Nadia Fortin

Donneuse de voix

Pour Nadia Fortin, le cinéma est une façon de donner une voix à ceux et celles qu’on entend peu. Pour elle, aucun sujet n’est tabou. L’important est d’offrir une « passerelle de communication » à des personnes qui ont une vie particulière ou traversent des épreuves hors du commun. Et on peut dire qu’avec son court métrage Rouge D 4 Femme, qui fait sortir de l’ombre Josée Delorme (une dame de 49 ans vivant avec la paralysie cérébrale), sa démarche comme cinéaste a pris tout son sens.

« J’ai aussi besoin de la fiction dans mon travail de réalisatrice, mais j’aime le côté humain du documentaire. Ce sont de plus petites équipes, ce qui nous permet de suivre les personnes à plus long terme (un peu plus de cinq ans pour Rouge D 4 Femme). Il faut de la patience, mais ça ne me dérange pas, car mon sujet s’intègre à ma vie. Aujourd’hui, j’ai un vécu avec Josée. »

Un vécu qui, depuis le lancement officiel du film en mars 2018 au Parvis, a été source d’émotions fortes, tant pour Nadia que pour Josée. Le court métrage a été sélectionné par quelques festivals, dont le Festival Cinéma du monde de Sherbrooke (FCMS), le Festival Quartier Danses à Montréal et, surtout, l’Athens Video Dance Project, en janvier 2020. Et comme Nadia tient à ce que Josée soit présente à chaque présentation publique et que cette dernière a besoin de deux préposés aux bénéficiaires, il a rapidement fallu trouver 22 000 $ pour financer le voyage en Grèce. Ce que la cinéaste a réussi grâce à une campagne de sociofinancement, au soutien de commanditaires et à une bourse du Conseil des arts et lettres du Québec.

C’est Mathieu Hamel, ami de Nadia et préposé de Josée, qui a provoqué leur rencontre, car il savait que sa bénéficiaire avait une grande soif d’être entendue. Josée s’exprime à l’aide d’un plexiglas comportant des couleurs, des lettres et des chiffres qu’elle pointe avec son regard. « Rouge D 4 » veut donc dire « femme ». Malheureusement, la plupart des personnes, intimidées, préfèrent s’adresser aux adultes qui entourent Josée plutôt qu’à elle.

« Mais au FCMS, les gens du public sont allés directement parler avec Josée après la projection. Ses parents n’avaient jamais vu ça! Ç’a été un peu la même chose à Athènes. Les Athéniens ont été super accueillants. Et Josée nous a dit plusieurs fois qu’elle ne se sentait pas handicapée, parce qu’on lui a donné l’accès à tout. Elle plane encore et elle repartirait demain. »

Du théâtre au travail social

Après des études collégiales en théâtre, Nadia Fortin a senti le besoin d’avoir une carte de plus dans sa manche, étant donné la précarité du métier de comédienne. C’est pourquoi elle s’est retrouvée en service social à l’université. Le cinéma et la vidéo lui permettent aujourd’hui de combiner ces deux facettes, surtout lorsqu’elle réalise un documentaire à portée sociale.

« Comme actrice, j’ai rapidement eu envie de travailler davantage pour l’écran, à cause du jeu, qui est complètement différent. J’ai quand même fait de la scène, mais j’ai toujours préféré la finesse et le détail du cinéma pour capter ou exprimer l’émotion », dit celle qui a par la suite suivi plusieurs formations pour devenir cinéaste.

Outre un autre projet de film sur le don d’organes, Nadia Fortin souhaite maintenant refaire Rouge D 4 Femme en entier, dans un format d’une heure, pour la télévision.

« Josée était évidemment déçue que le film ne gagne pas le Cercle d’or au FCMS, parce qu’elle souhaite être entendue par le plus de gens possible. Elle m’a demandé de l’aider à aller plus loin. Ce sera encore beaucoup de travail, il faudra plusieurs années, mais Josée voulait le faire et tout le monde a rembarqué dans le projet. »

Repères

Diplômée de la première cohorte (1999) du programme de théâtre du Séminaire de Sherbrooke, niveau collégial

A mené des études en service social à l’Université de Sherbrooke

A suivi plusieurs formations pour devenir réalisatrice, notamment à l’Institut national de l’image et du son (INIS)

Exerce depuis 2012 sous le nom de Productions Nolad en partenariat avec Olivier Hamelin

A réalisé une dizaine de courts métrages documentaires et de fiction

S’occupe des Ciné-Rencontres de l’organisme sherbrookois Cinésis

Deuxième d’une famille de trois enfants; elle a une sœur aînée et un frère cadet