Au volley comme en famille

Retour en août. Après un parcours sensationnel de l'équipe canadienne masculine de volleyball lors de la phase de groupe, celle-ci se bute à la Russie, qui lui montre la sortie en trois manches en quarts de finale.
Même s'ils étaient les premiers volleyeurs canadiens à participer au tournoi olympique depuis 1992, même si leurs chances étaient minimes devant l'une des puissances mondiales de la discipline, même s'il ne se trouvait aucun parieur suffisamment enthousiaste pour leur accorder la moindre chance de terminer aussi haut que le cinquième rang à l'aube du tournoi, les joueurs de l'entraîneur-chef Glenn Hoag semblent aussi atterrés au terme de leur défaite de 25-15, 25-20, 25-18 que s'ils avaient été les favoris pour l'emporter.
C'était cependant le dernier des soucis de Nicholas Hoag lorsque, en larmes comme plusieurs de ses coéquipiers, il a enlacé son père, qui venait de diriger son dernier match avec Équipe Canada.
Le point culminant d'un long processus
Parce que depuis dix ans, le Sherbrookois Glenn Hoag se concentrait principalement à redorer le blason d'Équipe Canada afin qu'elle puisse accéder aux Jeux de Rio. De son propre aveu, il avait la tête au court 365 jours par année, « à l'exception d'une semaine de vacances », lui qui est aussi directeur du Arkas Sport Club à Izmir, en Turquie, depuis huit ans.
« Pour moi, c'était un bel accomplissement, la fin d'un long processus. C'était un projet de dix ans qui venait de se concrétiser. Entre 2006 et 2016, il a fallu instaurer un système, une philosophie d'entraînement et malgré tout ce que ça a pris, c'était un long procédé qui n'était pas garanti de fonctionner. Lorsqu'on s'est fait éliminer, ma pensée était beaucoup envers les gens qui nous ont aidés au fil des ans, dont les joueurs qui n'avaient pas été sélectionnés. Il y en a 12 qui vont aux Jeux, mais il y a une soixantaine de joueurs qui sont passés à travers le processus pour nous permettre d'y arriver », mentionne celui qui agira dorénavant comme conseiller auprès d'Équipe Canada pour assurer la transition avec le futur entraîneur.
Il ne cache pas qu'il a aussi dû mettre « ses émotions de père dans le tiroir de temps en temps » au cours de ces dix années.
« L'aventure avec mon fils, c'est ambivalent. On avait besoin de son talent et de celui de TJ Sanders. Entre la période 2014 et 2016, c'était crucial qu'on les fasse croître le plus rapidement possible pour qu'ils nous aident à nous qualifier pour les Jeux. Ils ont donc suivi un parcours atypique en remettant leurs études à plus tard et en passant directement chez les professionnels plutôt que de passer d'abord par les universités. Il y a donc tout l'aspect froid de développer l'athlète en plus de l'aspect père-fils. C'est sûr que t'en es fier, mais tu t'attardes à ce que tu dois faire, parce qu'on ne voulait pas se donner d'excuses. On avait nos moments ensemble à la maison, mais pas tellement sur la route. On se concentrait vraiment sur les éléments nécessaires pour faire avancer le groupe. »
N'allez cependant pas croire qu'un quelconque vernis d'amertume recouvre l'amour filial qui unit le plus jeune Hoag à son père, bien au contraire. Les plans du paternel ont permis de faire de Nicholas Hoag l'une des pierres d'assise d'Équipe Canada, non seulement pour les Jeux de Rio, mais aussi pour la formation qui aspirera à participer aux Jeux de Tokyo, en 2020. Avant d'aider le Canada à se qualifier pour Rio, Nicholas Hoag s'est d'ailleurs établi comme un professionnel aguerri, lui qui a remporté le championnat de France trois années consécutive en plus d'être nommé joueur par excellence à deux reprises. Il évolue maintenant avec le Powervolley Revivre de Milan, en Italie, au sein de l'une des plus puissantes ligues professionnelles au monde.
« Je lui dois pratiquement tout, affirme Nicholas Hoag. C'est lui qui m'a aidé à devenir qui je suis aujourd'hui. Sur le court, il m'a beaucoup aidé, mais à l'extérieur aussi. Je lui parle pratiquement tous les jours et ça m'aide encore en tant que professionnel. Il m'a appris le respect, à travailler fort, à respecter les gens qui m'entourent par ce que je dégage, par mon éthique de travail, par ma discipline et à être humble. C'est ce que j'aime beaucoup chez lui et qui est très important pour moi, malgré les belles choses qu'on vit. J'ai eu la chance d'avoir des parents et un frère exceptionnels. En espérant que je puisse revivre ça dans quatre ans à Tokyo en tant que famille. »
« On ne peut pas jurer qu'on va se qualifier, parce que ça n'a pas été facile de le faire pour Rio, mais c'est de ça qu'on a appris le plus et on va s'en souvenir. On avait un bon mélange de jeunes, de gars à leur apogée et de gars plus vieux. Là, ça va être nous (Sanders et lui) qui allons être à notre meilleur dans quatre ans et je crois que ça va être une bonne année, en espérant que tout le monde progresse. Et je ne sais pas ce qu'il fera, mais Glenn va sûrement être encore autour pour nous aider. »
Pour les Hoag, le travail n'est jamais vraiment terminé.
Repères - Nicholas Hoag
A terminé au 5e rang aux Jeux olympiques de Rio;
A remporté le championnat de France lors des trois dernières saisons (deux fois avec Tours et une fois avec Paris) ;
Évolue actuellement avec le Powervolley Revivre de Milan dans la Lega Italia.
Repères - Glenn Hoag
A aidé le Canada à obtenir son meilleur classement à vie en volleyball olympique lors des JO de Los Angeles, en 1984;
Directeur du Arkas SportClub et entraîneur de l'équipe senior, en Turquie, depuis huit ans
Fête ses 58 ans aujourd'hui (mardi);
Ses deux fils, Christopher (28 ans) et Nicholas (24 ans) sont des joueurs professionnels de volleyball en Europe.