Mylène Rioux
Mylène Rioux

Créer pour résoudre

MÉRITE ESTRIEN / Née dans un minuscule village d’un peu plus de 1000 habitants, la jeune Mylène Rioux ne voit que des champs quand elle regarde par la fenêtre. C’est souffrant pour elle de grandir dans si petit. Elle rêve de grandes villes, de projets, d’action.

« J’ai toujours su que je ne resterais pas où j’ai grandi. Je crois que s’en était fatiguant pour mes parents », lance-t-elle en riant, ajoutant que ce sont ses parents qui lui ont transmis sa fibre patriotique.

« Mon père a une grande gueule. J’ai grandi en entendant ses histoires de souverainistes, de colonisation et de menaces des Anglais. Ma mère était plus discrète, mais elle était une grande lectrice. On était très pauvre financièrement, mais très riche intellectuellement. »

Son monde s’agrandit un peu quand sa famille déménage à Baie-Comeau où Mylène fait ses études collégiales en Lettres. Elle se passionne pour le théâtre et est de tous les comités. Au point qu’elle remporte le Prix de l’implication à la fin de son Cégep. Puis en 2000, elle arrive à Sherbrooke pour étudier en Littérature à l’Université de Sherbrooke.

« Je croyais que j’aimais la littérature parce que j’adorais lire. Je souhaitais devenir une grande écrivaine. Mais mes études m’ont fait réaliser que je n’étais pas faite pour l’étude de la littérature. Je n’arrivais plus à lire sans avoir une fonction, ça m’enlevait tout mon plaisir. Et puis les dissertations de 20 minutes sur l’exposition des personnages, j’aimais pas trop. J’avais de la difficulté à trouver du sens. J’avais besoin de me sentir plus utile, besoin de davantage de concret. »

Quand elle accepte un poste au Centre d’éducation populaire de l’Estrie en 2008, c’est simplement pour prendre de l’expérience en enseignement avant d’aller transmettre ses connaissances en littérature aux cégépiens, pense-t-elle.

« Je suis arrivée au centre en alphabétisation avec tous mes préjugés. Je ne voulais pas y travailler. Les Québécois qui ont un parcours difficile, j’en n’avais pas peur. Je venais d’un milieu populaire et ils auraient pu être mes cousins. Mais ma lutte pour le français, jusque-là, n’incluait pas les immigrants. Puis j’ai découvert l’aspect relationnel du français. La langue pour rencontrer l’autre, le connaître, travailler ensemble », raconte celle qui a vu tous les individus qui se cachaient dans le mot immigration.

« C’est avec le milieu commu- nautaire finalement que je suis tombée en amour. J’étais pas faite pour enseigner. Je ne suis pas assez patiente. J’ai découvert que j’étais une personne créative, pas tant artistiquement, mais créative pour résoudre des problèmes, inventer des affaires qui améliorent la vie des gens, mettre sur pied des projets. Et dans le communautaire, on a une grande liberté pour concrétiser nos bonnes idées », souligne celle qui, toujours pour trouver des solutions, a siégé aux conseils d’administration du Centre de la petite enfance (CEP) de ses deux enfants, de la Corporation de développement communautaire (CDC), de la Corporation de Développement Économique Communautaire (CDEC) et commissaire à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

Lors d’un événement-bénéfice que Mylène organisait, une amie lui fait remarquer à quel point elle est rassembleuse, une vraie leader.

« Les gens pensent que j’ai confiance en moi et que je suis forte parce que je suis articulée et que je suis un verbo moteur, alors que je suis plus fragile et sensible que ce que je présente de moi », mentionne celle qui a quand même décidé de miser sur la perception que les gens ont d’elle pour réaliser ses projets.

À condition que le travail se fasse dans le plaisir. Et quand elle a du plaisir, il n’y a rien qu’elle ne peut pas accomplir.

L’avenir? Il y a son talk-show Thérapie collective qui sera lancé dès que la pandémie le permettra. Et Mylène ne ferme pas la porte à la politique. Mais juste si elle peut faire la différence, résoudre créativement des problèmes.

« Je ne veux surtout pas devenir une personnalité, c’est-à-dire une personne qui fait rien mais que tout le monde connaît. Si je n’ai pas la certitude que je puisse faire bouger les choses, je n’irai pas. »

Une personnalité? Peut-être parce que de plus en plus de monde la connaisse, mais certainement pas parce qu’elle a les bras croisés.

Repères

Originaire du petit village de Saint-Louis-du-Ha! Ha! dans le Bas-Saint-Laurent, Mylène Rioux est née le 19 juin 1981.

Elle déménage à Sherbrooke en 2000 pour ses études universitaires en littérature et complète son baccalauréat à l’UdeS en 2005.

Directrice générale du Centre d’éducation populaire (CEP) de l’Estrie depuis 2012, elle y travaille depuis 2008.

Elle a reçu en 2019, le prix Jacques-Poisson offert par la Société nationale de l’Estrie pour la défense et la promotion du français.

Instigatrice de plusieurs projets, elle a lancé avec la collaboration d’auteurs de la région deux recueils donnant la parole aux gens qu’elle accompagne en alphabétisation.

Membre de plusieurs conseils d’administration et ancienne commissaire à la CSRS, elle a toujours été impliquée dans sa communauté.