Christelle Lefèvre, lauréate du mérite estrien. 
Christelle Lefèvre, lauréate du mérite estrien. 

Changer des vies un ordinateur à la fois

Lilia Gaulin
Lilia Gaulin
La Tribune
Dévouée envers les humains. Voilà ce qui décrit bien Christelle Lefèvre, une citoyenne impliquée qui a à cœur sa communauté. Sans sa volonté d’obtenir une société égalitaire, plusieurs personnes n’auraient pas eu accès à certaines ressources technologiques à un moment où il était primordial que petits et grands soient en mesure de rester connectés.

Le confinement lié à la COVID-19 aura permis à Christelle Lefèvre et à Sylvain Bergeron de mettre en place le projet Un ordi pour nos élèves. Cette initiative vise à donner des ordinateurs ainsi que d’autres appareils électroniques à des familles sherbrookoises dans le besoin. En trois mois, plus de 900 personnes ont reçu du matériel électronique. Près de 600 élèves ont été équipés, de tous les niveaux scolaires.

« L’école doit être un des premiers vecteurs d’égalité entre les enfants. Le confinement a causé des inégalités sur le plan du maintien des activités pédagogiques. L’objectif était de rétablir le tissu social tout en brisant l’isolement », mentionne la dame. 

Ce sont majoritairement les enseignants qui ont soumis le nom des familles. « C’était important de reconnecter la communauté. Au début, les gens ont répondu tellement rapidement. Ç’a été extraordinaire », ajoute celle qui avoue que la réalisation du projet n’aurait pas été possible sans le travail acharné du propriétaire du commerce Inforditech, Sylvain Bergeron. L’homme agit comme technicien dans le projet. 

Quelques adultes ont aussi pu tirer profit de cette initiative. 

« La technologie n’est pas un aspect négligeable. Si les parents ont un premier contact avec la technologie, ils ont une meilleure employabilité. Ce n’est pas tout le monde qui sait utiliser adéquatement la technologie. » Des téléphones intelligents et des tablettes électroniques ont également été remis au CIUSSS de l’Estrie-CHUS grâce à cette initiative. 

Christelle Lefèvre, qui a travaillé comme éducatrice spécialisée de 2002 à 2010, soutient que le projet n’aurait pas été possible sans l’apport de nombreux bénévoles. 

« Sans la communauté, il n’y aurait rien eu. Les bénévoles ont effectué de nombreuses livraisons. Ils ont fait beaucoup de kilomètres. Les gens ont été extraordinaires. » La dame évoque que les consignes sanitaires ont été respectées. « Nous avons effectué beaucoup de désinfection. Il était hors de question de prendre des risques. Nous avons été très rigoureux. » 

Ce projet a permis de faciliter le quotidien de plusieurs familles estriennes. « Quand nous allons livrer, les gens sont parfois très émotifs. Pour certaines personnes, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Enfin, il y a quelque chose de positif dans leur vie », note Mme Lefèvre. 

Des demandes provenant de partout à travers le Québec ont été acheminées à l’instigatrice du projet. De nouvelles cellules ont été créées à Magog et dans la MRC du Haut-Saint-François. 

Malgré tous les efforts, des familles sont toujours dans le besoin sur le plan technologique et la demande ne dérougit pas. « Nous n’avons pas comblé tout le monde. Il y a encore des gens qui ne savent pas qu’on existe. Les besoins sont énormes. Les gens peuvent encore donner. » 

L’éducation, une passion

Ex-commissaire scolaire, éducatrice spécialisée, entraîneuse certifiée en programmation neurolinguistique, zoothérapeute : Christelle Lefèvre a l’éducation qui coule dans ses veines. 

La dame est une infatigable étudiante. Elle terminera d’ailleurs sa maîtrise en administration des affaires prochainement. Elle est également détentrice d’un certificat en gestion, en politiques appliquées et en psychologie de l’Université de Sherbrooke. « Apprendre, pour moi, c’est essentiel. C’est ma nourriture de base. Si je n’apprends pas, je m’éteins », lance-t-elle posément.  

« Quand tu apprends, c’est là que tu réalises que finalement, tu ne connaissais pas grand-chose. J’en veux toujours plus », ajoute-t-elle. 

L’ancienne commissaire scolaire espère une révolution au sein du système d’éducation québécois. 

« Les populations qui ne sont pas éduquées ne sont pas maîtres de leur vie. À travers l’éducation, il y a une reprise de pouvoirs individuels et collectifs. Une bonne éducation n’est pas seulement de former de la main-d’œuvre. Il faut former des citoyens avec un esprit critique. Tout n’est pas mauvais, mais il faut souvent remettre en question le système. L’école est le premier outil pour rétablir l’égalité des chances », souligne-t-elle en ajoutant que les conditions d’apprentissage ne sont pas évidentes pour tout le monde. 

Christelle Lefèvre est une dame de cœur. Impliquée pendant six ans à titre de commissaire scolaire, elle agit désormais à titre de consultante en entreprise. C’est la tête remplie de projets qu’elle entrevoie l’avenir. « Je ne veux pas m’arrêter. Je n’ai pas de plan. Je vais voir où la vie me mènera. Je m’épanouis en m’impliquant », conclut-elle.