Julie Bernard et Patrick Chabot

Agents de changement

En travaillant sur la nouvelle cour de l’école LaRocque, Julie Bernard et Patrick Chabot n’ont pas que mis un peu de verdure dans une oasis d’asphalte. En plantant des arbres aux abords de l’école et en y aménageant une surface gazonnée avec tous les artisans du projet, le couple souhaite semer les graines du changement, celles qui nous permettront de penser les choses — dont nos cours d’école — différemment.

La réalisation de la cure de rajeunissement a été un travail de longue haleine, qui s’est étiré sur environ cinq ans. L’une des premières étapes a été la fermeture de la rue Mère-Teresa par la Ville de Sherbrooke, qui donne juste devant l’église Immaculée-Conception-de-la-Très-Sainte-Vierge-Marie; l’endroit est ainsi devenu un espace vert.

La réfection de la cour était déjà prévue autour de 2021, rappelle Julie Bernard, présidente du conseil d’établissement de l’école primaire. Des investissements d’environ 300 000 $ étaient prévus. Mais plutôt que de réinvestir pour asphalter la surface, le projet a été pensé autrement, en prévoyant notamment des arbustes, une surface gazonnée... Bref, un espace aux airs de cour familiale pour les enfants du coin qui n’ont qu’un balcon comme terrain de jeu. Une fois terminé, le projet aura nécessité des investissements d’environ 1 M$.

L’initiative a été un travail de groupe, rappelle le couple, parents de quatre enfants âgés de cinq à dix ans.

La naissance de la nouvelle cour, qualifiée du « miracle de l’école LaRocque » par le directeur Jean-François Gagné, ne se résume pas que par de nouveaux aménagements et des investissements. Le couple a expliqué sa démarche dans un documentaire qui est toujours en production. Le montage devrait commencer ce printemps.

Tout au long de sa démarche, il a rencontré des intervenants comme l’éditorialiste de La Presse François Cardinal, qui a écrit Perdus sans la nature, et cet automne il a invité lors d’une soirée au Granada le cardiologue François Reeves. Il est aussi allé voir les bons coups de certaines écoles aux États-Unis et en Belgique. Dans cette démarche et dans les projets qu’ils ont menés auparavant, les deux citoyens engagés parlent « d’innovation écosociale ». Ils ont géré, pendant un temps, le café Utopia, un café « écosocial » qui visait notamment la revitalisation du quartier du secteur de la rue Alexandre.

Ils parlent de leurs congés sans solde ou familiaux comme des « congés d’engagement ».

Les deux enseignants au Cégep de Sherbrooke racontent que l’entrée à l’école de leur plus vieux a suscité une certaine réflexion. « La réputation de l’école LaRocque et du quartier, à l’époque, ce n’était pas la meilleure réputation », raconte Patrick Chabot, en soulignant que le couple s’est demandé s’il déménageait. Le quartier est situé dans un îlot de chaleur très important, note Mme Bernard.

Il a finalement décidé de rester, et ce fut un point tournant de son engagement. « Si on reste, on peut apprendre. Si on passe notre temps à fuir, on n’apprend jamais. Après s’être dit que la fuite ne servait à rien, la deuxième conclusion, c’est qu’il fallait innover, changer les choses. On s’est dit qu’il fallait créer des espaces différents de manière différente. On s’est vus comme des intermédiaires entre des organisations qui sont prises avec leurs impératifs, leurs formulaires et leur loi et des citoyens qui disent qu’il faut que ça change, mais qui en même temps se concentrent beaucoup dans la revendication », indique M. Chabot.

« On s’est dit qu’on allait s’impliquer dans la transformation de notre quartier pour que les conditions de vie soient meilleures. »

« Les inégalités socioenvironnementales, ça existe. Ç’a aussi des impacts sur des inégalités de santé. Les plus favorisés ont des environnements plus verts et ç’a des impacts en termes de santé et de qualité de vie. On s’est dit que le réchauffement climatique, il serait partout. Donc la fuite n’aurait servi à rien », note M. Chabot.

Le couple a été contacté par des gens, en Estrie et ailleurs en province, pour voir comment ils pourraient eux aussi réaliser un tel projet.

« Ça fait longtemps que c’est documenté, à quel point la présence de verdure et de nature a des effets bénéfiques, de multiples effets bénéfiques pour tout le monde », souligne M. Chabot.

Repères

Parents de quatre enfants de 5, 6, 8 et 10 ans;
Julie Bernard est enseignante en philosophie et Patrick Chabot en sociologie au Cégep de Sherbrooke;
Elle est originaire d’Amos en Abitibi et lui de Montréal.