Mérite estrien

L’art des affaires

Avant d’être restauratrice et femme d’affaires, Anik Beaudoin évoluait dans le milieu des arts.

À peine ses études secondaires terminées, l’ancienne élève curieuse et animée du Mont-Notre-Dame se dirige à Montréal pour poursuivre des études en violon à l’École de musique Vincent-D’Indy. Après ses études collégiales, elle enchaîne deux baccalauréats, le premier en musique et le second en théâtre.

« Mon expérience en théâtre me sert de différentes manières en affaires. Par exemple, c’est d’abord avec des troupes de théâtre que j’ai appris à faire des budgets. Aussi, le fait d’avoir travaillé avec des metteurs en scène a développé ma capacité d’écoute. En affaires, j’écoute ma clientèle. Aussi, je déteste la routine et je me sers de ma créativité au quotidien, que ce soit en m’impliquant dans la création d’événements ou simplement en créant de nouveaux cartons de Noël », explique la Sherbrookoise qui s’est exilée une vingtaine d’années dans la métropole avant de revenir ouvrir le restaurant Auguste, sur la rue Wellington Nord, en 2008 avec son conjoint de l’époque, Danny St Pierre.

Le projet d’ouvrir un restaurant était né au restaurant Derrière les Fagots de Laval, où Danny travaillait comme chef et Anik Beaudoin était serveuse pour arrondir ses fins de mois, elle qui jouait aussi dans des troupes de théâtre et enseignait le violon.

« Quand je suis arrivée aux Fagots, l’équipe était vraiment divisée en deux. Ceux qui travaillaient en salle et ceux qui étaient dans les cuisines. Ma passion a été d’unifier les deux parties et de créer des liens entre eux. C’est à ce moment que Danny et moi avons eu le goût de travailler ensemble et d’ouvrir un resto à nous. »

Le duo a choisi Sherbrooke pour réaliser ce rêve parce qu’Anik venait du coin, que le couple voulait fonder une famille, que les locaux étaient moins dispendieux et parce qu’il n’y avait rien dans la région qui ressemblait au Auguste à cette époque.
En 2012, le même duo ouvrait un deuxième restaurant, Chez Augustine, à peu près en même temps que le couple se séparait. Un an et demi plus tard, ce deuxième restaurant fermait ses portes, un échec dont Anik Beaudoin a tiré des leçons. Elle a même monté une conférence sur le sujet.

« Le piège dans lequel je suis tombée est celui de l’excès de confiance en nos capacités et le manque de planification. J’ai fait confiance à la vibe ambiante sans faire une vraie étude de marché. Et, en plus, je n’ai pas écouté ma petite voix. J’en parle souvent, en affaires, l’intuition, c’est incroyable. Quand on l’écoute c’est fort. Mais dans ce cas, l’égo a fait en sorte que je n’ai pas écouté cette voix. J’avais besoin d’un projet pour m’identifier à cette période. Ç’a été une erreur. »

Revenir à son équipe et miser sur ses ressources humaines ont permis aux vents de changer. « Ma plus grande fierté est d’avoir été en mesure de revirer complètement le paquebot qu’était Auguste, une entreprise qui au départ était structurée de façon très pyramidale. Il y avait Danny puis les gens en dessous. Maintenant, tout le monde est au même niveau. Tout le monde a le pouvoir, c’est très collégial. On est une famille », explique la « mère » qui compte 32 employés.

Très impliquée dans le milieu des affaires et le milieu communautaire, Anik Beaudoin siège aux comités d’Entreprendre Sherbrooke, Femmessor, Association des marchands et elle a participé à la création des Paniers de la rentrée de la Fondation Rock-Guertin en 2012 en plus de participer au souper-bénéfice annuel qui récolte environ 100 000 $ pour cette même fondation.

« Je crois que le milieu des affaires sherbrookois est un milieu de vie qui mérite de prospérer. Et pour ce qui est de la Fondation, je me suis impliquée après avoir pris conscience des statistiques qui démontrent comment les familles éprouvent des difficultés lors de la rentrée scolaire. C’était pire que dans le temps des Fêtes. »

La femme d’affaires n’a pas tant de conseils à donner aux entrepreneurs sinon de faire attention aux conseils de tout un chacun. « Il faut surtout prendre le temps. Prendre le temps de revenir à qui on est et savoir ce qui nous rend heureux. »

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Le désir de redonner

On dit du quartier Est de Sherbrooke qu’il constitue une ville dans la ville. En effet, dans ce quartier homogène où l’arrivée de nouveaux immigrants ne date que de quelques années, on peut dire que le couple formé de Chemika Mamode et Patrick Rahimaly représente un modèle d’intégration auquel les citoyens de l’Est se sont identifiés dès leur arrivée, il y a de cela 23 ans.

Depuis ce temps, la pharmacienne et son mari entrepreneur entretiennent une véritable histoire d’amour avec leurs concitoyens.

Nés tous les deux à Madagascar, au beau milieu de l’océan indien, Chemika Mamode et Patrick Rahimaly se sont rencontrés… à Paris, où ils passaient leurs vacances, sans jamais s’être croisé auparavant.

Après un premier bac en biochimie à l’Université de Sherbrooke, Chemika Mamode opte pour un deuxième bac, cette fois en pharmacie, du côté de l’Université de Montréal.

Après quelques années sur le marché du travail, elle et son mari décident qu’il est temps d’avoir leur propre pharmacie. Ayant gardé un excellent souvenir de ses études à Sherbrooke, Mme Mamode se voit offrir l’opportunité d’acheter la pharmacie Groleau, aussi connue sous le nom de pharmacie Belmont, ayant pignon sur rue à l’angle de la rue King Est et de la 7e Avenue Sud.

C’est à ce moment qu’a commencé ce que Chemika Mamode et Patrick Rahimaly n’hésitent pas à qualifier d’histoire d’amour entre eux et les gens du quartier.

Au fil des ans, et malgré tout le travail que peut représenter la gestion d’une pharmacie, le couple ne cesse de s’impliquer socialement. Leur nom est étroitement associé à plusieurs causes et plusieurs événements qui ont des retombées dans le quartier Est. Qu’on pense au défilé du Père Noel, à la fête de la St-Jean, aux activités offerts par les organismes Sercovie ou encore la Fondation Vitae, la Maison Oxygène ou encore La Cordée, pour ne citer que quelques noms.

« On est vraiment tombé en amour avec le quartier, explique Mme Mamode au sujet de la décision de s’installer dans l’Est de Sherbrooke. On a regardé pour s’installer à plusieurs endroits ailleurs au Québec, que ce soit en banlieue de Montréal, à Laval et même dans les Laurentides. Mais on a été tellement bien accueillis ici, que c’est ce qui nous a donné le goût de nous installer et de fonder une famille », précise la pharmacienne, qui est maman d’un garçon, Kevan, et d’une fille, Sarah, tous les deux aux études.

Tant pour Chemika Mamode que pour Patrick Rahimaly, le fait de s’impliquer socialement comme ils le font n’est qu’un juste retour des choses. Pour eux, il s’agit de redonner un peu de cette chaleur qu’ils ont reçue et continuent de recevoir de leurs concitoyens.

« On est très attaché à ce quartier et c’est pour ça qu’on essaie de redonner autant que possible », affirme Mme Mamode. On a tellement reçu des gens d’ici, qu’on essaie de redonner ce qu’on a reçu. Les gens sont tellement gentils et chaleureux, c’est incroyable. Il faut dire que, dans l’Est, c’est particulier. Il y a un sentiment d’attachement qu’on ne retrouve pas ailleurs. C’est comme une ville dans la ville », décrit-elle.

« Beaucoup de gens parlent de l’Est comme d’un quartier pauvre, ajoute Patrick Rahimaly. Et pourtant, c’est un quartier qui ne mérite pas sa réputation. C’est ici qu’on retrouve tous les grands employeurs de Sherbrooke, comme les hôpitaux, le cégep, les institutions gouvernementales. Et comme le disait Chemika, il y a une chaleur humaine ici qu’on ne retrouve pas ailleurs. »

Une chaleur qui, depuis 23 ans, se manifeste parfois au-delà de celles qu’entretiennent habituellement des clients avec leur pharmacie, souligne Mme Mamode. « Certains de nos clients, qu’on a connu alors qu’ils étaient parents, sont aujourd’hui devenus des grands-parents et viennent nous présenter leurs petits-enfants. Il n’y a pas de mot pour décrire ces beaux moments et cette confiance que les gens nous donnent. »

« On n’a jamais senti qu’on était des étrangers depuis qu’on est ici. On a été choyés », insiste M. Rahimaly.

« C’est la raison pour laquelle on essaie de redonner dans ce qui est important pour les gens, ajoute Mme Mamode. Notre implication est un peu le prolongement de ce que je fais en tant que pharmacienne. Car quand les gens sont heureux, c’est souvent plus facile sur le plan de leur santé aussi. »

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Déjà un modèle qui grandit

Difficultés scolaires, échecs, problèmes de consommation : Jhon Carvajal aurait très bien pu abandonner l’école secondaire. Pourtant, il a persévéré. Il a obtenu son diplôme d’études secondaires et chemine maintenant vers son diplôme d’études collégiales. Cet été, il a même été nommé comme l’un des « jeunes leaders exceptionnels » impliqués dans sa communauté mis en valeur par la Commission canadienne pour l’UNESCO. Voici le portrait d’un jeune Colombien d’origine et Sherbrookois d’adoption qui s’est donné une mission bien précise : devenir un modèle pour les autres jeunes. Un modèle de réussite, de persévérance et d’engagement.

L’histoire de Jhon Carvajal a commencé à s’écrire en Colombie en 1997. Le père de Jhon a été tué « à cause de la guerre » dans ce pays où la violence fait rage. La maman de Jhon et de deux autres enfants plus grands a alors décidé de fuir ce pays où elle avait peur pour elle et ses petits. Après quatre années de démarches, la famille de réfugiés est débarquée dans le secteur d’Ascot, à Sherbrooke, où les pages d’une nouvelle vie en sécurité ont commencé à s’écrire. Jhon avait alors huit ans.

Après une adaptation qui s’est bien passée en sol sherbrookois, les premières années à l’école secondaire ont été difficiles pour Jhon. Il a dû faire face à ses problèmes de consommation notamment. Sa mère, qui ne l’a jamais abandonné, continuait pourtant d’avoir foi en lui et de le soutenir.

Et c’est justement la foi en Dieu qui a permis à Jhon Carvajal, un bon jour, de changer complètement. Il ne voulait plus être ce jeune à problèmes, ce jeune au potentiel de décrocheur.

Et c’est ainsi que, tel un papillon, il est sorti de son cocon.

À partir de ce jour, Jhon Carvajal s’est engagé. À un point tel qu’il a reçu plusieurs récompenses, dont une médaille du lieutenant-gouverneur et le titre d’athlète de l’année à l’école internationale du Phare. Il a multiplié les implications, notamment à titre de représentant des élèves de cinquième secondaire au conseil des élèves.

Il est devenu un jeune homme apprécié de ses camarades, encouragé par ses enseignants, fier de ses réussites.

Les années ont passé et Jhon étudie maintenant au Cégep de Sherbrooke en sciences humaines, profil international. Il s’intéresse à la politique, beaucoup même. « Mais je ne sais pas encore qu’est-ce que je ferai après mes études », dit-il, plein d’hésitation, mais surtout plein d’idées bouillonnantes en tête.

En parallèle de ses études, Jhon s’investit dans Dialogue Plus, un projet qui doit mettre en place une série d’actions pour prévenir la discrimination et la radicalisation. L’initiative locale est « portée par les jeunes » et pour eux.

Le jeune homme de 19 ans s’investit aussi chez Colombiestrie, un organisme qui travaille à l’inclusion de la communauté colombienne et dont il est le plus jeune membre du conseil d’administration.

Il a aussi créé une page Facebook intitulée Influence Sherbrooke, où il aborde différents thèmes, dont la motivation et la paix.

Il s’implique aussi dans son église protestante, où il joue notamment du piano et de la guitare.

Ses valeurs les plus importantes derrière tous ces engagements? Respect et authenticité avant tout.
D’ailleurs, son message aux jeunes est qu’il faut travailler sur les valeurs de base. « Il ne faut pas s’impliquer ou s’engager parce que les autres le font. Il faut poser des actions qui sont motivées par nos valeurs », souligne-t-il.

Responsabilité supplémentaire

La nomination de l’UNESCO a bien sûr réjoui le jeune Sherbrookois, mais il l’a aussi reçue comme une responsabilité supplémentaire. « Ma philosophie, c’est que je dois donner l’exemple, que je ne peux absolument pas faire n’importe quoi », soutient-il, très fier de ce devoir qu’il s’est donné.

Jhon Carvajal souhaite partager son histoire, motiver les jeunes de 18 à 25 ans, leur montrer que tout est possible. Il est donc intéressé à offrir des conférences de motivation. Il sera d’ailleurs au Tremplin à la fin novembre et à l’école du Phare plus tard cet hiver dans le cadre de la semaine de la persévérance scolaire, et ces deux occasions de parler de son histoire le rendent particulièrement heureux.

« J’aimerais ça pouvoir parler en public, faire ça de ma vie, offrir de la motivation aux gens », soutient-il en s’illuminant.

Repères

  • Né en 1997 en Colombie
  • A un frère et une sœur aînés ainsi que deux nièces
  • A reçu une médaille du lieutenant-gouverneur pour ses études secondaires
  • A reçu plusieurs autres distinctions au cours des dernières années
  • Est impliqué dans plusieurs organismes et forums de discussions, dont Colombiestrie, Influence Sherbrooke et Dialogue Plus

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Le maestro de l’ombre

Donald Thibault a fait quelques détours avant d’arriver à l’École secondaire de Bromptonville (ESB), en 2006 : la Côte-Nord, le Saguenay… avant de définitivement faire sa niche au sein de cette école secondaire privée. Depuis, il a littéralement créé une aura artistique enveloppant l’établissement, où la littérature, le théâtre et l’écriture ont la part belle.

Donald Thibault est le chef d’orchestre d’une kyrielle d’activités scolaires, qui suscite une véritable effervescence culturelle.

La passion pour les livres de M. Thibault déborde bien largement des murs de la bibliothèque de l’établissement, dont il est le responsable depuis 2006.

« Quand j’ai fait mon entrevue avec le frère Jean-Guy, je lui ai dit que je voulais que la bibliothèque devienne un incontournable, pas juste un endroit où trouver des livres. »

Depuis, la grande pièce de l’établissement prend vie de différentes façons, que ce soit avec les expositions qu’on y tient ou des dîners de groupe.

Avant d’arriver à l’ESB, M. Thibault a passé trois ans dans une école secondaire de Baie-Comeau. Il n’avait pas prévu travailler avec les jeunes. « J’ai eu la piqûre. C’était incroyable comment j’aimais ça. On a eu beaucoup de plaisir. Les jeunes me le rendaient bien. »

Là-bas, il dirige un club de lecture, organise deux soirées littéraires qui font salle comble. Au terme d’une rencontre avec des auteurs à Baie-Comeau, Jean Barbe lui signe cette dédicace : « Un grand qui se penche pour permettre aux petits de s’élever. »

Dans cette école de Baie-Comeau, il fonde aussi la revue littéraire ESSB, l’ancêtre de la revue lancée à l’ESB, pagESBlanches. Celle-ci met en lumière les textes d’élèves, proposés par ceux-ci ou par des professeurs. Ces dernières années, elle a été mise en vitrine au Salon du livre de l’Estrie.

Les bénéfices de ce plongeon dans le milieu littéraire et théâtral, Donald Thibault les constate.

« Ça permet de se découvrir et de découvrir le monde. On est beaucoup centré sur soi-même à cet âge-là… Ça les ouvre à différents horizons », dit-il en faisant allusion à la bulle créée par les nombreux écrans dans la vie de ses jeunes.

Au fil de son parcours, il s’investit auprès Des jours sont contés en Estrie et ouvre les portes de l’institution aux conteurs, en plus de veiller sur la Ligue d’improvisation secondaire de Sherbrooke et des environs (LISSES).

Donald Thibault a déjà rêvé de devenir animateur à la radio; c’est ce qui l’a poussé, au départ, à faire des études en Arts et technologie des médias à Jonquière. Pendant ses études, il constate qu’il n’est « pas à sa place » : lui, qu’on ne voit pas et n’entend pas, se retrouve au milieu de plusieurs futurs animateurs extravertis. Il bifurque pour faire une technique en documentation.

Ce changement de cap ne l’empêchera pas de se retrouver derrière un micro. Aujourd’hui, il est à la barre de deux émissions à CFLX le dimanche, l’une en matinée et l’autre en soirée avec ses jeunes de l’ESB qui ont envie de découvrir l’univers radiophonique.

C’est aussi pendant ses études collégiales qu’il a un coup de cœur pour le théâtre, dans le cadre d’un cours où il doit grimper sur les planches. Travailleur de l’ombre, Donald Thibault grimpe généralement sur scène une fois par année, lors du gala artistique de l’école où il est metteur en scène. Il s’occupe aussi de l’activité de théâtre.

Matin et soir, le responsable de bibliothèque se transforme en… conducteur d’autobus, ce qu’il fait depuis quelques années. Une autre façon d’avoir un bon contact avec les jeunes, souligne-t-il.

Il n’y a pas que les élèves de l’ESB qui profitent des talents et de la passion de Donald Thibault : la communauté aussi. Depuis cinq ans, M. Thibault et les jeunes organisent les Sentiers de Noël, un parcours théâtral où les gens sont invités à se promener dans des sentiers tout en allant à la rencontre de personnages. La dernière édition avait été présentée au parc de la Rive et à la Maison des arts et de la culture de Brompton. Chaque année, environ 500 personnes viennent vivre la magie de Noël dans ces sentiers.

Pour une deuxième année (la première ayant dû être annulée en raison de la pluie), les gens seront invités à venir parcourir le Boisé de la peur, sur le terrain de l’ESB. L’activité se déroulera ce samedi 28 octobre de 18 h à 21 h. Elle sera remise au 4 novembre en cas de pluie abondante.

Ses réalisations lui ont valu différents prix, dont des distinctions au Concours québécois en entrepreneuriat, un prix régional du Prix de la lecture au Québec et le prix Étincelle, pour les gens qui travaillent dans le domaine de la littérature dans les écoles québécoises.

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Savoir dépasser ses limites

L’histoire de Sébastien Jacques en est une de ténacité et de résilience. Après avoir connu beaucoup de succès au tennis chez les juniors, il semblait condamné à vivre une vie sans saveur en raison d’une masse apparue à l’intérieur de son cerveau. Il a toutefois su rebondir grâce à l’aide de la communauté et à une force de caractère hors de l’ordinaire.

Plus jeune, Sébastien Jacques a déjà trôné tout en haut de la liste des meilleurs joueurs de tennis juniors au Canada, autant en double qu’en simple. Il avait été recruté par une université américaine qui souhaitait lui donner la chance de développer ses habiletés sportives et intellectuelles. Il avait un avenir des plus prometteur devant lui.

Sa santé a toutefois commencé à décliner sans qu’il sache pourquoi. Son état s’est tellement détérioré qu’il avait de la peine à marcher durant quelques minutes consécutives vers la mi-vingtaine. Sa carrière de joueur de tennis a évidemment volé en éclat.

Le mal dont souffrait Sébastien Jacques était déroutant mais, après plusieurs consultations, des spécialistes ont finalement découvert qu’il avait une masse relativement imposante au cerveau.

Puisque aucun médecin au Québec n’était prêt à l’opérer, il s’est tourné vers les États-Unis, où il a trouvé une équipe de spécialistes qui effectuait le type de chirurgie dont il avait besoin. Une campagne de financement s’est orchestrée, à Magog, pour payer les frais relatifs à l’opération.

Malgré qu’elle comportait des risques évidents, la chirurgie subie par Sébastien Jacques, qui consistait à retirer sa masse au cerveau, a été un succès. Il a repris une vie normale par la suite.

Une nouvelle vie

Sébastien Jacques a entrepris sa nouvelle vie en allant séjourner durant une année en Australie, où il avait décroché un emploi d’entraîneur dans un club de tennis. Il désirait « recommencer à zéro » loin de chez lui.

En Australie, il a notamment croisé le chemin d’une jeune fille dont la maladie déroutait également les médecins. Il a accepté, à la demande de la famille, de lui parler pour l’encourager à ne pas baisser les bras en dépit de l’épreuve à laquelle elle faisait face. Cette expérience l’a aidé à réaliser ce qu’il pouvait apporter aux autres.

« Des gens ont besoin d’espoir pour continuer à se battre et, de mon côté, je suis content de pouvoir apporter mon soutien à des personnes qui vivent des difficultés. Penser aux autres, c’est important et gratifiant », estime-t-il.

Durant les derniers mois, Sébastien Jacques a marché quelque 5000 kilomètres au Québec et aux États-Unis. Il s’est notamment arrêté à Virginia Tech, l’université dont il est diplômé, de même qu’à Santa Monica en Californie, où il a été opéré.

Par cette marche, il a voulu démontrer qu’une épreuve, aussi difficile à surmonter soit-elle, n’est pas nécessairement un mur infranchissable. « Je ne pouvais presque plus marcher à une époque. Et là, j’ai traversé les États-Unis à la marche. Souvent, on s’arrête à ce que les gens nous disent et on s’impose des limites. Je pense que chaque personne est spéciale et capable de faire des choses extraordinaires », lance-t-il.

Grandir

On serait porté à croire que, s’il en avait la possibilité, Sébastien Jacques aimerait bien effacer les quatre années lors desquelles il a vu sa santé décliner. Mais il n’en est rien.

« Je ne voudrais pas les faire disparaître. Comme plein de gens avant moi, l’épreuve que j’ai affrontée m’a amené à grandir. J’étais très axé sur les résultats avant et j’ai changé d’approche. Je vois la vie plus simplement et je ne me casse plus la tête. Même si j’encourage les gens à se donner à fond dans ce qu’ils font, je pense qu’on doit se permettre de faire des choses un peu hors normes, parfois. »

À l’origine, Sébastien Jacques n’aimait pas tellement parler devant public. Mais il a malgré tout décidé de poursuivre son parcours de vie en devenant conférencier. Une autre preuve sans doute qu’il ne craint pas de dépasser ses limites.

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Mario Beaudoin, gagner sa vie pour mieux redonner

MB Capital est actionnaire de 13 entreprises dont une dizaine en Estrie et l’ensemble du groupe génère quelque 220 M$ en chiffre d’affaires. Malgré un horaire chargé, le président et propriétaire de la société d’investissement qui se spécialise dans l’acquisition de PME, Mario Beaudoin, est un citoyen engagé. Généreux envers les gens dans le besoin depuis toujours, une générosité qui s’est amplifiée avec ses premiers grands succès financiers à la fin des années 1990. L’implication de l’entrepreneur a pris un sens nouveau quand son ami d’enfance et partenaire d’affaires, Claude Durocher, est tombé malade dans les années 2000.

« Lorsque Claude a eu son cancer, il a fréquenté La Rose des Vents et il s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens autour de lui qui n’avaient pas les moyens d’être malades. C’est à ce moment qu’on a créé un fonds de dépannage qui, à son décès, est devenu le Fonds Claude-Durocher. Avant son départ, je lui avais promis que je m’occuperais de ce qui allait devenir la Fondation Claude-Durocher. »

Cette fondation est rendue aujourd’hui à 1,5 M$ de capitalisation et a aidé au fil des ans plus de 800 personnes atteintes du cancer en leur versant en tout près de 500 000 $. M. Beaudoin est aussi un des instigateurs de l’activité de financement Destination Soleil qui a amassé 1,9 M$ en 8 ans au profit de la Fondation du CHUS. L’homme d’affaires donne aussi de son temps à la Fondation Rock-Guertin et il n’a pas hésité à participer au Défi têtes rasées au profit de Leucan en 2016.

Lorsqu’il était jeune, ses deux parents travaillaient à la mine d’Asbestos et déjà Mario, un enfant sportif, doué à l’école et « tannant », rêvait d’être entrepreneur.

En 1988, après un baccalauréat en finance et quelques années sur le marché du travail, Mario Beaudoin cofondait Gestion Estrie Capital avec André L’Espérance, Guy Savard, Dennis Wood et son ami Claude Durocher. « En 1998, Claude et moi étions rendus les uniques actionnaires et j’ai racheté les parts de Claude en 2004 parce qu’il était malade », explique l’actionnaire unique de l’entreprise, qui a changé d’appellation en 2015 pour devenir MB Capital.

MB Capital compte cinq employés, mais ils sont près de 1200 à travailler pour l’ensemble des entreprises détenues en partie par la société d’investissement. Au cours des cinq prochaines années, MB Capital prévoit faire l’acquisition de cinq à sept nouvelles entreprises, ce qui représente 5 M$ en investissements.

Sa philosophie par rapport au travail a toujours été la même. Si tu regardes ta montre pendant que tu travailles, c’est que tu n’es pas passionné et, par conséquent, pas à ta place.

« Je fais toujours les choses par passion et non par obligation. Moi, ça ne me dérange pas de répondre à des courriels à minuit le soir. Je suis dans ma bulle. Je vais me coucher uniquement parce que je sais que je dois me lever le lendemain. »

Le père de famille a répété à maintes reprises à ses enfants que le bonheur était plus important que l’argent. Qu’à cela ne tienne, ses trois fils ont suivi ses traces et ont étudié en finance. Par choix et non par obligation. Maxime et Mathieu ont joint leur père chez MB Capital il y a quelques années, et le plus jeune, Michael, les rejoindra à temps plein en janvier après avoir terminé ses études. Le fils de Claude Durocher fait aussi partie de la relève.

Sa plus grande fierté est d’ailleurs d’avoir traversé les décennies entouré de la même famille, unie. « Je suis très heureux d’avoir trois enfants équilibrés qui ont le goût de suivre mes traces. Éventuellement, je leur laisserai la société et ce sera à eux de poursuivre le travail entamé. »

S’ils suivent vraiment ses traces, les membres de la relève devraient être des citoyens passionnés, engagés et généreux.

  • Originaire d’Asbestos, Mario Beaudoin est né le 14 septembre 1959
  • Marié à Guylaine Boucher depuis 1982, père de trois fils, Maxime, Mathieu et Michael et six fois grand-père
  • Bachelier de l’Université de Sherbrooke en finance (1981)
  • Cofondateur de Gestion Estrie Capital qui est devenu MB Capital en 2015
  • Récipiendaire de l’Arbre de vie, reconnaissance remise par la Fondation du CHUS pour souligner la contribution des citoyens
  • Président fondateur de la Fondation Claude-Durocher
  • Cofondateur et membre actif de l’activité Destination Soleil au profit de la Fondation du CHUS
  • Participe activement aux activités de la Fondation Rock-Guertin

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Le plaisir d’enseigner l’écriture

Le concours littéraire Sors de ta bulle s’approche de ses 15 ans d’existence. Depuis sa création, des centaines d’élèves ont plongé dans leur imaginaire pour coucher des histoires sur papier. Certains ont depuis fait leur marque avec leur plume ou la feront certainement. L’enseignante en français Lynda Dion, de l’école secondaire Montcalm, est celle qui a mis au monde cette activité qui déborde largement d’un simple concours et qui en est à sa 14e édition.

« Sors de ta bulle », ce n’est pas qu’un nom : c’est aussi ce qui permet à des jeunes de s’extraire de leur cocon d’écriture, voire de leur isolement, pour partager avec leurs camarades. D’abord ouvert aux jeunes de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), le concours est maintenant ouvert aux élèves de La Ruche de Magog.
« Les jeunes qui aiment écrire et lire, ce sont souvent ceux qui rasent les murs », pense Lynda Dion, qui a déjà publié trois romans tout en poursuivant sa carrière d’enseignante.
À cet âge, les jeunes n’ont pas encore d’ego littéraire : on peut tout leur apprendre, tout est encore possible.
Le concours littéraire a remporté le prestigieux prix Robert-Bourassa récemment, un prix remis par le ministère de l’Éducation.
L’anniversaire de Sors de ta bulle coïncide aussi avec la naissance du cours de création littéraire donné par Lynda Dion.
« Les cours de création littéraire se donnent au cégep, à l’université, mais il n’y en a pas au secondaire. Au moment où j’ai fait ma recherche, j’ai fouillé partout au Québec, voir s’il y avait des options spécifiques consacrées à cela, nulle part. Souvent, il y a des professeurs qui ont des projets de création avec des étudiants dans le cadre des cours de français. Mais pour moi, ce qui est vraiment intéressant, c’est de ne pas être dans un contexte d’enseignement du français — on s’entend, on fait du français quand même — mais c’est pas l’objectif. L’objectif est vraiment de les emmener à découvrir une voie littéraire et de monter la barre le plus haut possible, pour qu’ils soient face à des auteurs contemporains. Je ne me substitue pas aux professeurs de littérature qu’ils vont rencontrer au cégep ensuite... mais je les dévergonde complètement », note l’enseignante. Elle entend par là que le cours est pour les élèves un moment d’exploration.
Lynda Dion est de celles qui croient que l’écriture n’est pas suffisamment enseignée.
Il y a maintenant près de 30 ans que Lynda Dion gravite dans l’univers de l’école secondaire Montcalm. Cette native de Québec a d’abord été animatrice socio-culturelle à La Frontalière de Coaticook, avant d’atterrir à Sherbrooke.
« C’est fou parce que je me suis mariée quatre fois, j’ai déménagé cinquante fois, image-t-elle. Je ne suis pas à première vue très stable, mais l’élément stable de ma vie, c’est l’école Montcalm. Si tu m’avais dit à l’époque que j’allais rester aussi longtemps, je n’aurais jamais pensé ça. Je m’y suis trouvée tellement bien... »
Au fil des ans, Lynda Dion a tâté différentes formes d’art : la chanson, le théâtre, l’écriture... Il faut dire qu’elle baigne dans cet univers. Son père, Eddy Dion, peint et vend ses toiles dans le magnifique décor de Charlevoix. Ariane Deslions et sa quincaillerie musicale, ça vous dit quelque chose? C’est la (grande) fille de Lynda Dion. L’enseignante qui transmet sa passion aux élèves a toutefois décidé de se consacrer plus particulièrement à l’écriture. « Je m’étais promis qu’à 40 ans, j’aurais publié. C’est là où j’ai décidé d’arrêter de faire du théâtre. »
Un quatrième roman
Lynda Dion publiera cet hiver un quatrième roman, Grosse, où elle abordera la question de l’image corporelle.
« J’en ai parlé un peu avec la Déferlante, mais là, j’y vais à fond de train. J’ai eu une période d’anorexie-boulimie intense. J’étais sur le point de me trancher le ventre. J’ai réalisé huit dessins, à l’époque... Je n’arrivais plus à écrire ni à chanter. C’est en dessinant que j’ai vu que ça n’allait pas. » Ses dessins se retrouveront dans son livre.
Déjà bardée de plusieurs diplômes, elle a entrepris un doctorat en création littéraire avec l’Université du Québec à Rimouski. « C’est un projet de retraite en création. »  Ce grand tournant viendra d’ici deux ou trois ans. Dans le cadre de son doctorat, l’enseignante planche sur un autre manuscrit, l’Ahouffouë, qui traite notamment de l’Afrique, où elle séjourné à plusieurs reprises.

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Pour l'amour du patrimoine

Depuis 30 ans, Jacques Sirois travaille à la sauvegarde de l'église de St-Georges-de-Windsor. Un projet de vie qui lui a permis de découvrir une communauté tissée serrée et des gens de coeur partageant son amour de ce monument patrimonial.
Jacques Sirois et sa femme Francine se sont installés à St-Georges-de-Windsor en novembre 1976 alors qu'elle travaillait à Sherbrooke et lui à Victoriaville. Il coupait ainsi la poire en deux pour le voyagement. Mais bien vite ils y ont découvert un avantage bien plus que géographique.

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Elle connaît la chanson

Vous auriez dit à la jeune Amélie Laroque qu'elle écrirait un jour des chansons pour d'autres, elle ne vous aurait pas cru. Enfant, elle détestait le français parce qu'elle avait de la difficulté.
« Je faisais des fautes, beaucoup de fautes. Les textes que je composais à l'école revenaient, corrigés, avec plus d'annotations en rouge que de mots! Je n'aimais donc pas particulièrement écrire et je ne lisais pas tellement. »

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L'insatiable curiosité de l'être

Kamila Jelinek l'avoue : les mathématiques ne sont pas nécessairement sa matière préférée. Cela ne l'a pas empêchée de se tailler une place à la finale du Championnat international des jeux mathématiques et logiques à Paris à la fin de l'été.
Élève de deuxième secondaire à l'école internationale du Phare, Kamila n'en est pas à sa première distinction. Son nom s'est retrouvé sous les projecteurs avec celui de sa coéquipière, Emmanuelle Beaulieu, dans le cadre de leur participation à l'Expo Sciences.