David Morin : lutter contre l'intolérance

MÉRITE ESTRIEN / On l’a vu et entendu partout, alors que des attentats terroristes semaient l’émoi à différents endroits sur le globe. Derrière ces tragédies qui ont marqué l’actualité, au-delà des « faits divers » médiatisés, le professeur de l’Université de Sherbrooke David Morin tente de mieux comprendre ces phénomènes et surtout, de les prévenir.

Coup d’œil sur sa page de l’UdeS : la liste de ses titres s’additionnent, si bien qu’on n’en énumérera que quelques-uns ici, dont celui de vice-doyen à l’enseignement et au développement international à la faculté des lettres et sciences humaines.  

La palette d’expertise est large
(relations internationales, opérations de maintien de la paix, terrorisme et radicalisation), mais elle suit un fil conducteur. Il travaille depuis 20 ans sur les enjeux de sécurité nationale et internationale. Il a fait son service militaire en France comme officier. Il a travaillé notamment comme conseiller politique au Kosovo, de même qu’au Centre Pearson pour le maintien de la paix, ce qui l’amène à participer à plusieurs missions en Afrique comme formateur.  

Ce n’est pas que le fil de sa carrière qui mène David Morin à s’intéresser à la radicalisation et à l’extrémisme : cet intérêt trouve aussi ses racines dans son passé. Il y a, dans son histoire, ce grand-père qui a échappé de peu à la Gestapo. Et des souvenirs de jeunesse qui l’ont heurté.

« En tant que Français, j’ai vu la montée de l’extrême droite radicale. J’avais beaucoup d’amis issus de l’immigration, on a vécu toutes sortes de choses compliquées avec la police. J’ai vu ce que ça pouvait être, le délit de faciès et ce que c’était l’extrême droite française qui est montée en puissance, de manière assez impressionnante en quelques décennies (...) Les fois où j’ai été contrôlé en voiture ou que l’on m’a interdit d’entrer dans des discothèques c’était parce que j’étais avec des copains maghrébins. On n’était pas maltraité, mais ça les faisait se sentir surtout pas à leur place. J’ai compris assez vite ce que ça pouvait être de ne pas se sentir à sa place. »

C’est pour cette raison qu’il a eu envie de s’installer au Québec.

« J’ai rencontré un Québec accueillant, assez ouvert. C’est ce Québec-là que j’aime. »

« De manière générale, je suis quelqu’un de plutôt en colère contre l’injustice et contre la bêtise humaine. C’est ce qui explique que des fois je suis un peu sanguin. En même temps, je suis quand même un humaniste. Je sais reconnaître la beauté et le travail des gens. »

L’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent a vu le jour en 2015. David Morin en est le codirecteur. L’objectif, avec la création de cet observatoire, est de mieux documenter la radicalisation. Ce phénomène demeurait peu documenté lorsque l’Observatoire a été créé.

« Quand les attentats de Charlie Hebdo sont survenus et qu’on a vu qu’au Québec il y a aussi des enjeux, avec plusieurs collègues, on a ressenti le besoin de travailler ensemble sur ces enjeux-là, de prendre aussi une place dans l’espace public pour être capable d’apporter des éléments de compréhension aux gens. C’était important parce que souvent, ce n’est pas très bien couvert les questions de terrorisme, c’est beaucoup anecdotique ou sensationnaliste. C’est correct, ça génère chez les gens toutes sortes d’émotions, mais c’est important d’arriver à apporter un cadre de compréhension pour répondre aux inquiétudes des gens et de remettre ça dans son contexte... »

La création de cet observatoire a été un point tournant, souligne-t-il. Les chercheurs s’intéressent notamment aux djihadistes et à la montée de l’extrême droite.

« On comprend mieux le phénomène. Je pense qu’il faut continuer la recherche, mais aussi là où on est encore limité, c’est de documenter les pratiques qui fonctionnent en matière de prévention et d’intervention. »

Pour le chercheur, la pratique compte tout autant que la théorie. Il est d’ailleurs l’un des nombreux visages derrière Dialogue +, une iniative menée par Actions interculturelles et qui vise à « redynamiser les relations ethnoculturelles » et à favoriser une plus grande mobilisation des jeunes.

« Dans mon parcours, il y a toujours le souci d’arrimer la recherche avec la formation et aussi d’avoir un impact sur le terrain. C’est important d’avoir une implication sociale, d’essayer de faire bouger les choses. C’est clair que le terrorisme a généré la peur. La peur génère la colère et la colère, il faut la canaliser; c’est souvent contre des ennemis facilement désignés. Il y a toujours un ressac. Le ressac, en ce moment, c’est l’extrême droite. »  Et puis, dit-il, comme beaucoup de gens, il a cette volonté de faire sa part pour la société en luttant contre l’intolérance.

David Morin est aussi cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, qui a été lancée en février dernier. Plusieurs recherches sous son égide sont en cours en ce moment. « La Chaire est bien en mouvement », assure-t-il.

Repères 

Né en France en 1976

Vit à Magog avec sa conjointe et sa fille de 10 ans

A fait une partie de ses études en France

Sa famille vit toujours dans l’Hexagone

Arrivé à l’UdeS en 2010