Toute première karatéka canadienne à avoir obtenu son cinquième dan en Kyokushin, France Carrier a dû défoncer bien des portes pour y arriver.

Défoncer des portes

Toute première karatéka canadienne à avoir obtenu son cinquième dan en Kyokushin, France Carrier a dû défoncer bien des portes pour y arriver. Première femme à avoir atteint ce niveau dans un sport plus que sexiste, la femme de 66 ans peut se réjouir de son exploit. Aujourd’hui, elle gère cinq écoles de karaté et offre des cours aux Estriens.

« C’était vraiment quelque chose, raconte la dame qui a passé cette grande étape de sa vie en 2017. Le Japon n’acceptait pas les femmes qui voulaient passer le cinquième dan. Ça faisait près de 10 ans que je courais après André Gilbert parce qu’il fallait faire quelque chose. Ça n’avait pas de sens, j’avais des élèves de troisième dan! Il fallait faire avancer les choses, que les femmes aient leur place. Un moment donné, il m’a dit qu’il allait tout faire pour m’amener au Japon. »

« Les grands maîtres s’y réunissent, car ce sont les championnats du monde en combat et en kata, enchaîne-t-elle. [...] C’est très exigeant. Tous les grands maîtres sont là et regardent. Le stress m’a mangée. C’est vraiment quelque chose qui m’a marquée. »

Mme Carrier a dû se battre contre des femmes et contre des hommes pour passer son cinquième dan. « Ce sont des combats full-contacts, pas de protection. Tu n’as pas le droit de pied dans la figure, car c’est dangereux. J’ai été chanceuse, car au Japon, tout le monde a fait 10 combats. À un certain niveau, ils veulent plus voir ce que tu as fait dans ta carrière. Si tu as seulement suivi des cours toute ta vie et que tu n’as pas bougé de là, je ne pense pas que tu passes. Tu dois faire des exploits. Les 10 combats, il fallait au moins rester debout. C’était respectueux cependant. Je me battais contre des femmes et des hommes. C’est toute une différence, car je pesais 103 livres dans ce temps-là », décrit-elle, tout sourire.

Encore aujourd’hui, les hommes et les femmes ne sont pas traités de la même façon dans ce sport. « Les gagnants masculins vont au Japon gratuitement. Mais les femmes, même si elles gagnent, doivent payer. Je ne sais pas si ça va changer un jour », avoue la karatéka.

Mme Carrier est certaine qu’elle a fait avancer la cause des femmes dans le karaté Kyokushin. « Les femmes vont prendre confiance en elles. Pour les femmes en général, c’est de se prendre en main et de voir qu’on peut faire quelque chose, qu’il n’y a pas d’âge », décrit la vétérante de son sport.

En 40 ans, Mme Carrier n’a « malheureusement » pas eu l’occasion de pratiquer ses techniques d’autodéfense. « C’est plate, n’est-ce pas! L’autodéfense, c’est de la vitesse, donc il faut pratiquer souvent. Personne ne pourrait croire ça», dit-elle, ricaneuse.

Toute cette aventure a débuté il y a quatre décennies alors que le gymnase où s’entraînait France Carrier a fermé ses portes. « J’avais 24 ans. Un laveur de vaisselle dans les restaurants où je travaillais m’a dit qu’il suivait des cours de karaté chez André Coulombe à Sherbrooke. Je l’ai essayé et j’ai vraiment aimé ça, pour le cardio, les techniques et l’autodéfense », se rappelle celle qui pratique ce sport depuis plus de 40 ans et qui aimerait, un jour, passer son sixième dan.

Repères

Mère d’un enfant, elle n’a pas cessé de pratiquer le karaté pendant sa grossesse (mais ne faisait pas les combats).
Il y a un an, elle a surmonté une infection profonde au cou. Elle a été opérée deux fois et a subi une trachéotomie.
Elle a recommencé le karaté depuis.
Elle a travaillé à temps plein à la Brasserie Fleurimont durant 24 ans. Elle a pris sa retraite en 2018.
Donne environ 10 heures de cours de karaté par semaine.