Mérite estrien

L’implication au quotidien et au naturel

MÉRITE ESTRIEN / Sabrina Joyce-Dupuis recevait l’année dernière la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour son implication remarquable dans son milieu. L’adolescente qui en était alors à sa dernière année au secondaire à l’Escale d’Asbestos a été très émue, mais aussi surprise, par cette récompense.

Pour Sabrina, aujourd’hui âgée de 17 ans, s’impliquer à travers son parcours scolaire était tout simplement naturel. On la retrouvait ainsi dans l’harmonie de l’école et dans l’ensemble vocal, elle qui s’est découvert une passion pour le chant au début de son secondaire.

Elle a également fait partie des Entraidants pendant deux années. « C’est un groupe qui fait de la sensibilisation et qui organise plusieurs activités, par exemple une journée sans maquillage. On a aussi aidé à préparer des tourtières pour les paniers de Noël, explique Sabrina. C’est un groupe qui venait chercher ce que j’aime : aider les gens. C’est ce qui me fait le plus plaisir. »

C’est aussi pour son attitude positive que le directeur et la psychoéducatrice de l’école ont soumis la candidature de la jeune Asbestrienne.

« Quand j’ai reçu la lettre, je ne comprenais pas trop. Je me demandais qui m’avait proposée. Dans ma tête, il me venait le nom de plein d’autres personnes qui auraient mérité cette récompense », raconte celle qui a aussi pratiqué la danse pendant huit ans.

Rêve de médecine

Sabrina poursuit maintenant des études au Cégep de Sherbrooke dans le but d’intégrer une faculté de médecine à l’université. Elle espère se spécialiser en périnatalité. Enfant unique, elle a toujours beaucoup aimé les bébés. On lui a d’ailleurs répété à plusieurs reprises qu’elle possédait un sens maternel très développé.

« J’ai toujours eu la médecine en tête, mais je ne l’ai jamais vraiment dit puisque je ne croyais pas avoir le potentiel et que je n’étais pas en chimie ou en physique », explique celle qui a aussi envisagé effectuer une technique en éducation à l’enfance.

Sa mère ayant connu des problèmes de santé, Sabrina a fréquenté les hôpitaux tout jeune. C’est peut-être à ce moment que l’idée de la médecine a germé dans sa tête, mais c’est en quatrième secondaire qu’elle a réalisé qu’elle avait le potentiel pour accéder à son rêve. Avec une moyenne générale supérieure à 90 % maintenue jusqu’à l’obtention de son diplôme, elle démontrait sa persévérance, mais aussi ses grandes aptitudes.

Consciente que beaucoup d’années d’études sont encore devant elle, Sabrina est prête à les affronter. Afin d’atteindre son objectif, elle a toutefois pris la décision de réduire ses différentes implications afin de se concentrer sur ses études.

« Je suis perfectionniste et je suis capable de mettre les efforts pour arriver à de bons résultats. Mes études sont ma priorité », souligne-t-elle.

« C’est ma mère qui m’a donné le goût à l’école. Tous les soirs en revenant de l’école, elle sortait mes cartables et m’aidait à faire mes devoirs. Elle aimait ça et le faisait vraiment toujours dans le but de me faire aimer l’école », confie Sabrina qui a malheureusement perdu sa mère l’année dernière des suites de la maladie.

« Mes deux parents ont toujours eu une grande fierté dans mon parcours scolaire », remercie-t-elle.

L’adolescente a fait preuve d’une résilience extraordinaire à travers cette épreuve. Sa famille, ses amis et des professeurs conciliants lui ont aussi été d’un grand soutien.

Puis après avoir terminé ses études, Sabrina espère simplement avoir une maison, une famille et des enfants. « J’aimerais rester dans le coin et pratiquer ici. J’ai une préférence pour les petits milieux. » Rien de bien compliqué, mais tout pour faire son bonheur.

Repères

Âgée de 17 ans et résidente d’Asbestos

Récipiendaire de la Médaille du Lieutenant-gouverneur

Étudiante au Cégep de Sherbrooke

Mérite Estrien

Lorsque la faim justifie les moyens

MÉRITE ESTRIEN / S’il était encore de ce monde, Rock Guertin serait assurément fier de ce qu’est devenue la Fondation qui porte son nom et du rôle qu’elle joue dans la lutte contre la pauvreté. Et il y a fort à parier que le regretté fondateur serait tout aussi heureux de constater que, 10 ans après son départ, son fils Sylvain et son directeur général Denis Fortier ont su préserver le crédo de la Fondation voulant que « la faim justifie les moyens »…

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le tout premier Panier de l’espoir, créé en 1982, alors que Rock Guertin animait une tribune téléphonique sur les ondes de CHLT 630. Depuis cet appel d’un auditeur en détresse, des milliers d’autres paniers ont été confectionnés et distribués, année après année, à des milliers de familles. Et des milliers d’autres le seront encore cette année à l’occasion de la grande distribution des Paniers de l’espoir.

Avocat civiliste à la tête de son propre cabinet, Sylvain Guertin n’a d’autre choix que d’évoquer le sort d’Obélix lorsqu’on lui demande de décrire son cheminement au sein de la Fondation. « Dans mon cas, c’est un peu ça. On peut dire que je suis comme tombé dedans quand j’étais petit, dit-il. À la maison, mon père en parlait tout le temps. Pour lui, le fait de savoir qu’une famille qui habite la même ville que lui n’a pas de quoi manger, c’était impensable. Il fallait qu’il fasse quelque chose… »

Au fil des ans, Sylvain Guertin s’est donc impliqué dans les activités de la Fondation, tout en poursuivant ses études en droit et sa carrière de juriste. Comme des centaines d’autres bénévoles, il a lui aussi mis l’épaule à la roue en participant notamment à la confection et à la distribution des paniers.

En avril 2008, lorsque le cancer a emporté le fondateur des Paniers de l’espoir, tous les yeux se sont naturellement tournés vers son fils, qui occupe encore aujourd’hui le poste de président de la Fondation Rock-Guertin.

Quelques semaines plus tard, c’était au tour de Denis Fortier de faire son entrée à titre de directeur général de la Fondation Rock-Guertin. Ancien employé de Shermag, il demeure à ce jour la seule personne à l’emploi de la Fondation. C’est à lui qu’est revenue la tâche de mettre en place une structure organisationnelle adéquate, permettant à la Fondation de poursuivre sa mission tout au long de l’année.    

« J’ai réalisé l’ampleur de la tâche qui m’attendait lorsque je suis rentré dans le bureau de M. Guertin le premier jour, se rappelle-t-il. À l’époque, le disque dur de la Fondation, c’est Rock qui l’avait amené avec lui… », précise-t-il, en référence aux nombreuses relations que le fondateur avait développées au fil des ans sans toutefois les documenter.      

Outre les traditionnels Paniers de l’espoir qui précèdent chaque année la fête de Noël, la Fondation Rock-Guertin offre aussi des paniers à deux autres moments charnières de l’année : à Pâques ainsi qu’à quelques semaines de la rentrée scolaire.

Sans tambour ni trompette, la Fondation Rock-Guertin tient aussi discrètement chaque année, au sous-sol de la cathédrale, un repas réservé aux personnes itinérantes, sans parler des nombreuses demandes de dépannages ponctuelles et individuelles qu’elle reçoit de divers organismes.

« Les dépannages ponctuels, c’est un peu ce qui est à la base du premier Panier de l’espoir, rappelle Denis Fortier. Ça permet de répondre à des gens qui traversent une période difficile, de façon temporaire. Personne n’est à l’abri d’une perte d’emploi ou d’être frappé par la maladie », ajoute-t-il en parlant des quelque 250 dépannages qu’offre la Fondation.  

En ce qui concerne les Paniers de l’espoir, ce sont plus de 13 000 boîtes de nourritures qui seront livrées cette année à quelque 2250 familles, parmi lesquelles on retrouve 3000 enfants. Chaque panier est d’une valeur de 300 $.

« Pendant un bon bout de temps, mon implication auprès de cette œuvre-là, je l’ai fait à la mémoire de mon père », soutient encore aujourd’hui Sylvain Guertin.

Environ une décennie après le décès de Rock Guertin, l’objectif est le même : nourrir les Sherbrookois dans le besoin.

Bon an mal an depuis 35 ans, plus d’une quarantaine d’entreprises continuent de s’associer à l’œuvre des Paniers de l’espoir, indique Denis Fortier. « On est chanceux d’avoir des partenaires aussi généreux, souligne Denis Fortier. La plupart des entreprises nous prêtent leurs véhicules, fournissent des bénévoles et nous aident à faire des livraisons. »

Au total, c’est 1,2 million de dollars de nourriture que la Fondation Rock-Guertin distribue chaque année grâce aux dons qu’elle reçoit et aux campagnes de souscription qu’elle mène tout au long de l’année.    

« Je pense que tant et aussi longtemps que la générosité des gens sera au rendez-vous, il faudra que la Fondation soit là pour répondre aux multiples facettes de la pauvreté, dit Sylvain Guertin. L’appui qu’on reçoit de la part de nos donateurs, de nos bénévoles, année après année, est tellement important que c’est ce qui nous anime et c’est ce qui va toujours nous amener à vouloir nous dépasser dans l’avenir. »

Mérite Estrien

Un touche-à-tout qui aime redonner

MÉRITE ESTRIEN / Gérer, solutionner et anticiper. Voilà trois mots-clés pouvant servir à décrire la carrière de Jean-Michel Ryan, actuel président de l’organisme Tourisme Cantons-de-l’Est et copropriétaire de la station de ski Mont Sutton.

Originaire de la région de Québec, M. Ryan se définit lui-même comme un « touche-à-tout » parce que, au fil des ans, il a œuvré dans plusieurs domaines différents. Il a notamment travaillé au sein d’entreprises manufacturières, goûté au secteur de la santé et fait une incursion dans l’univers du commerce.

« Avec les années, j’ai connu la petite et la grande entreprises, ce qui m’a donné un bagage d’expériences variées. J’ai toujours aimé la gestion et ça transparaît dans mon curriculum vitae », note-t-il.

Amateur de glisse depuis son enfance, Jean-Michel Ryan connaissait néanmoins peu les rouages de l’industrie du ski avant de devenir directeur général de la station Mont Sutton, un emploi qui l’a plus tard amené à acquérir cette entreprise.

« C’est vrai que je n’avais pas une très bonne connaissance de l’industrie du ski quand on m’a confié le poste de directeur général à Sutton en 2006. Par contre, un centre de ski, c’est comme plusieurs petites entreprises regroupées en une seule. On parle donc d’un contexte d’affaires, ce qui me mettait à l’aise en raison de mes expériences professionnelles passées », explique le grand patron de Mont Sutton.

En raison des changements climatiques et du vieillissement de la population notamment, l’industrie du ski a connu son lot de difficultés au cours des 15 dernières années. L’homme d’affaires ne le nie pas, mais il se montre philosophe lorsqu’on évoque cette question.

« Des entreprises faciles, ça n’existe pas. Nous, au Mont Sutton, on travaille avec cœur et, après une bonne saison, on est fier en pensant à tous les gens à qui on a donné du boulot. »

« J’aime contribuer »

Au même titre que plusieurs autres gens d’affaires, M. Ryan aurait pu faire le choix de se concentrer uniquement sur les activités de son entreprise, d’autant plus qu’il en est devenu le copropriétaire en 2016 seulement. Mais il a décidé d’embrasser nettement plus large.

« J’aime beaucoup m’impliquer et contribuer aux activités dans mon milieu. Vous savez, on grandit à travers nos implications. On rencontre des gens qui réfléchissent différemment. C’est enrichissant. Surtout que, lorsqu’on gère une entreprise, on a notre équipe et on peut finir par être assez tourné vers soi », soutient-il.

Non seulement occupe-t-il la présidence de Tourisme Cantons-de-l’Est, il est par surcroît président de l’Association des stations de ski du Québec et coprésident du comité aviseur de la « démarche vision attractivité Cantons-de-l’Est/Estrie ».

« J’ai un petit côté workaholic, c’est vrai. Je suis très occupé, mais je réussis à arrimer mes différentes occupations pour que ça fonctionne. Et, en plus, j’essaie de préserver ma qualité de vie, une chose qui reste importante pour moi », indique-t-il.

Promouvoir le tourisme

Jean-Michel Ryan ne le cache pas, il aimerait qu’une nouvelle entreprise touristique d’envergure voie le jour en Estrie. « Si on ajoutait un attrait de l’importance de Foresta Lumina ou du Zoo de Granby, c’est certain que ça serait plaisant. Ça ne se fait malheureusement pas en claquant des doigts. »

Pour favoriser le développement de l’industrie touristique dans la région, Tourisme Cantons-de-l’Est s’efforce de « cibler des clientèles assez précises » et de tout mettre en œuvre pour les séduire par la suite.  

Consolider l’industrie du tourisme est un des principaux objectifs de M. Ryan et, pour arriver à cela, il intervient à l’occasion auprès des députés, lesquels peuvent influer directement sur les gouvernements. « J’essaie de les sensibiliser, de leur faire comprendre quelle est notre vision. Notre secteur présente des avantages. Par exemple, un hôtel ou un centre de ski, ça ne se délocalise pas », lance-t-il.

Repères

- Né à Québec en 1968;

- Détenteur d’un baccalauréat en sciences politiques;

- Père de deux enfants;

- Copropriétaire de Mont Sutton, président de Tourisme Cantons-de-l’Est et président de l’Association des stations de ski du Québec.      

Mérite estrien

Le désir d'en faire plus

Pour Mathieu Brodeur, enseigner est une passion. Il adore ça. Mais enseigner entre quatre murs, en lisant les manuels et en suivant les plans des matières scolaires, ce n’est pas sa façon de faire, du moins pas pour les 180 jours de classe par année. Une activité après l’autre, M. Brodeur aspire à transmettre à ses élèves les connaissances requises, oui, mais aussi plusieurs valeurs importantes. Par des appuis concrets aux causes qui lui tiennent à cœur, par l’humour et surtout dans le plaisir, il prépare déjà les jeunes à devenir les adultes de demain.

« À 12 ans, l’élève prend beaucoup d’informations et il n’est fermé à rien du tout. Ces élèves-là sont appelés assez tôt à être des citoyens si on veut. L’entraide, la solidarité, l’altruisme... J’ai préparé des projets au fil des ans, j’essaie de trouver des façons de rendre ça concret pour eux, où on vient vraiment en aide à quelqu’un, où on le fait pour vrai », explique l’enseignant de sixième année à l’école de la Maisonnée.

Mathieu Brodeur souhaite créer des souvenirs d’activités plaisantes qui sont reliés à une bonne action, à une valeur importante, et qui resteront dans la tête de ses élèves jusqu’à l’âge adulte. « Je veux déjà les conscientiser, semer quelque chose en eux. Mes anciens élèves sont rendus à 20 ans, ils reviennent me voir et ces élèves-là ne me parlent pas de l’école, ils me parlent de ces projets-là, comme la fois où je me suis rasé la tête pour Leucan et qu’ils m’avaient aidé à amasser des dons. »

Parmi d’autres initiatives, l’enseignant organise aussi une collecte de sang depuis quatre ans. Ses élèves se joignent à l’aventure en recrutant des donneurs ou en s’occupant des aspects techniques. Ils gardent en tête qu’à 18 ans, ce sera un geste qu’ils pourront poser à leur tour.

Inspirer

Un des murs de la classe de Mathieu Brodeur est par ailleurs couvert de photos, chacune représentant un personnage ayant marqué l’histoire. C’est une de ses activités originales, apprendre aux élèves l’existence et les réalisations de ces héros.

« La culture, les connaissances générales, c’est important pour moi. J’essaie de transmettre ça aussi aux élèves. Ils se souviennent des personnes sur les cartes, ils se souviennent surtout de pourquoi on faisait ça. »

Pour l’enseignant, il est important que les élèves de sixième année quittent le primaire en étant allumés par quelque chose, en ayant des objectifs et des passions qui les animent.

De là est venue la mise sur pied d’un Salon des passions à l’école. Au mois de décembre, M. Brodeur s’active à contacter des personnes qui viendront parler de leurs passions à l’école, tout simplement. Une petite présentation de 15 minutes qui peut semer plusieurs graines...

« Les élèves se promènent et vont voir les différentes personnes parler. Ça existait autrefois dans la commission scolaire et je trouvais important et intéressant de le ramener. Ça amène les jeunes à penser à leurs passions personnelles, à trouver quelque chose qui les motivera à travailler ou à avancer. Les gens font ça gratuitement, ça ne pourrait pas être possible sans leur générosité. Ça l’air hot tout ce qu’on prépare, mais il faut que les gens embarquent », soulève-t-il.

Après le Salon, les élèves de Mathieu Brodeur sont appelés à présenter leur passion à leur tour, aux plus jeunes cette fois, ce qui rend l’expérience encore plus valorisante pour les jeunes finissants du primaire.

Les collègues de M. Brodeur qualifient sa banque d’idées d’inépuisable et plusieurs activités sont devenues des traditions à l’école de la Maisonnée.

« Des enseignants qui font ce que je fais, j’ose espérer — en fait, je sais — qu’il y en a d’autres qui font ce que je fais, qui ont le même genre d’initiatives et qui ont le même genre de passion. Si on prenait toutes les bonnes idées de tout le monde, on manquerait de temps pour tout faire. »        

Mérite estrien

Éduquer les diabétiques

Étudiante au doctorat en recherches et en sciences de la santé au campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke, Sarah Lafontaine a un objectif très clair : aider les gens vivant avec le diabète de type 2 dans l’intégration de leur autosoin.

« Je m’intéresse à une population qui a le diabète de type 2, explique-t-elle d’entrée de jeu. Ce dont on s’est rendu compte, c’est que les interventions éducatives sont peu efficaces à long terme. Un an après l’enseignement, on voit que les acquis sont perdus. Pour cette raison, on a une étude en deux phases : développer une intervention avec des experts (des pédagogues et des infirmières) et des patients qui ont le diabète. Ensuite, on va tester l’intervention dans deux CLSC. »

« Nous, on a terminé la première phase, poursuit-elle. On a beaucoup d’engouement de la part des infirmières et des patients. On voit que c’est un besoin des patients. On s’intéresse à la personne en soi. Partir des besoins, c’est ce qui va faire en sorte que l’intervention est efficace. »

C’est dans sa réalité d’infirmière que Mme Lafontaine a réalisé le besoin d’éducation des patients vivant avec le diabète. « J’ai travaillé dans une clinique de diabète, en CLSC et en GMF. J’ai fait beaucoup d’enseignement et de soutien à des personnes qui vivent avec le diabète. Nous avons remarqué, mes collègues et moi, que beaucoup de nos patients revenaient avec les mêmes questions et les mêmes croyances. Par exemple, nous entendions les patients dire que la médication n’était pas efficace, que changer ses habitudes de vie n’a pas d’impact, etc. », décrit-elle, ajoutant qu’elle est allée faire sa maîtrise et son doctorat « pour améliorer cette situation ».

Pour son protocole, Sarah Lafontaine s’est inspirée d’outils déjà existants, dont le schéma conceptuel. « Ce schéma est utilisé en pédagogie de la santé. On écrit un mot dans un cercle et on demande à l’étudiant à quoi ça lui fait penser. Si on écrit le mot “diabète” et qu’on le donne au patient, on voit ses connaissances, mais on voit aussi ses croyances. Il y en a qui pensent que c’est temporaire ou que le tabac n’a pas d’impact », vulgarise-t-elle. 

« On ne dit rien, on attend que la carte soit terminée, continue Mme Lafontaine. Une fois que c’est fait, on intervient. On voit d’où vient sa croyance et en allant à la source, on peut déconstruire ça et amener une croyance plus propice à une meilleure qualité de vie. »

Sarah Lafontaine a des gens dans son entourage atteint de cette maladie, mais ce n’est pas à cause d’eux qu’elle a décidé de s’attaquer à cette problématique. « J’ai des oncles et des grands-parents qui sont atteints. C’est rare de voir quelqu’un qui ne connaît personne atteint du diabète. Si ça arrive, c’est qu’elle n’est pas vraiment au courant, car on ne va pas se vanter d’avoir le diabète », analyse-t-elle.

REPÈRES :

— Native de Saint-Jean-Sur-Richelieu

— Est infirmière de métier et chargée de cours à l’UdeS, campus Longueuil

— Aimerait devenir professeure à l’université

— Est chroniqueuse santé à la Première chaîne de Radio-Canada

Mérite Estrien

Noémi Garneau : la gestionnaire qui aimait les métiers d'arts

Pour Noémi Garneau, reprendre le flambeau de l’entreprise familiale a été l’occasion d’allier le meilleur de deux mondes. Chez Pantoufles Garneau, elle peut en effet mettre de l’avant ses fines compétences de gestionnaire tout en satisfaisant son intérêt pour les métiers d’arts et la création.

En quelque sorte « née dans les pantoufles », Noémi Garneau a suivi dès son plus jeune âge son père François, fondateur de Pantoufles Garneau, dans divers salons de métiers d’arts. C’est à ce moment qu’elle a développé une curiosité pour la création et les artisans.

Mais à cette époque, et même en vieillissant, l’idée de travailler dans l’entreprise familiale ne lui effleurait pas vraiment l’esprit.

« À cet âge-là, on dirait qu’on ne veut pas toujours suivre les traces de nos parents. Donc, au cégep, je me suis inscrite en joaillerie, mais j’ai réalisé que je n’étais pas à ma place », explique celle qui a plutôt bifurqué vers des études administratives.

« J’avais toujours une admiration pour les métiers d’arts. En me rendant compte que ma force était les chiffres, je me suis dit que je pourrais rejoindre cet intérêt autrement qu’en étant créatrice », raconte Noémi Garneau.

C’est alors qu’en 2012 son père lui confie la présidence de Pantoufles Garneau, une pantoufle signée symboliquement en faisant foi.

Pour celle qui avait jusque-là travaillé pour le compte de grandes entreprises, se retrouver dans une PME a été une révélation.

« Il n’y a pas de routine, on est maître de nos journées et de notre travail. On peut réinventer nos journées au fur et à mesure, lance-t-elle. De plus, en arrivant dans une entreprise qui fonctionne bien et qui a déjà une bonne notoriété, il n’y avait que de belles possibilités pour l’amener à d’autres endroits. »

Loin d’elle l’idée de changer une formule gagnante, seulement de l’améliorer. Noémi Garneau a ainsi misé notamment sur les ventes en ligne, la mise en marché de même que l’acquisition de nouveaux équipements.

« Le produit est déjà excellent et aimé, donc c’est difficile de le changer, mais on peut s’assurer de toujours être compétitif. On peut améliorer nos relations avec les fournisseurs, peaufiner les détails… », explique la gestionnaire.

Avec une modeste équipe de 12 personnes, une attention particulière est aussi portée au bien-être des employés.

« On veut conserver notre main-d’œuvre et lui offrir un milieu de travail stimulant », explique celle qui se fait un devoir d’être à l’écoute de ses employés.

Et pas question d’envisager d’exporter la production. « D’abord, ça ne rejoint pas nos valeurs qui sont d’encourager les produits faits localement. On ne pourrait pas non plus avoir un aussi bon contrôle sur les produits et nos standards de qualité en souffriraient. »

Cette qualité se traduit par des pantoufles avec un coût qui varie selon les modèles entre 80 $ et 130 $. « Les gens sont conscients qu’ils achètent un produit qui va durer plus longtemps. Nos pantoufles peuvent durer une dizaine d’années et même plus avec nos semelles amovibles », souligne Noémi Garneau.

Des commandes en ligne, elle en a d’ailleurs reçu d’Angleterre, d’Australie et même de Chine. La preuve que les pantoufles fabriquées de moutons australiens et néo-zélandais ainsi que de suède et de cuir italien n’ont plus besoin de faire leur réputation.

Pour le futur, la présidente souhaite entre autres améliorer sa couverture du marché canadien et développer le marché européen notamment pour ce qui est des pays scandinaves.

« Les pantoufles sont un symbole de confort, de moments de bonheur en famille », confie Noémi Garneau au sujet de cet objet du quotidien qui occupe une place bien particulière dans son cœur.

Repères

Native de Saint-Camille

Présidente de Pantoufles Garneau, entreprise fondée par son père, François Garneau, en 1977 et établie à Asbestos

Détentrice d’une technique administrative et d’un baccalauréat en administration des affaires

Mère de deux garçons de 8 et 10 ans

MÉRITE ESTRIEN

Une histoire d’amitié et de passion

Pierre-Olivier Boily et Jonathan Gaudreault, copropriétaires du Siboire, se connaissent depuis qu’ils sont enfants. Les deux trentenaires partagent depuis plus de deux décennies plusieurs intérêts... et un amour profond pour la bière. Grâce à cette passion commune, les deux hommes d’affaires sont aujourd’hui à la tête d’une entreprise comptant quelque 160 employés, et dont les produits ont reçu de belles marques de reconnaissance.

« On s’est connu à Roberval. C’était mon voisin d’enfance. Quand il a déménagé à côté de chez nous, on a commencé le patinage de vitesse en même temps. Moi et Jo, ça fait 25 ans qu’on se connaît. On était dans les mêmes classes, dans les mêmes cours à l’école. On a fait bien des niaiseries ensemble... et ça continue », raconte Pierre-Olivier Boily, qui a quitté le Saguenay-Lac-Saint-Jean en cinquième secondaire pour aller étudier en sports-études (cyclisme) à Cowansville.

« J’ai adopté l’Estrie à travers mon parcours sportif pour le vélo et Jonathan a commencé les études ici à Sherbrooke à l’université. J’ai suivi par après. Lui, entre-temps, avait commencé à brasser avec Sherbroue (un groupe étudiant brassicole). »

Pierre-Olivier commence des études en administration à l’Université de Sherbrooke, tandis que Jonathan débute sa formation en médecine.

« On s’est acheté une maison, on s’est trouvé des colocs et on a transformé le sous-sol en microbrasserie. »

La vie les a gardés près l’un de l’autre même dans les épreuves.

Lorsque Pierre-Olivier a eu un grave accident de la route en 2006, son ami, alors résident en médecine, s’est retrouvé à son chevet. « C’était sa première journée à l’externat. Il commençait aux soins intensifs (...) Le premier patient qu’il a eu aux soins intensifs, c’est moi. »

« Je ne suis jamais retourné à l’école. J’ai commencé à travailler sur le plan d’affaires dans cette année-là et en novembre 2007, le Siboire voyait le jour », raconte Pierre-Olivier, en racontant que son ami a quitté la médecine quelques mois plus tard.

D’où vient cet amour pour la bière? « Ça vient sûrement du Lac- Saint-Jean. Je pense qu’on est un peu gourmands de nature, curieux... Je pense qu’on aime, comme n’importe qui au Lac-Saint-Jean accueillir, se rassembler. »

« On a commencé à faire de la bière parce que moi j’avais le goût d’en fabriquer. En médecine, je m’ennuyais du génie », souligne Jonathan, qui a réalisé une technique en génie chimique à Jonquière. Il a aussi commencé un baccalauréat dans ce domaine à Sherbrooke. « C’est là que j’ai pu être en contact avec le groupe Sherbroue. Ça m’intriguait de voir comment ça se faisait. » Il prend alors des cours pour apprendre à brasser de la bière.

Des projets à venir  

Onze ans après sa création, la microbrasserie Siboire compte maintenant trois succursales : deux à Sherbrooke et une à Montréal. « Des fois, quand on s’embarque dans quelque chose, on ne sait pas où ça va nous mener. C’est comme le sport : tu le fais parce que c’est du plaisir », souligne Pierre-Olivier. Au fil des ans, ils se sont associés à une kyrielle de causes, de Leucan au Gala des grands chefs.

Si les deux hommes se sont lancés dans cette aventure sans avoir de plan en tête, la situation est différente aujourd’hui. « On est moins naïfs », fait remarquer Jonathan. « Si on refaisait quelque chose maintenant, je pense qu’on aurait un plan pas mal clair... »

Siboire est arrivée sur le marché au début du boom des microbrasseries. « Le timing a joué pas mal, commente Jonathan. C’était le temps qu’on embarque. » La cote de popularité de la bière n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, mais depuis la donne a complètement changé. « Les gens savent ce qu’ils aiment, ce qu’ils veulent. On est plus au stade de l’expérience que de l’éducation. »

Les deux copropriétaires ont encore de grands projets. Ils ont acquis l’ancienne gare de la rue du Dépôt, où se trouve la toute première microbrasserie Siboire.

« On veut optimiser l’expérience des clients quand ils vont venir ici. On ne veut pas que l’expérience s’arrête à quelqu’un dans notre succursale, on veut se rendre dans les maisons des Sherbrookois en ayant la possibilité que les gens viennent chercher leur bière. L’expérience, on veut aussi l’apporter du côté touristique pour que les touristes vivent une expérience microbrassicole... » décrit Jonathan.

La partie qui abritait le terminus permettra de mettre la bière en canettes. Une partie du stationnement prendra des airs de beer garden, « un espace d’arrêt et de rassemblement » où les gens pourront prendre un verre avant de repartir. Le duo veut aussi mettre l’accent sur l’histoire brassicole à Sherbrooke; il planche d’ailleurs avec la Société d’histoire de Sherbrooke sur ce projet.

Le tout pourrait prendre la forme d’un parcours.

Repères

Pierre-Olivier est né en 1982 et Jonathan en 1981

Ils ont tous les deux deux enfants

Pierre-Olivier est arrivé à Sherbrooke en 2005 et Jonathan en 2002      

Mérite estrien

La recette du succès de Megan Brodeur

COATICOOK — Megan Brodeur n’est pas devenue la plus jeune pilote à remporter le championnat nord-américain de motoneige par hasard. Au contraire, son exploit relève d’une passion instillée en elle dès sa jeunesse par son père ainsi que de sa volonté à se dévouer entièrement à la poursuite de l’excellence.

Megan Brodeur, de Coaticook, est devenue championne du circuit le plus compétitif de motoneige au monde l’hiver dernier, à l’âge de 18 ans. La jeune femme a accédé à la plus haute marche du podium dans un temps record, un accomplissement permis par une vie de préparation en vue de ce moment précis. 

Elle est entrée en contact avec le monde des sports extrêmes à moteur à l’âge de huit ans seulement, recevant un des cadeaux les plus mémorables de sa vie de la part de ses parents.

« Ils m’avaient acheté une petite moto Yamaha au début de l’été quand j’avais huit ans. Je me promenais autour de la maison sur l’asphalte sans arrêt! J’ai eu une petite motoneige cette même année-là et j’ai passé l’hiver à faire des ronds autour de la maison », se rappelle-t-elle avec des étoiles dans les yeux. 

« Deux ans après, je faisais déjà des courses de drag en ville. Après quelques courses, j’ai dit à mon père que même si je mettais le gaz au fond, ça n’allait pas assez vite », poursuit Megan. 

« J’ai réussi à le convaincre et j’ai eu une motoneige plus puissante l’année d’après. C’est là que j’ai commencé à courser plus sérieusement et que j’ai réussi à prouver que les filles peuvent rouler en avant elles aussi, parfois. »

Un mode de vie

Afin de s’assurer que son talent naturel soit extrapolé au maximum, Megan ne laisse rien au hasard. Elle suit un programme d’entraînement très rigoureux en piste et en gymnase, en plus de vivre une vie saine.

« L’alimentation est une des bases, c’est comme l’essence qu’on met dans sa voiture. Je pratique sur la piste de deux à trois fois semaines avec la même intensité qu’aux courses et je vais faire mon programme d’entraînement au gym les autres journées, ça arrive rarement que je prenne une journée de congé », explique la jeune femme, disciplinée telle une athlète olympique. 

Son horaire est quotidiennement chargé à bloc, elle qui poursuit ses études au cégep en même temps qu’elle est pilote professionnelle aux États-Unis, ce qui signifie inévitablement qu’elle doit faire des sacrifices. 

« Je trouve que les sacrifices en valent totalement la peine. Je vois mes amies et je vais à des évènements moins souvent que si je vivais une vie normale. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut vivre tous les jours, de faire des courses dans un environnement professionnel, c’est bon physiquement et mentalement pour moi », fait valoir Megan quant aux éléments positifs amenés par ses succès sur la piste et son style de vie.

« Ça me procure ce dont j’ai besoin, ça me suffit largement », résume-t-elle.

Une autre conquête en vue

Megan ne prévoit pas s’assoir sur ses lauriers de sitôt et compte bien défendre son titre le plus longtemps possible. En plus de cela, elle vise le championnat de motocross américain après avoir obtenu de bons résultats sur le circuit féminin canadien cet été. 

« J’aimerais défendre mon titre en motoneige le temps de mes études. Je ne sais pas si c’est trop ambitieux, mais j’espère devenir championne en motocross aussi, que ce soit sur le circuit canadien ou américain. Ça serait incroyable d’être championne des deux disciplines en même temps! » s’exclame-t-elle. 

La jeune pilote sait qu’elle ne pourra pas faire des courses toute sa vie. Elle se voit devenir travailleuse sociale ou architecte dans le futur et vivre une vie relativement normale, fondant une famille avec qui elle pourra partager sa passion.

« Mes priorités vont changer avec le temps », envisage la jeune athlète. « J’aimerais pouvoir transmettre ma passion à mes enfants, comme mon père l’a fait avec moi. Je ne les forcerai pas à s’y intéresser, mais ça me comblerait! »

Repères

- A commencé chez les professionnels à 14 ans

- Son père Patrick est son chef mécanicien

- Couronnée en motoneige, elle vise le championnat en motocross

- Étudie au Cégep de Sherbrooke

MÉRITE ESTRIEN

David Morin : lutter contre l'intolérance

MÉRITE ESTRIEN / On l’a vu et entendu partout, alors que des attentats terroristes semaient l’émoi à différents endroits sur le globe. Derrière ces tragédies qui ont marqué l’actualité, au-delà des « faits divers » médiatisés, le professeur de l’Université de Sherbrooke David Morin tente de mieux comprendre ces phénomènes et surtout, de les prévenir.

Coup d’œil sur sa page de l’UdeS : la liste de ses titres s’additionnent, si bien qu’on n’en énumérera que quelques-uns ici, dont celui de vice-doyen à l’enseignement et au développement international à la faculté des lettres et sciences humaines.  

La palette d’expertise est large
(relations internationales, opérations de maintien de la paix, terrorisme et radicalisation), mais elle suit un fil conducteur. Il travaille depuis 20 ans sur les enjeux de sécurité nationale et internationale. Il a fait son service militaire en France comme officier. Il a travaillé notamment comme conseiller politique au Kosovo, de même qu’au Centre Pearson pour le maintien de la paix, ce qui l’amène à participer à plusieurs missions en Afrique comme formateur.  

Ce n’est pas que le fil de sa carrière qui mène David Morin à s’intéresser à la radicalisation et à l’extrémisme : cet intérêt trouve aussi ses racines dans son passé. Il y a, dans son histoire, ce grand-père qui a échappé de peu à la Gestapo. Et des souvenirs de jeunesse qui l’ont heurté.

« En tant que Français, j’ai vu la montée de l’extrême droite radicale. J’avais beaucoup d’amis issus de l’immigration, on a vécu toutes sortes de choses compliquées avec la police. J’ai vu ce que ça pouvait être, le délit de faciès et ce que c’était l’extrême droite française qui est montée en puissance, de manière assez impressionnante en quelques décennies (...) Les fois où j’ai été contrôlé en voiture ou que l’on m’a interdit d’entrer dans des discothèques c’était parce que j’étais avec des copains maghrébins. On n’était pas maltraité, mais ça les faisait se sentir surtout pas à leur place. J’ai compris assez vite ce que ça pouvait être de ne pas se sentir à sa place. »

C’est pour cette raison qu’il a eu envie de s’installer au Québec.

« J’ai rencontré un Québec accueillant, assez ouvert. C’est ce Québec-là que j’aime. »

« De manière générale, je suis quelqu’un de plutôt en colère contre l’injustice et contre la bêtise humaine. C’est ce qui explique que des fois je suis un peu sanguin. En même temps, je suis quand même un humaniste. Je sais reconnaître la beauté et le travail des gens. »

L’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent a vu le jour en 2015. David Morin en est le codirecteur. L’objectif, avec la création de cet observatoire, est de mieux documenter la radicalisation. Ce phénomène demeurait peu documenté lorsque l’Observatoire a été créé.

« Quand les attentats de Charlie Hebdo sont survenus et qu’on a vu qu’au Québec il y a aussi des enjeux, avec plusieurs collègues, on a ressenti le besoin de travailler ensemble sur ces enjeux-là, de prendre aussi une place dans l’espace public pour être capable d’apporter des éléments de compréhension aux gens. C’était important parce que souvent, ce n’est pas très bien couvert les questions de terrorisme, c’est beaucoup anecdotique ou sensationnaliste. C’est correct, ça génère chez les gens toutes sortes d’émotions, mais c’est important d’arriver à apporter un cadre de compréhension pour répondre aux inquiétudes des gens et de remettre ça dans son contexte... »

La création de cet observatoire a été un point tournant, souligne-t-il. Les chercheurs s’intéressent notamment aux djihadistes et à la montée de l’extrême droite.

« On comprend mieux le phénomène. Je pense qu’il faut continuer la recherche, mais aussi là où on est encore limité, c’est de documenter les pratiques qui fonctionnent en matière de prévention et d’intervention. »

Pour le chercheur, la pratique compte tout autant que la théorie. Il est d’ailleurs l’un des nombreux visages derrière Dialogue +, une iniative menée par Actions interculturelles et qui vise à « redynamiser les relations ethnoculturelles » et à favoriser une plus grande mobilisation des jeunes.

« Dans mon parcours, il y a toujours le souci d’arrimer la recherche avec la formation et aussi d’avoir un impact sur le terrain. C’est important d’avoir une implication sociale, d’essayer de faire bouger les choses. C’est clair que le terrorisme a généré la peur. La peur génère la colère et la colère, il faut la canaliser; c’est souvent contre des ennemis facilement désignés. Il y a toujours un ressac. Le ressac, en ce moment, c’est l’extrême droite. »  Et puis, dit-il, comme beaucoup de gens, il a cette volonté de faire sa part pour la société en luttant contre l’intolérance.

David Morin est aussi cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, qui a été lancée en février dernier. Plusieurs recherches sous son égide sont en cours en ce moment. « La Chaire est bien en mouvement », assure-t-il.

Repères 

Né en France en 1976

Vit à Magog avec sa conjointe et sa fille de 10 ans

A fait une partie de ses études en France

Sa famille vit toujours dans l’Hexagone

Arrivé à l’UdeS en 2010      

Mérite estrien

Un leader ne s’efface jamais

MÉRITE ESTRIEN / SHERBROOKE — « Un leader n’a pas le droit de s’effacer. » Cette phrase a guidé Claude Métras toute sa vie. Lorsqu’elle lui a été dite, il était un jeune adulte et n’avait pas encore réalisé qu’il était un leader. Enfant timide et discipliné, il commence à faire du bénévolat avec l’association Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) à l’âge de 10 ans. Ses aptitudes au tennis lui donnent confiance à l’adolescence et son caractère sociable se développe enfin. Sept décennies plus tard, celui qui est de tous les événements et qui a été impliqué dans à peu près tous les organismes culturels, humanitaires, sportifs et artistiques d’ici et d’ailleurs recevait, ce printemps, la Médaille d’or du Lieutenant-gouverneur pour son mérite exceptionnel.

Claude Métras est le plus jeune d’une famille de neuf enfants et le dernier survivant de sa fratrie. Son père, gérant d’un magasin de souliers, décède alors qu’il est âgé de 11 ans.

« Quand papa est décédé, on n’avait rien. On était démuni. On a dû être débrouillard et j’ai marché beaucoup, car on n’avait pas de voiture. Après l’école, j’allais régulièrement à l’hôpital pour voir ma mère qui était souvent malade. J’avais aussi une sœur qui était handicapée, un frère et une autre sœur qui sont décédés jeunes de la tuberculose. On a appris à faire beaucoup de choses avec peu. Mais je n’ai jamais senti que j’étais pauvre, j’avais du plaisir avec ma gang de l’école Saint-Jean-Baptiste », raconte-t-il en ajoutant qu’il s’est aperçu qu’il était riche malgré tout le jour où il a voulu offrir des livres amassés pour les enfants défavorisés et qu’on lui a dit que ça ne servait à rien puisque ces derniers ne savaient pas lire. 

« Le tennis m’a aidé aussi », constate celui qui a jadis gagné le championnat de tennis de Sherbrooke et qui a contribué à la création d’une ligue provinciale de tennis.

Après sa neuvième année, il quitte l’école pour gagner des sous. Il travaille comme apprenti typographe, puis dans une cour à bois. Il retournera sur les bancs d’école, notamment à titre d’auditeur libre pendant trois ans à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. Il travaille comme greffier au palais de justice avant de travailler dix ans chez Sherbrooke Trust et 35 ans pour la firme comptable qui est devenue Raymond, Chabot, Grant, Thornton. Il a pris sa retraite il y a bientôt 4 ans, à l’âge de 80 ans.

Énumérer le nom de tous les organismes pour lesquels il a fait du bénévolat remplirait le journal. Agissant à titre de président d’honneur, membres de multiples conseils d’administration, organisateur expérimenté de vernissages et d’événements, il s’implique sur de longue période pour soutenir la Croix-Rouge, La Grande Table, l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, les Concerts de la Cité, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, la Société d’histoire de Sherbrooke, le Musée de la nature à Ottawa. 

Il a aussi un talent pour mobiliser les gens autour de lui. « Je n’ai jamais manqué de monde. On réussit en donnant l’exemple. Et les gens te font confiance s’ils savent que tu n’abuseras pas de leur temps de bénévolat », résume l’ancien évaluateur agréé qui a aussi été délégué du Québec, de 2004 à 2017, au Conseil des fiduciaires des immeubles des Pères de la Confédération.

L’homme a des anecdotes qui s’étalent sur près d’un siècle et a la mémoire assez vive pour citer des discours prononcés il y a des décennies. Des juges, des premiers ministres, des enfants démunis, des présidents d’entreprises, des artistes de la relève et des personnes handicapées se croisent dans ses histoires. 

« J’ai été à cinq reprises président du Festival de théâtre de l’Association pour les loisirs des personnes souffrant d’un handicap physique ou mental. La fierté que j’ai d’avoir fait ça, ça se dit pas. Le plaisir que j’ai eu à connaître ces personnes qui m’ont redonné au centuple. J’en croise encore des fois qui me saluent et m’envoient la main », raconte-t-il les yeux humides. « En vieillissant, on devient plus sensible », s’excuse-t-il.

Au fil des ans, M. Métras a accumulé les prix et reconnaissances. Un prix a même été inventé à son nom. Ainsi le prix Claude Métras a été remis pour une quatrième fois cette année à de jeunes élèves s’étant démarqués dans le domaine des arts.

« Si ton travail devient lourd, tu n’es pas à la bonne place. Moi, j’ai toujours eu du plaisir. Et si tu persistes assez longtemps, tu pourras accomplir des choses importantes. Mais ce qui est le plus important, c’est d’accomplir des choses utiles. Si ça fait du bien à des gens, que ça les sert d’une manière ou d’une autre, tu peux être satisfait », conclut celui qui ne s’est jamais effacé.

Repères

  • Originaire de Sherbrooke, Claude Métras est né le 4 octobre 1934.
  • Marié à Marylin Hayes depuis 1959, il est père de trois filles, cinq fois grand-père et deux fois arrière-grand-père.
  • Pour son engagement exceptionnel, il a reçu la Médaille d’or du Lieutenant-gouverneur en 2018.