Émilie Paquet n’est pas seulement la porte d’entrée de l’école : c’est aussi sa fée marraine, et, pendant les Fêtes, une véritable mère Noël.

De secrétaire à fée marraine

Mardi matin au secrétariat des écoles des Quatre-Vents et de l’Écollectif. Élèves, parents ou personnel de l’école défilent pour une kyrielle de raisons dans le bureau d’Émilie Paquet. La secrétaire de l’établissement a réponse à tout (ou presque!) : du simple bobo d’un enfant aux difficultés que connaît le frigo. Émilie Paquet n’est pas seulement la porte d’entrée de l’école : c’est aussi sa fée marraine, et, pendant les Fêtes, une véritable mère Noël.

L’école des Quatre-Vents est l’école de quartier. Elle accueille plusieurs enfants provenant de milieux défavorisés ou issus de l’immigration. L’établissement accueille aussi l’Écollectif, qui est « tout un autre monde ». Émilie Paquet est bien dans ces deux mondes et ne changerait pas de place avec personne.

Ses bons coups se sont souvent retrouvés dans les médias, même si cette mère de famille est loin de rechercher la lumière des projecteurs. Depuis environ huit ans, elle souligne la fin de l’année scolaire pour les finissants des classes d’accueil de l’école des Quatre-Vents. Les enfants sont invités à aller manger une crème glacée à Coaticook, et c’est en véritable cortège automobile qu’ils s’y rendent.

La Tribune a déjà assisté à la fête de Noël auprès des enfants des classes d’accueil : une scène émouvante où l’émerveillement atteint un sommet. Certains ont fui la guerre et ont connu les camps de réfugiés.

« C’est parce qu’il y a des gens autour de moi que je suis capable de faire ce que je fais, parce que sinon ça serait beaucoup trop. La générosité, c’est comme la bonne humeur, c’est contagieux. Mais ça prend du temps et de l’énergie pour gérer ça (...) C’est mon chum qui a eu l’idée des cadeaux avec les enfants des familles d’accueil. C’est un ami qui a eu l’idée de la balade en auto. La friperie, je l’ai démarrée toute seule, mais si je n’avais pas eu d’aide, je l’aurais fermée à un moment donné. Tout le temps, il y a quelqu’un qui vient se greffer. Il y a un bénévole qui part, il y en a un autre qui arrive. »

Émilie a en effet mis sur pied une friperie à l’école, qui permet de donner un coup de pouce aux familles.

L’activité de Noël a pris des proportions inégalées au fil des ans. Émilie a même établi un partenariat avec un organisme de Longueuil. Elle s’organise même pour savoir ce que les enfants auraient aimé avoir s’ils avaient un montant d’argent en leur possession, question de l’aiguiller avec ses présents. Depuis quelques années, à l’initiative de son ancien patron Pierre Mailhot, elle collabore avec le Camp musical d’Asbestos, où des petits immigrants sont invités à aller y séjourner. Un des objectifs est de poursuivre l’apprentissage de leur nouvelle langue pendant la période estivale.

Qu’est-ce qui fait qu’Émilie Paquet se dévoue autant pour ces enfants qui arrivent de loin? « Ce qui fait que j’aime autant la clientèle immigrante dans mon cas, c’est qu’on est quatre enfants, quatre filles, la plus jeune ayant été adoptée (elle est haïtienne d’origine). J’étais assez vieille quand elle est arrivée pour voir ses réactions devant tout ce qui était nouveauté : la première neige, comment elle se sentait; avoir peur parce que dans la douche, l’eau qui sort du mur, ce n’est pas normal... Ce sont toutes des choses qui sont acquises pour nous. Mais quand on peut comprendre par quoi elle passe, cette clientèle vient me chercher probablement plus pour ça. » Ses parents avaient déjà trois filles lorsqu’ils ont décidé d’adopter. « Je pense qu’il restait une main à un des deux parents pour qu’on se promène tout le monde ensemble. Mes parents, ils sont comme ça. Ma mère est enseignante de carrière », raconte Émilie, en soulignant à quel point sa famille et elle forment un clan tissé serré. Son père, note-t-elle au passage, était d’ailleurs à son activité de fin d’année avec les enfants des classes d’accueil. Cet amour des enfants lui provient clairement de sa famille.

Tout ce qui se passe dans le bureau d’Émilie Paquet pendant l’heure où nous y sommes révèle toutes les tâches « connexes » que peuvent accomplir les secrétaires d’école. « On est multitâches. Je considère qu’on est plutôt des pieuvres. Ça nous prend huit bras, on aimerait avoir deux ou trois cerveaux. Il faut être capable de mettre sur pause quelque chose pour régler autre chose et revenir sans se tromper. Un enfant qui est blessé, c’est une priorité. Mon minou qui a faim, ça en est une autre aussi. Mon quotidien, c’est ça. »

La secrétaire tisse aussi un lien particulier avec les familles.

« Je suis à la veille de lui faire un trophée pour secrétaire de l’année », lance une maman qui entre dans le secrétariat. Elle aurait sans aucun doute l’appui de tous les enfants de l’école.

REPÈRES

Originaire de Sherbrooke;
Mère d’une fille, elle et son conjoint Martin Ouimette ont ensemble trois enfants;
Termine sa 11e année à Quatre-Vents.