Serge Marchand

Chercher des réponses, trouver un sens

Serge Marchand a passé toute sa carrière de chercheur à s’intéresser à la douleur. Cette douleur qui cloue les patients à leur chaise, celle qui les empêche de fonctionner, cette douleur souvent mécomprise par les médecins. Comme chercheur clinique, Serge Marchand a participé à faire évoluer les traitements et la compréhension médicale face à la douleur. « Je me suis dit tellement souvent à quel point j’étais chanceux d’être payé pour faire un travail aussi extraordinaire », soutient-il.

D’emblée, Serge Marchand se souvient de son enfance. Dans son milieu, il n’y avait pas d’universitaires. Son père était mineur à Val-d’Or, sa mère travaillait à la buanderie de l’hôpital. « Quand j’étais petit, je ne pensais pas que j’avais accès à l’université. C’est à 22 ou 23 ans que j’ai rencontré quelqu’un dans la caravane de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), qui se déplaçait pour rencontrer les jeunes. Et j’ai eu le déclic à ce moment-là. J’avais déjà un enfant et j’ai décidé d’entrer à l’université », se souvient celui qui a ensuite cumulé les diplômes jusqu’au postdoctorat.

Au début de sa carrière, Serge Marchand était tout simplement allergique aux réunions et aux postes administratifs. « Quand j’étais un jeune chercheur à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, je détestais les réunions. Je voyais passer des offres pour des postes administratifs et ça ne m’intéressait tellement pas! » se souvient-il en riant.

Mais l’allergie s’est estompée petit à petit. Il a accepté quelques mandats de nature administrative pour mettre l’épaule à la roue à sa façon.

À travers ses recherches, ses projets et les étudiants qu’il supervise, celui qui détient un doctorat et un postdoctorat en neuropsychologie est ainsi devenu directeur scientifique du Centre de recherche clinique du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CRC du CHUS). Ce mandat de presque cinq ans lui a permis de réaliser plusieurs beaux projets, notamment du côté des infrastructures du CRC.

« À la fin de mon mandat, je n’ai pas voulu en demander un deuxième. J’ai repris mon laboratoire, mes recherches, j’étais heureux comme ça. Mais je me suis rendu compte que c’était devenu un peu plus lourd. Les subventions de recherche sont difficiles à avoir. Je passais plus de temps à remplir des demandes qu’à enseigner à mes étudiants », dit-il.

Puis un bon jour, on vient le voir pour lui parler du poste de directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec — santé (FRQS). Intéressé? « Je n’étais pas certain », dit-il en toute franchise.

En connaissant mieux le poste qui lui était offert et l’équipe qui allait l’entourer, Serge Marchand a été séduit. Tellement séduit qu’il a décidé d’accepter le poste — tout en conservant son poste de professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke pour encore au moins une année.

Avec un portefeuille de 120 M$ par année, le FRQS est l’organisme provincial chargé de financer la recherche au Québec, tant les chercheurs que les infrastructures.

« Mon travail consiste à prendre des décisions sur les orientations que nous prenons dans un contexte où, bien que nous ayons des millions, il n’y a pas encore assez d’argent pour tout le monde. Est-ce que nous poussons dans la bonne direction? Quelles sont les meilleures décisions stratégiques pour aider les chercheurs à travailler? »

« C’est un emploi qui amène à travailler sur de nombreux dossiers à la fois, certains sur du long terme, d’autres plus ponctuels. Il y a vraiment beaucoup à faire, et ça m’amène à voyager beaucoup dans le monde aussi », dit-il.

Prendre les rênes du FRQS est passionnant, mais cela ne va pas sans une certaine réorganisation familiale.

« Mon épouse a un doctorat. Nous avons travaillé ensemble, nous avons même publié plusieurs fois ensemble. Mais en même temps que je voulais accepter ce travail, elle aussi voulait réaliser un rêve : étudier en médecine. On a donc décidé de se lancer tous les deux dans nos projets. Pendant que je suis à Montréal presque tous les jours de la semaine, elle fait son externat en s’occupant seule de ses quatre enfants de 12 à 18 ans. C’est un peu fou, mais on y arrive », soutient le chercheur sans cacher son admiration pour celle qui partage sa vie.

Quand son contrat au FRQS se terminera dans cinq ans, Serge Marchand ne se tournera certainement pas vers la retraite. Mais il ne sait pas encore ce qu’il fera. « Je regarde ça de loin encore. Mon mandat commence à peine », dit-il. Chose certaine, il gardera certainement le Centre de recherche du CHUS dans son cœur.

Repères

- À 60 ans, il a deux filles, cinq petits-enfants et vit avec les quatre enfants de son épouse
- Il a trois frères et deux sœurs
- Il est originaire de Val-d’Or
- Il a étudié à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, à l’Université de Montréal et à l’Université de San Francisco en Californie
- Il a été directeur scientifique du Centre de recherche du CHUS de 2008 à 2013