Amélie Laroque

Elle connaît la chanson

Vous auriez dit à la jeune Amélie Laroque qu'elle écrirait un jour des chansons pour d'autres, elle ne vous aurait pas cru. Enfant, elle détestait le français parce qu'elle avait de la difficulté.
« Je faisais des fautes, beaucoup de fautes. Les textes que je composais à l'école revenaient, corrigés, avec plus d'annotations en rouge que de mots! Je n'aimais donc pas particulièrement écrire et je ne lisais pas tellement. »
Mais elle adorait chanter sur des airs inventés. En se balançant dans la cour comme en dessinant à la table de la cuisine, elle avait toujours un refrain en tête. Un refrain de son cru.
« Pour moi, la musique est indissociable des mots. Je compose souvent sur des mélodies déjà tricotées. C'est ma méthode à moi. Ça ne vient pas de nulle part : à la maison, il y a toujours eu beaucoup de musique. Mes parents sont de grands mélomanes. Les succès des années 80, je les connais par coeur, ça jouait tout le temps. Ça m'a construite. J'aime la pop et ce n'est pas un hasard. Je pense qu'on revient toujours aux sources. »
Reste que. Se faire dire à répétition que son français n'est pas bon, ça aurait pu lui enlever toute envie d'écrire, même sur des portées.
« J'ai longtemps ressenti le syndrome de l'imposteur, d'ailleurs. Mais un jour, j'ai compris que ce n'est pas parce que tu n'es pas bon en français que tu n'es pas créatif. »
Lorsque son conjoint, le musicien et directeur musical Étienne Chagnon, lui a suggéré de signer elle-même ses chansons, elle a tenté le coup.
« Je suis une auditive, lorsque j'écris, j'entends la chanson. En musique, je suis dans mon élément. Vraiment. »
On ne peut pas dire moins. Au dernier Gala de l'Adisq, Ton départ, le touchant texte qu'elle a composé pour Marc Dupré, a ravi la faveur populaire et raflé le titre de la chanson de l'année.
Elle était dans la salle ce soir-là. L'émotion qu'elle a ressentie était indescriptible. Un peu comme cette autre fois où, au Centre Bell, 25 000 personnes ont chanté le populaire ver d'oreille en choeur avec Marc Dupré. Un moment d'exception qu'elle a savouré assise dans les gradins. Des larmes de bonheur plein les joues.
Le Félix qu'elle a ramené à la maison est une reconnaissance précieuse, une « belle tape dans le dos ». Les jours où le doute s'invite sont rares, mais lorsqu'il y en a, l'auteure-compositrice-interprète sherbrookoise tourne son regard vers l'emblématique statuette dorée qui décore son bureau.
« Ça me booste. Sinon, j'ai la chance d'être assez facilement inspirée. Je m'assois, j'écris. J'aime écrire mes trucs, mais j'adore aussi prêter ma plume à d'autres voix, me tasser un peu du chemin pour avancer sur celui de l'autre, essayer de le comprendre pour mieux le raconter, plonger dans un univers différent du mien. »
Les 2Frères, Jérôme Couture, Renée Wilkin et Marc Dupré font partie de ceux avec qui elle collabore. Il pourrait y en avoir d'autres bientôt. Ici, mais aussi de l'autre côté de l'Atlantique, où la prolifique auteure-compositrice a noué des liens lors de son passage aux Rencontres d'Astaffort, en mai dernier. Rendez-vous européen créé par Francis Cabrel et rassemblant des créateurs francophones de divers horizons, le bel événement s'inscrivait dans le paysage d'un printemps haut en réalisations pour la Sherbrookoise.
« Capitaine de son bateau »
En avril, Amélie et son conjoint lançaient leur propre étiquette de disque, Oblik Records. Un premier extrait poussé récemment ici (et bientôt en France), Sa couleur, donne une idée de la teinte musicale électro-pop dans laquelle elle souhaite enrubanner ses textes. La galette complète de neuves chansons est attendue au printemps et sera lancée sous le nom d'artiste Amé.
« C'est casse-cou de lancer une compagnie de disque dans le contexte actuel, oui. Mais je sentais qu'il fallait que je le fasse comme ça. On a proposé mon projet à des maisons de disque avant de créer notre entreprise, mais je n'ai pas senti que quelqu'un comprenait où on voulait aller, je n'ai pas senti que quelqu'un pouvait m'y amener. Et puis, c'est l'fun, être capitaine de son bateau. C'est beaucoup de responsabilités, mais c'est aussi beaucoup de liberté. »
Repères
Deuxième d'une famille de deux enfants;
Mère d'une fille de cinq ans, belle-mère d'un garçon de 16 ans;
Auteure de la chanson Ton départ, gagnante du Félix de la Chanson de l'année au Gala de l'Adisq 2016;
Lauréate des Découvertes de la chanson de Magog, en 2007
Elle a lancé un premier album éponyme en 2010.