Sébastien Roulier

Courir comme un philosophe

Lorsqu'il a décidé de se lancer dans la course à pied, le médecin Sébastien Roulier de Sherbrooke était loin de se douter que cela lui ouvrirait autant d'avenues. Pas seulement sur le plan personnel, mais aussi pour la société en général qui en profite largement.
Quelque 160 courses plus tard, l'ultramarathonien est devenu un symbole, une référence, une notoriété. Si ses exploits sont légion, il y a aussi son sourire éternel qui ne le quitte jamais avant, pendant et après une course. Presque une marque de commerce.
« Je suis propulsé par la course, le plaisir, les rencontres et le partage. Le plaisir, c'est important. On me voit souvent avec le sourire même si je souffre. Avec le sourire, ça fait moins mal », assure celui qui est né à St-Bruno-de-Montarville.
L'étincelle
L'étincelle de départ de Sébastien Roulier est survenue en 1999 alors qu'il s'adonnait jusque-là à des randonnées pédestres. « Un ami a couru un marathon en 1999. Ça m'a convaincu et j'ai participé à mon premier marathon dès l'année suivante. Les performances et les médailles s'accumulaient, j'ai gagné un marathon en poussant mes enfants. C'était drôlement motivant et au début je ne me faisais pas à l'idée de courir pour les autres », explique Roulier.
Or, le médecin a fini par convaincre le coureur qu'il avait un message à livrer. « J'ai compris que je pouvais faire beaucoup plus que simplement courir. J'ai développé le projet En mouvement pour la santé sans trop savoir où cela aboutirait. C'est un projet qui rejoint toutes les sphères de ma vie. L'athlète qui veut explorer sa passion et la partager. Et le médecin, sensibilisé par le vécu des malades et de leurs familles, qui considère qu'au-delà de son rôle de soignant, la prévention et la promotion des saines habitudes de vie sont nécessaires. »
Des conférences grand public ont pris forme, notamment dans les écoles pour parler de persévérance et résilience. « Les montagnes, les épreuves, les difficultés de la vie se surmontent en les abordant une à la fois et souvent avec l'aide des autres. Les limites existent parce qu'on les croit infranchissables. J'en discute dans ma conférence », souligne celui qui a également été approché pour s'associer à de nombreuses causes. Des invitations acceptées si elles ont un lien avec son projet, la plus récente avec la Base Bootcamp de North Hatley.
« Je ne peux malheureusement pas épouser toutes les causes. Je me limite à celles ayant un lien avec la mienne », précise-t-il.
Les bienfaits de la course
Sur un plan personnel, Sébastien Roulier voit plusieurs bonnes raisons de courir et d'avaler des kilomètres dans des épreuves qui l'amènent à courir jusqu'à 36 heures sans arrêt, comme il l'a fait il y a quelque temps à l'Ultra-Trail du mont Blanc en France.
« J'ai besoin de ma dose de course pour mon humeur et mon bien-être. Je ne cours pas pour fuir les journées de travail à l'hôpital. Je vis le moment présent et je regarde devant », fait-il valoir.
Et d'enchaîner Roulier : « La course avive mes pensées. Des fragments de pensées qui surgissent au gré de ce que je vis sur la montagne, au gré de mes sens qui sont sollicités. Courir me permet de réfléchir sur moi, sur la vie. Philosopher en courant. Il y a aussi toutes ces rencontres faites grâce à la course. J'explore là où la course me mène. »
L'artiste
Sébastien Roulier a sa propre définition du coureur qu'il est. « À ma façon, je m'imagine comme un artiste. Les routes, les paysages, les sentiers, ce sont mes toiles; mes jambes et mon corps, mon pinceau; mon mouvement à la course, ma création. »
S'il n'en tient qu'à lui, Roulier étendra son champ d'action. « J'aimerais courir avec des gens qui en sont privés. Servir de guide pour un non-voyant dans une course ou encore pousser des gens à mobilité réduite. »
Plusieurs courses d'envergure sont également dans sa mire, dont le Spartathlon, une course de 250 km en Grèce, sans oublier le Défibrose Mont Orford, les 29 et 30 septembre prochains, alors qu'il tentera d'abaisser sa marque de 27 montées et descentes de la montagne.
De toute évidence, le tableau de l'artiste est loin d'être achevé.
Repères
- Âgé de 43 ans;
- Père de trois enfants;
- Intensiviste pédiatre au CHUS;
- 160 courses entre 4 et 170 km sur route ou en trail;
- 34 victoires, 58 podiums, aucun abandon;
- A fondé En mouvement pour la santé;
- Conférencier sur la persévérance et la résilience.