Éclairer les esprits, et non les villes

Déjà à 10 ans, Johanne Roby connaissait sa vocation. « Moi, je veux être chercheuse », avait-elle dit avec assurance à son enseignant de quatrième année.

Aujourd’hui, Mme Roby est non seulement reconnue pour son travail de recherche sur la pollution lumineuse et son habileté à captiver ses étudiants, mais aussi pour son engagement et son leadership dans les multiples projets qu’elle entreprend. 

« Je carbure aux projets. Je suis une personne extrêmement curieuse. J’aime relever des défis et j’aime plein de choses en même temps », partage la mère de deux adolescentes.

Enseignante au département de chimie du Cégep de Sherbrooke depuis près de 20 ans, Mme Roby se fait un devoir de stimuler au maximum ceux qui franchissent la porte de sa classe en les intégrant à des projets de recherche multidisciplinaires. Plusieurs d’entre eux participent notamment au projet d’oasis de ciel étoilé à Sherbrooke que Mme Roby mène aux côtés de son collègue Martin Aubé. Le lancement sera d’ailleurs fait en mai prochain, se réjouit-elle.   

« Ce qui m’allume beaucoup, c’est de savoir que je participe à la création de la relève, dit celle qui avoue avoir toujours souhaité enseigner. Les allumer, les stimuler et faire d’eux de meilleurs bâtisseurs du futur. Les projets dans lesquels on est sont très sociétaux et communautaires. Il y a des étudiants qui se trouvent, qui se révèlent en ayant les deux mains dans un projet. » 

Alors qu’elle « allume » ses élèves, c’est plutôt l’inverse qu’elle cherche à faire avec la lumière artificielle depuis quelques années. « Je suis tombée en amour avec ce sujet-là. Mon collègue m’a embarquée là-dedans et je me suis mise à lire tout ce que je pouvais à propos de ça. C’était comme une révélation. Ce que l’éclairage artificiel et la lumière bleue peuvent faire à la santé humaine, c’est très inquiétant. Il fallait le dire à la population », lance celle qui, dès son entrée en poste au Cégep, envisageait d’entreprendre de grands projets. Ses années postdoctorales au Conseil national de recherches à Ottawa et comme chargée de projet en biopharmaceutique l’avaient gonflée à bloc. 

M. Aubé, les étudiants et elle dirigent une partie de leurs efforts vers la vulgarisation et la sensibilisation en ce qui a trait à la pollution lumineuse. « Les jeunes aiment beaucoup ça. On est deux enseignants très motivés. On les amène à plein d’endroits, on est par exemple allés au Mexique pour la cérémonie de clôture de l’Année internationale de la lumière et y rencontrer les conférenciers. Je pense que tout ça montre que quand on veut, on peut faire ce qu’on veut. Même s’il y a des montagnes, on passe par-dessus. C’est un peu ce qu’on veut montrer aux étudiants. Ils n’ont pas encore de discipline lorsqu’ils sont au Cégep, mais ils sont extrêmement créatifs », partage celle qui accorde 50 % de son temps à l’enseignement et 50 % à la recherche.  

Santé et sécurité   

La fascination de Mme Roby pour la santé humaine l’a également menée vers la mise sur pied d’un nouveau programme d’environnement, hygiène et sécurité au travail au Cégep (EHST). Elle a ainsi consacré deux ans à confectionner la grille de cheminement scolaire, à visiter différentes entreprises et à identifier les besoins régionaux en la matière. Elle enseigne d’ailleurs à la deuxième cohorte du programme en ce moment. « On est extrêmement fiers du résultat », dit-elle. 

Et puisqu’un projet n’attend jamais l’autre avec Mme Roby, celle-ci a dirigé et mis sur pied le comité de gestion des matières dangereuses au sein de l’établissement d’enseignement afin de répondre aux nouvelles exigences du SIMDUT 2015. 

Son implication et ses efforts de sensibilisation ont d’ailleurs été récompensés en mai dernier par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESSST), qui lui a remis le prix Leader national en santé et sécurité au travail 2019. 

« J’ai ouvert les portes de tous les pavillons pour répertorier les matières dangereuses. J’embarque aussi les étudiants d’EHST là-dedans dans le cadre de mes cours de chimie pour qu’ils fassent de l’apprentissage en milieu de travail authentique. Je leur confie par exemple l’organisation d’un laboratoire comme projet de session. » 

Heureusement pour les milieux dans lesquels elle s’implique, Mme Roby est loin d’être prête à ralentir. « Je me dis souvent qu’il faut que je calme et j’ai essayé des sessions où je ne faisais seulement qu’enseigner, mais si je ne fais pas de projets au travail, je vais en faire ailleurs », note celle qui se passionne notamment pour la photographie, particulièrement de nuit.