Depuis 2017, Andréanne Tanguay œuvre en tant que directrice scientifique et coordonnatrice du programme Rock Steady Boxing, qui se tient au Club de boxe de Sherbrooke.

Combattre le Parkinson un coup à la fois

Andréanne et Claude étaient un couple très actif. Jusqu’à ce que la maladie de Parkinson frappe Claude; les premiers symptômes sont apparus en 2012. Le diagnostic tombe comme une brique, en 2014. Plutôt que de baisser les bras, la professeure agrégée à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke a décidé d’aider son conjoint à combattre le Parkinson, un coup de poing à la fois.

Depuis 2017, Andréanne Tanguay œuvre en tant que directrice scientifique et coordonnatrice du programme Rock Steady Boxing, qui se tient au Club de boxe de Sherbrooke.

Rock Steady Boxing s’adresse aux personnes atteintes du Parkinson en leur proposant un entraînement de boxe selon une approche globale, qui sollicite à la fois leurs capacités cognitives et leurs capacités physiques.

C’est par des membres de sa famille qui résident au Texas, aux États-Unis, qu’Andréanne Tanguay a pour la première fois entendu parler de Rock Steady Boxing. Elle a immédiatement su qu’elle pourrait maximiser cette approche. C’était en 2015.

Elle a ainsi pu joindre sa vie professionnelle et sa vie personnelle.

« Mon conjoint est atteint de la maladie; au-delà des médicaments, qu’est-ce qu’on pouvait faire pour l’aider à apaiser cette maladie neurodégénérative? J’ai tout de suite aimé l’approche globale du programme. Ma spécialité au travail est au niveau neurologique; mes projets de recherche sont donc liés à ça. Et avec mon conjoint, le Parkinson teinte la vie de tous les jours. Le proche aidant qu’on est, est toujours là », dit-elle.

« J’ai l’opportunité d’être dans un milieu académique et dans un domaine de recherche apparenté. J’ai réorienté mes projets de recherche de ce côté plus neurologique pour regarder toutes les approches qui se faisaient. Et comme infirmière, j’aime voir toutes les approches non pharmacologiques pour aider une personne atteinte d’une maladie irréversible et dégénérative. En bout de piste, on doit se doter de moyens pour s’adapter à la maladie et non pas se réadapter, car le Parkinson va progresser de jour en jour. »

La boxe, une symbolique forte

Andréanne Tanguay n’était pas étrangère à la boxe; autrefois, à Magog, elle a suivi des cours avec l’ancien boxeur et kickboxeur professionnel Alain Bonnamie. Ce dernier est aussi atteint du Parkinson.

« Il a été emballé par mon projet, et il m’a parlé de son ami Éric Lucas, l’ancien champion du monde. C’est lui qui m’a mis en contact avec Franklin Dorey et le Club de boxe de Sherbrooke (CBS). J’avais besoin d’un local, et des équipements pour me lancer, mais aussi de plages horaires de disponibilités. J’ai trouvé tout ça, et beaucoup d’ouverture, au CBS. »

« La boxe a une symbolique très forte pour les gens atteints de la maladie de Parkinson. Les boxeurs ressentent cette force-là, comme s’ils devenaient des combattants. Et lorsqu’ils montent dans le ring, surtout à leurs débuts, c’est un sentiment encore plus fort ».

Andréanne, en compagnie de son conjoint, accueille les participants pour leurs séances, à raison de deux fois par semaine, selon le cas.

Ils étaient quatre participants, en 2017; ils sont maintenant près de 40.

Si les coups de poing ont un effet libérateur, Rock Steady Boxing, ce n’est pas juste ça, dit-elle.

« Il y aussi et surtout, la camaraderie entre les participants. Il n’y a pas de jugements, ici, contrairement à ce qui peut se passer dans les autres gyms. Ils peuvent aller à l’intensité qu’ils veulent. Ailleurs, ils se sont sentis observés; les personnes atteintes du Parkinson ont des raideurs, des positions courbées, parfois des tremblements, et cela amène souvent des jugements et en conséquence, ils abandonnent leurs activités dans des groupes réguliers. Avec l’aspect de camaraderie et la symbolique de la boxe, c’est ce qui fait le succès de Rock Steady par rapport à un simple cours de boxe. C’est une communauté », dit-elle, en précisant que seulement deux endroits au Québec sont reconnus Rock Steady Boxing, alors qu’il y a 750 endroits dans le monde qui offrent ce service.

L’approche clinique de Rock Steady Boxing a même motivé Andréanne Tanguay à joindre ses efforts avec le Centre Cummings de Montréal afin de déposer une demande de subvention auprès de Parkinson Canada. L’objectif est de quantifier les impacts du programme sur la qualité de vie des gens atteints du Parkinson.

« Je n’aime pas trop utiliser l’expression, mais c’est mon lab de boxe. Certains ont un laboratoire qui contient des éprouvettes et des souris, moi c’est avec des humains que j’apprécie beaucoup que je travaille. Il y a tellement à prouver quant aux bienfaits de l’activité physique; il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas de cure à la maladie et que la médication, qui fonctionne assez bien pour certaines personnes, représente toujours un défi d’ajustement du dosage. Il faut donc trouver une option. »

Au départ, Andréanne Tanguay voulait essayer d’implanter Rock Steady Boxing pour un an ou deux; force est d’admettre que le projet a de bonnes chances de se transformer en un acquis à long terme.

« Ça nous a permis de développer des partenariats avec Parkinson Estrie, avec le Centre de recherche sur le vieillissement, avec des chercheurs en génie, avec une ergothérapeute de l’Université McGill. Des étudiants à la maîtrise et au doctorat se joignent à nous comme entraîneurs. L’équipe est intéressante et devient de plus en plus riche avec, surtout, l’aide des entraîneurs de boxe du CBS. C’est très prometteur. »

Repères

Née à Saint-Hyacinthe;

Professeure agrégée à l’École des Sciences infirmières à l’Université de Sherbrooke;

Directrice scientifique et coordonnatrice à Rock Steady Boxing.