette impression-là parce que je suis habitué de vivre avec ça, souligne-t-il. Les gens s’imaginent à quel point ce serait difficile si eux tout d’un coup avaient cette maladie-là, mais ce n’est pas du tout la même chose puisque j’ai toujours vécu avec. Les gens ne comprennent pas toujours ma situation. Tout le monde a ses problèmes et pour moi, c’est normal d’être capable de trouver une façon de passer par-dessus. J’ai l’impression que les gens se plaignent souvent et même moi, parfois, je trouve que je me plains pour rien. »

« C’est un handicap, c’est certain, mais j’ai appris à vivre avec, poursuit Émile qui a trois sœurs et un frère. Ça ne sert à rien de s’en plaindre parce que ça ne changera pas. Souvent les gens vont se plaindre de problèmes qu’ils ont la possibilité de régler, ils vont juste attendre que quelque chose arrive au lieu d’agir. »

Écrire sur sa maladie
En secondaire 5, Émile avait à faire un choix de sujet pour son travail final. Après avoir sondé sans succès ses intérêts, Émile s’est finalement décidé à écrire un imposant essai de 50 pages sur sa maladie, un processus qui lui en a appris beaucoup.

« J’ai décidé d’écrire sur ma maladie pour que les gens puissent la connaître plus, note-t-il. En faisant cet essai, ça m’a fait réfléchir à tout le soutien que j’ai parce que c’est vraiment important avec une maladie comme la mienne. »

Bien conscient de sa situation, Émile se désole parfois de ne pas pouvoir en faire plus pour les gens qui l’entourent.

« Je vois qu’il y a des activités que mes proches ne vont pas faire pour ne pas m’exclure, observe-t-il. Je ne peux pas faire beaucoup de tâches dans la maison, donc mes frères et sœurs doivent en faire plus. Parfois je me sens mal d’en faire moins parce que je me dis que c’est plus de travail pour eux. Parfois je ne peux pas aider autant que je voudrais. »

« Ça peut être tough parfois et je suis découragé, admet-il. Je trouve ça plate, mais je réussis à trouver quelque chose qui me rend heureux. J’ai l’impression que j’apprécie plus chaque jour que certaines personnes et j’apprends que s’il y a des problèmes, ce n’est pas grave et je vais passer par-dessus. »

Repères

La dystrophie musculaire de Duchenne est une maladie qui affecte généralement les garçons, elle est très rare chez les filles;
Il adore prendre de longue promenade en fauteuil roulant dans son quartier et jouer à des jeux vidéo;
Il possède une auto adaptée, mais il ne lui reste qu’à passer son permis de conduire.