Drs Étienne Couture et Benoit Daneault

Du cœur à l’ouvrage

MÉRITE ESTRIEN / C’est respectivement comme étudiant et professeur à l’Université de Sherbrooke que les docteurs Étienne Couture et Benoit Daneault se sont connus, il y a quelques années, avant que le désir de perfectionnement n’appelle ailleurs le Dr Couture. Même s’ils sont chaque jour impliqués dans de petits et grands miracles, ils n’auraient pas pu s’imaginer que dès leur deuxième semaine de réunion à l’Hôpital Fleurimont, les deux amis performeraient ensemble dans une intervention jamais réalisée dans leur établissement, laquelle permettrait à Gilles Bibeau d’échapper à la mort qu’on lui avait prédit.

Liés par leur passion et leur dévouement pour la cardiologie d’intervention, les Drs Couture et Daneault se décrivent comme perfectionnistes; discipline oblige. Leur carburant : faire une réelle différence.  

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« En cardiologie, il y a beaucoup d’actions, de réactions et de prises de décision dans des situations urgentes, explique le Dr Couture, qui a été séduit par l’ampleur du défi. On doit prendre des décisions de façon importante. Puis, en même temps, on a un contact assez privilégié avec les patients. »

« On arrive à se lier dans des relations patient-médecin sur du long terme, complète le Dr Daneault. Parfois, on n’a malheureusement pas autant d’impact qu’on voudrait, mais parfois, on va faire une différence significative. C’est très gratifiant dans la pratique de la médecine. J’ai d’ailleurs choisi la cardiologie parce que selon moi, c’était la spécialité qui avait la meilleure balance entre les interventions et les relations médecin-patient. Puis le stress est très stimulant. »

Non seulement les Drs Couture et Daneault prennent-ils chaque jour soin de l’organe le plus lyrique du corps humain, mais ils ont en plus choisi de devenir maîtres dans l’art de le soigner… à bout de bras. Équipés d’un long mais tout petit cathéter, les cardiologues d’intervention naviguent méticuleusement dans les vaisseaux pour atteindre les cœurs en détresse. 

Pour développer un tel talent, ils ont été accueillis chez les plus grands. Le Dr Couture a étudié à Ottawa et à Paris, tandis que le Dr Daneault a réalisé son fellowship à New York.

« Une des choses qui m’a attiré dans la cardiologie d’intervention, c’est le travail d’équipe », avance le Dr Couture, qui assure que sans les efforts concertés de l’ensemble de ses collègues et de l’administration du centre hospitalier, le dénouement du cas de M. Bibeau aurait pu être fort différent. 

Sauvé par la spécialisation

En décembre 2019, La Tribune racontait l’histoire de Gilles Bibeau, 76 ans. Le 8 novembre, celui-ci était passé d’une virée en forêt à un coma artificiel en l’espace d’une journée après que sa valve mitrale eut déchiré subitement. Sa femme et ses deux fils avaient passé un week-end à ses côtés, pendant lequel on leur avait annoncé qu’il était impossible d’opérer une troisième fois M. Bibeau, et de ce fait, le sauver. 

C’est alors que le Dr Couture amorçait sa deuxième semaine à l’Hôpital Fleurimont, et sa première journée en tant que chef de l’unité de soins coronariens, qu’il a réalisé que le patient se qualifiait à merveille pour une intervention complexe et non invasive qu’il avait réalisée trois fois en carrière : la valve-in-valve. 

« Il m’a téléphoné tout de suite pour m’en parler, raconte le Dr Daneault. Quand il m’a montré l’échographie, c’était clair que c’était ce qu’il fallait faire. Je n’avais jamais eu l’occasion d’être un premier ou deuxième intervenant sur cette procédure, mais elle impliquait beaucoup de gestes que je maîtrisais déjà. J’étais très emballé, mais l’excitation n’a duré que quelques secondes, parce qu’après, il fallait tomber en mode planification. » 

En 48 heures, les deux médecins ont orchestré l’intervention, qui nécessite de réunir huit membres du personnel médical et deux représentants de l’industrie — pour les prothèses utilisées — dans une même salle. En un peu plus d’une heure, les spécialistes avaient rétabli la valve mitrale que M. Bibeau avait reçue en 2002, le tout en passant par son aine droite, puis en traversant du côté droit au côté gauche de son cœur.

M. Bibeau a été extubé le lendemain, et a obtenu son congé de l’hôpital une semaine plus tard. « C’est notre récompense, après tout ça », note le Dr Daneault. 

« Je suis allé visiter la famille Bibeau à Noël, dit le Dr Couture. Il se verse encore quelques larmes quand on se voit. » 

Plus de services

Plus que jamais motivés, les deux médecins s’affairent actuellement à bâtir un programme d’intervention valvulaire mitrale au CIUSSS de l’Estrie — CHUS. 

Grâce à l’expertise du Dr Couture, l’établissement pourra désormais offrir aux patients une thérapie appelée Mitraclip, qui implique l’installation d’une prothèse dans la valve mitrale native — plus complexe que la valve aortique, qui fait déjà l’objet d’interventions en Estrie — et qui permet d’améliorer la qualité et l’espérance de vie des patients souffrant d’insuffisance cardiaque. 

« Ce sont souvent des patients qui n’ont pas d’options chirurgicales, commente le Dr Couture. Dans les dernières années, les patients éligibles qui étaient suivis ici étaient référés à Québec ou à Montréal. Par contre, ce sont des patients qui sont malades et dont la famille est souvent à Sherbrooke. Beaucoup n’étaient donc pas en mesure d’y aller. »

« À l’heure actuelle, le volume d’intervention mitrale qui se fait à travers le monde n’est pas très grand, mais dans cinq ans, on croit que le volume va être encore plus grand que le volume actuel des interventions sur les valves aortiques », précise le Dr Daneault.


Repères 

Diplômés en médecine par l’Université de Sherbrooke

Professeurs à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS

Cardiologues d’intervention 

Dr Couture : 34 ans, originaire d’Amqui 

Dr Daneault : 39 ans, originaire de Sainte-Thérèse