Mérite estrien

Redonner au suivant

Pauline Beaudry ne l’a pas eu facile. Dans les années 90, alors qu’elle était étudiante à l’Université de Sherbrooke et mère de neuf enfants, la dame a bénéficié des services de fondations. Aujourd’hui, Mme Beaudry redonne au suivant.

Entreprises tardivement, les études universitaires de Mme Beaudry n’ont pas été de tout repos. En plus d’avoir des problèmes de santé, la femme a accouché de son neuvième enfant entre deux sessions.

Même après avoir obtenu son diplôme, les années de misère se sont poursuivies. « J’ai dû compter sur l’aide sociale, car je n’ai pas trouvé d’emploi après avoir complété mon baccalauréat. J’avais décidé de retourner à l’Université pour me donner une chance. Avant mon retour aux études, j’occupais trois emplois pour répondre aux besoins de ma famille », se remémore-t-elle.

« Un jour, j’étais découragée d’avoir mis tous ces efforts-là pour rien, poursuit-elle. Au Centre d’entraide plus de l’Estrie, il y avait un emploi affiché de 20 h par semaine. C’était un programme extra qui permettait d’avoir 100 $ de plus sur mon chèque d’aide sociale. J’ai accepté. Je faisais 946 $ par mois. En plus, j’avais une expérience de travail supplémentaire. »

Mme Beaudry a dû recourir à plusieurs organismes pour subsister. « À cette période de ma vie, la Fondation Rock-Guertin m’a donné un coup de main incroyable. Je me disais, si un jour je peux, je vais redonner au suivant », confie-t-elle.

Retour au travail

Après quelques années et quelques emplois, Mme Beaudry s’est retrouvée dans la MRC du Haut-Saint-François pour l’organisme Virage Santé Mentale. « J’ai commencé en 2001 à Virage Santé Mentale à East Angus. En 2003, j’ai lâché mon autre emploi au gouvernement pour aller seulement au communautaire. J’ai pris les rênes de l’organisme en 2006. »

Depuis ce temps, Mme Beaudry a mis sur pied plusieurs programmes pour venir en aide aux gens qui souffrent de maladies mentales dans cette région. « J’ai développé un milieu de jour pour les gens qui ont une maladie mentale et qui sont isolés. Notre mission est de faire de la prévention, de démystifier et apporter du soutien à la famille des gens qui ont des maladies mentales. On a aussi le projet Fenêtre sur la communauté qui permet à des gens de vivre en appartement, alors qu’ils n’en auraient peut-être pas la chance habituellement », explique Pauline Beaudry, en ajoutant qu’un autre programme vient en aide aux gens qui entendent des voix.

La Fondation Pauline-Beaudry

Bien avant que la Fondation Pauline-Beaudry existe, la dame aidait déjà les personnes qui avaient des difficultés financières. « J’ai rencontré des gens qui n’avaient pas mangé et qui avaient des enfants. Je l’avais vécu et ça venait me chercher. J’allais chercher la personne qui vivait dans le Haut-Saint-François, on allait dans les ressources à Sherbrooke comme l’Armée du Salut et j’allais reconduire la personne chez elle. Mon conseil d’administration le savait. Ça faisait partie de la prévention », indique-t-elle.

Mme Beaudry n’a pas hésité longtemps lorsqu’on l’a approché pour donner son nom à la fondation. « J’ai accepté, même si ça me faisait peur. On a eu plusieurs collaborateurs comme les Fusiliers de Sherbrooke qui venaient faire un spectacle. Le magicien Alain Choquette est maintenant le porte-parole de la Fondation », se réjouit-elle.

Fière de son parcours, Mme Beaudry s’affiche aujourd’hui comme une personne heureuse et passionnée. « Actuellement, ma vie, je veux juste qu’elle continue comme ça. Je suis bien où je suis maintenant. Je n’ai pas vraiment hâte à la retraite. Je travaille dans le domaine de la santé mentale et je suis passionnée », termine-t-elle.

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Le théâtre comme une main tendue

Ce n’est pas une figure de style, ni même une image pour faire joli. Érika Tremblay-Roy foule planches et coulisses depuis qu’elle est toute petite.

Sa mère, la comédienne Jacinthe Tremblay, l’amenait avec elle dans les théâtres estriens où elle jouait. Derrière le rideau, la petite Érika voyait se déployer mille univers. L’œil brillant devant ces portes ouvertes sur tous les possibles de l’imaginaire, elle rêvait beau et grand. Elle sentait fleurir cette envie forte d’entrer elle aussi dans le décor.

« J’ai annoncé jeune mon intention d’embrasser ce métier-là », souligne l’auteure, comédienne et directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke.

En 1998, elle filait à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe pour suivre sa formation en interprétation. Au terme de celle-ci, l’élan d’écriture s’est vite manifesté.

« C’est arrivé presque par accident, en fait. Comme un comédien qui a envie de jouer et qui n’a pas tellement envie d’attendre après les rôles, j’avais le goût que les choses se passent. Je me suis lancée dans la création. »

Un premier texte, L’écho du coquillage, a capté l’intérêt des uns et des autres, en 2003. Isabelle Cauchy, alors directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke, a reconnu le talent et vu une relève.

« Très vite, elle m’a intégrée à l’équipe. »

À ses côtés, Érika a appris. Beaucoup. Elle a signé différents textes théâtraux (Tante T, Autopsie d’une napkin, Petite vérité inventée, notamment) et apprivoisé la mise en scène en plus de jouer dans plusieurs créations (L’Épopée de Gilgamesh, La Tempête, Une lettre pour moi, entre autres).  

La collaboration a monté d’un échelon en 2012-2013, alors que les deux femmes ont assumé ensemble la direction artistique du Petit Théâtre. L’année suivante, Cauchy passait définitivement le flambeau. Portée par le désir de continuer à s’adresser au jeune public, Érika Tremblay-Roy a repris les rênes de l’institution théâtrale qui rayonne bien au-delà du paysage de la région.

Dans la vie des enfants

« J’aime ce que peut le théâtre dans la vie des enfants. Cette ouverture du regard qu’il installe, ces univers éclatés et différents qu’il donne à apprivoiser. Le fait d’avoir accès à la culture au cours de nos premières années ne fait pas que nourrir notre rapport à l’art, il a aussi une portée sur le citoyen qu’on devient, un citoyen plus sensible, plus enraciné, avec une meilleure compréhension de lui-même et de ses semblables. Sans donner toutes les clés, le théâtre dépose des pierres et laisse les spectateurs tracer le chemin de l’histoire, construire sa pensée », exprime celle qui aime aussi le côté joliment ludique de l’art scénique.

« Il y a un plaisir à amener les spectateurs dans des zones où l’étrange et l’improbable se côtoient, où la langue se fait poétique, imagée. »

Lueur d’espoir

La femme de théâtre de 37 ans n’a pas peur d’explorer sujets sensibles et thèmes délicats. « J’écris pour le jeune public de la même façon que je le ferais pour des adultes. La seule différence, en fait, c’est que je ne signerais jamais pour les enfants un texte qui, d’une manière ou d’une autre, n’est pas porteur d’une lueur d’espoir. »

Lettre pour Éléna, sa plus récente création coproduite avec la compagnie française La Parenthèse, touche la question du deuil et de la mort avec grande finesse. L’œuvre mariant danse et interprétation théâtrale a été applaudie des deux côtés de l’océan avant de mériter, en 2016, le Prix de l’œuvre de l’année en Estrie remis par le CALQ.

« Cette collaboration avec le chorégraphe de La parenthèse, Chistophe Garcia, a installé quelque chose. J’aime ce qui naît du croisement de diverses disciplines. Les langages différents qui s’amalgament dans une même pièce nous amènent à visiter d’autres repères, d’autres focus, d’autres pratiques. C’est une rencontre très riche. »

La créatrice a quelques projets sur le feu. « J’écris lentement. C’est un processus ardu, mais aussi très nourrissant. Ce que j’aime particulièrement, après c’est construire le spectacle sur le plateau. Combler les trous d’écriture, voir la pièce prendre forme. »  

Endosser un rôle, aussi, elle aime. Même si cette année est la première où elle ne se glisse pas dans la peau d’un personnage. Elle reviendra au jeu, promet-elle.

« Parce que je chéris cette rencontre avec le jeune public. Et parce que le jeu théâtral fait partie de mon ADN. »

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Les pianos, depuis 120 ans

Peu d’entreprises sherbrookoises peuvent se vanter d’être toujours en affaires depuis bientôt 120 ans. C’est le cas de Pianos Blouin. Fondée en 1898 par Arthur Blouin, l’entreprise est aujourd’hui entre les mains de son petit-fils Pierre et de ses deux arrière-petits-enfants Manon et Benoit.

L’entreprise qui a vu le jour au coin des rues King et Bowen a longtemps eu pignon sur rue sur la rue Wellington Nord avant d’aménager sur King Ouest, où l’on vend, accorde, répare et reconditionne encore aujourd’hui pianos et claviers de toutes sortes.

Mais pour de nombreux Sherbrookois de souche, le nom de Blouin est d’abord et avant tout associé à la fabrication de pianos.

En effet, pendant près de 30 ans, entre 1949 et 1974, plus de 650 pianos ont été fabriqués dans l’atelier que possédait Robert Blouin (père de Pierre) et dont on retrouve encore plusieurs exemplaires un peu partout au Québec et dans le reste du Canada.

La notoriété des pianos Blouin a atteint des sommets dans les années 1950 et 1960 lorsque Pierre Blouin eut l’idée de fabriquer des pianos de 76 notes au lieu des 88 habituelles.

« Mon père a eu cette idée lorsqu’il a constaté que les enfants issus de grosses familles ont commencé à quitter la maison pour former leur propre famille, explique Pierre Blouin. En quittant la maison familiale, les enfants et les parents se retrouvaient la plupart du temps dans des maisons plus petites, dans lesquelles il n’y avait pas de place pour un gros piano de 88 notes. Avec un piano à 76 notes, ces familles pouvaient continuer la tradition d’avoir un piano et d’avoir du bon temps, comme on disait à l’époque », relate Pierre Blouin, qui représente la troisième génération de Blouin à œuvrer dans l’entreprise fondée par son grand-père.

Puis, la mondialisation des marchés et la guerre féroce que se livrent à l’époque les géants du piano tels Baldwin, aux États-Unis, et Yamaha, au Japon, ont tôt fait de briser les reins des petits fabricants un peu partout dans le monde. Tant et si bien qu’en 1980, le Chœur Héritage de Sherbrooke fera l’acquisition du dernier Blouin, de type conservatoire.

Bien qu’il ne se fabrique plus de pianos Blouin depuis belle lurette, la passion pour cet instrument est toujours aussi présente au sein de la famille.

À 82 ans « et demi », Pierre Blouin se présente comme le digne héritier du savoir-faire que lui ont transmis son père et son grand-père. À un âge où plusieurs ont pris leur retraite depuis des lustres, Pierre Blouin continue d’accorder plus de 400 pianos par année.

Ce savoir-faire et cette passion pour ce noble instrument s’expriment aussi chez ses deux enfants : Manon, elle-même musicienne, et Benoit, pour qui les multiples mécanismes d’un piano n’ont plus aucun secret.

« Chaque piano a sa propre personnalité, explique Manon Blouin. Pour en tirer son plein potentiel, il faut que tu apprennes à le connaître. C’est un instrument vivant. Il faut que tu l’aimes, comme si c’était ton chum », illustre-t-elle.

Repères:

  • Pierre, Manon et Benoit Blouin sont de la 3e et 4e générations de pianos Blouin
  • L’entreprise a été fondée à Sherbrooke, en 1898
  • A fabriqué à Sherbrooke plus de 650 pianos entre 1949 et 1974
  • A toujours pignon sur la rue King Ouest
  • On retrouve des pianos Blouin un peu partout au Canada

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Choisir sa route

Depuis sa tendre enfance, Paul McKenzie aime le plein air et le vélo. À 40 ans, après un détour au sein d’une grande firme d’ingénierie et d’une institution bancaire dans la métropole, le Drummondvillois d’origine trouve le bonheur d’allier passion et vie professionnelle, ici, à Sherbrooke.

Après un baccalauréat en génie civil à l’Université de Sherbrooke, Paul McKenzie commence sa carrière chez Dominion Bridge, entreprise montréalaise qui a construit les ponts Champlain et Jacques-Cartier. En parallèle, il fait un MBA à l’Université McGill qui le mènera au siège social de la Banque de Montréal à titre d’assistant-directeur aux prêts pour les grandes entreprises. Mais dans la grande ville, Paul McKenzie s’ennuie de la nature.

« Comme j’avais eu un coup de cœur pour Sherbrooke lors de mes études, j’ai demandé à mon boss de me faire transférer. Il m’avait demandé si je réalisais que plusieurs rêvaient de quitter la région pour travailler au siège social alors que je demandais de faire le chemin inverse », lance en souriant celui qui, au fil des ans, n’a jamais hésité à prendre le risque de changer de route.

Après 18 mois à la succursale de Sherbrooke, à l’âge de 30 ans, il démissionne et part faire le tour du monde avec son épouse et sa fille alors âgée de 4 ans.

« On est partis six mois et on a fait, en tout, une vingtaine de pays. »

De retour à Sherbrooke, Paul McKenzie se lance en affaires en s’associant à un ami d’enfance qui exploite une entreprise de revêtements de planchers industriels.

« À ce moment, je reluquais le domaine manufacturier et j’avais passé le message à mon entourage. Alors un ami m’a parlé d’une petite entreprise de Laval qui fabriquait des sacoches de vélo. En fait, c’était un couple qui avait parti sa business dans son sous-sol de maison. La plupart de leurs clients étaient des amis, mais ils avaient un produit de qualité qui touchait deux éléments qui m’intéressaient : le plein air et le vélo. »

Après quelques jours de réflexion, en mai 1997, Paul McKenzie devient actionnaire majoritaire de Arkel. L’année suivante, l’entreprise déménage à Sherbrooke. « Je voyais l’avenir de cette entreprise et ce que je pouvais y apporter. L’entreprise avait alors un carnet de commandes rempli mais, victime de son succès après une participation à une foire de Toronto, elle peinait à livrer la marchandise. Je suis arrivé à temps pour sauver la saison 1997. »

La réussite de l’entreprise repose sur la qualité des produits, le service à la clientèle et internet. « Dès l’an 2000, nous avions un site web transactionnel. On était conscient qu’on ne pourrait pas survivre uniquement avec le marché québécois avec notre produit de niche. On a donc misé également sur le marché américain », explique le président de l’entreprise qui réalise aujourd’hui 65 pour cent de son chiffre d’affaires à l’extérieur du Canada dont environ 50 pour cent aux États-Unis.

« Notre stratégie de pénétration du marché a été de participer à plusieurs grandes foires commerciales à Chicago, Philadelphie, Los Angeles. Au départ, les boutiques étaient réticentes à acheter nos produits qui sont assez dispendieux alors on a misé sur les consommateurs et ce sont eux qui, satisfaits, ont parlé de nos produits à leur groupe de vélo et aux boutiques. »

En 20 ans, l’entreprise est passée de quatre à une trentaine d’employés et depuis 2003, près d’une dizaine d’employés avec une déficience intellectuelle s’est jointe à l’équipe.

« Non seulement ce sont des employés efficaces, mais ils renforcent également le côté humain de l’entreprise. Le respect de la personne est très important », note-t-il ajoutant que la pénurie de main-d’œuvre ralentit présentement la croissance d’Arkel, comme c’est le cas pour de nombreuses entreprises, dans un contexte où le marché des vélos électriques s’ouvre, notamment en Chine et en Europe.

Mais somme toute, Paul McKenzie se considère très privilégié lorsqu’il pense à ses conditions de vie et de travail. D’ailleurs dans la description de l’homme d’affaires sur le site de l’entreprise, on peut lire que « Paul est toujours de bonne humeur » et que lorsqu’il n’est pas à son usine de la rue Roy, qui est remplie d’employés souriants, il teste, avec son épouse, les nouveaux produits Arkel aux quatre coins du monde. Une route ensoleillée. La sienne.

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La musique d’une vie

Rien ne semblait destiner Stéphanie Pothier au chant classique lorsqu’elle était enfant. Pourtant, sa carrière de chanteuse est jalonnée de performances remarquables qui lui permettent maintenant de figurer parmi les étoiles de son art au Québec.

Stéphanie Pothier est née et a grandi à Magog. Son père était spécialisé dans le contrôle de la qualité en milieu industriel et voyageait beaucoup pour le travail. Pour sa part, sa mère gardait de jeunes enfants. La musique était relativement peu présente dans la vie de l’artiste jusqu’à l’âge de 11 ans.

La chanteuse a commencé à réellement goûter au plaisir que peut procurer la musique alors qu’elle fréquentait le Collège des Ursulines, à Stanstead. « Comme activité parascolaire, je suivais des cours de piano. Et, parallèlement, je me suis mis à composer de petites pièces de musique. J’aimais vraiment me retrouver dans les cubicules de pratique à cette époque. C’était un réel plaisir », confie-t-elle.

Les années ont passé et elle a rencontré le compositeur Jean Lesage, qui est devenu son professeur. Stéphanie Pothier ne savait pas encore qu’elle connaîtrait une grande carrière de chanteuse et se concentrait à cette époque sur l’art de la composition.

Entrée au Conservatoire de musique de Montréal, elle s’attaque dès le début à l’apprentissage du clavecin, puis développe ses habiletés aux ondes Martenot. Mais ce sera l’interprétation qui la branchera le plus.

Faisant la rencontre de Yannick Nézet-Séguin, elle fonde la Chapelle de Montréal avec ce dernier et le musicien Pierre Tourville. « On voulait faire de la musique baroque ensemble. C’est avec eux que j’ai eu ma première occasion de chanter en solo. J’avais interprété La passion selon saint Jean, de Bach. Ça a été un moment marquant dans ma vie, une sorte de révélation », explique-t-elle.

Après le Conservatoire de musique, Stéphanie Pothier étudie durant sept ans auprès d’Huguette Tourangeau. Elle fait parallèlement son entrée dans une école de musique renommée située à Stuttgart, en Allemagne.

Période intense

L’artiste, aujourd’hui âgée de 42 ans, estime que sa carrière a véritablement décollé vers 2009. Son choix de devenir mezzo-soprano, plutôt que de demeurer soprano, lui aurait ouvert de nouvelles possibilités.

« Il y a peu de mezzo-sopranos, si on compare avec le nombre de sopranos qui sont dans le métier. Le fait d’avoir effectué cette transition m’a aidée à décrocher des contrats. C’est donc plus facile de gagner ma vie de cette façon. »

Plus tôt cette année, elle a notamment eu l’occasion d’incarner le personnage de Vera Lynn dans une version adaptée pour l’opéra de la mythique œuvre The Wall, de Roger Waters. Il s’agissait pour elle d’un premier rôle à l’Opéra de Montréal.

Par ailleurs, elle a déjà agi à titre de soliste dans la Messe no 3, du compositeur Anton Bruckner, au Festival de Lanaudière. Le chef d’orchestre, lors de sa prestation, était nul autre que Yannick Nézet-Séguin, dont le talent est désormais reconnu à travers le monde.

« J’ai eu de belles opportunités, dans les dernières années, et ça a fait avancer ma carrière. Une chose qui me plaît bien, c’est que je suis capable de gagner ma vie ici au Québec, où on retrouve beaucoup de bons chanteurs. Ce serait plus compliqué s’il fallait que je quitte pour un autre pays », remarque cette maman de deux jeunes filles.

Concernant ses méthodes de travail, elle souligne s’attarder prioritairement au texte lorsqu’elle aborde une nouvelle œuvre. « Mon objectif est d’arriver à établir un équilibre entre ce que le compositeur a voulu faire, en composant son œuvre, et ce que nous on perçoit de son travail à notre époque. Je ne souhaite pas seulement faire de la voix, ce qui explique un peu ma manière d’approcher la chose », explique-t-elle.

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Louise Boisvert, l’intensité mur à mur

Louise Boisvert n’est plus qu’à quelques dodos de la retraite, des soupers entre amis qu’elle aura elle-même préparés et des moments en famille qu’elle souhaite multiplier. À la fin du mois, la présidente et éditrice de La Tribune et de La Voix de l’Est dénudera les murs de son bureau de la rue Roy, là où trônent nombre de photos de soirées de gala et de petits et grands moments de l’histoire familiale.

Des photos à l’image du parcours de la Sherbrookoise, originaire de l’arrondissement de Brompton, qui a toujours parallèlement mené de front sa vie familiale, sa carrière de gestionnaire et ses engagements nombreux au sein de sa communauté.

« Le bénévolat, la générosité, j’ai appris ça auprès de mes parents, je tiens ça d’eux, note Louise Boisvert. C’est eux aussi qui m’ont appris que l’engagement, ça ne peut jamais être l’affaire d’une seule personne. »

C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée au cœur de multiples conseils d’administration, campagnes de financement et de sensibilisation auprès de divers organismes, parmi lesquels la présidence du comité de construction de l’entrepôt de la Fondation Rock-Guertin en 2009, un projet de 1,2 M$ réalisé à coût zéro grâce à la contribution de 75 entreprises et 140 intervenants bénévoles.

En juin dernier, on reconnaissait d’ailleurs son engagement sur quatre décennies et sa présence de tous les instants dans sa communauté en lui décernant l’Ordre du Canada, la plus haute distinction civile au pays. Une reconnaissance dont Louise Boisvert s’était dite honorée. Je suis contente que l’on souligne ce qui se fait en région, hors des grands centres, à notre dimension à nous, tout en considérant que c’est aussi essentiel », notait alors celle qui a non seulement décidé d’œuvrer dans sa région, mais aussi principalement en misant sur les enfants et l’éducation, que ce soit via ses fonctions au Cégep de Sherbrooke ou de directrice générale de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, et même par le biais des médias, d’abord chez TVA, ensuite pendant quinze ans à La Tribune.

« J’ai toujours cru et je crois encore que l’éducation amène la liberté, donne des possibilités, insiste Louise Boisvert. Je le croyais lorsque j’étais en éducation, à la Commission scolaire entre autres, mais aussi pendant mes années dans le monde médiatique. La libre circulation de l’information, la qualité de l’information font aussi de l’éducation. Les médias sont le reflet de ce qui se passe dans la société. »

Une société qui évolue, mais dans laquelle les femmes perdent du terrain dans les sphères du pouvoir, souligne celle qui a œuvré comme gestionnaire depuis ses études en administration des affaires à l’Université de Sherbrooke.

« La jeune génération n’est pas nécessairement prête aux mêmes sacrifices, avance-t-elle. Les postes de pouvoir exigent une discipline incroyable, et pour les femmes, c’est une double tâche, même avec de l’aide à la maison. Je comprends qu’on choisisse de travailler à temps partiel, c’est aussi une option qui m’aurait tentée. Mais dans des postes de direction, c’est impossible. »

Et le pouvoir peut s’exercer de façon différente lorsqu’il se retrouve entre des mains féminines, a aussi pu constater Louise Boisvert au fil des années. « Moi, j’ai toujours cherché à m’en servir pour aider, pour faire de belles choses. J’ai toujours été partante pour aider, et ce, autant sur le terrain qu’à partir de mon bureau. »

Mais il est temps de quitter le bureau et de trouver un rythme de vie où les courriels ne seront pas gérés au petit matin, les dossiers épluchés avant que le soleil ne soit levé et les réunions inscrites dans un horaire serré jour après jour. Même la participation aux conseils d’administration et aux activités de financement se fera plus rare, pour un bon moment du moins.

« Je vais laisser le temps aller, profiter de la vie un peu, de mon petit monde surtout. Les petits-enfants grandissent, elles sont magnifiques, je veux passer du temps avec ma gang », lance la grand-mère de trois fillettes.

« C’est ce qui m’aura manqué le plus au fil du temps. Ça, et du temps pour moi. Mais je n’ai pas de réels regrets. J’ai fait la carrière que j’ai voulue, avec ma vision des choses axée sur la transparence et la vérité. Ça m’a toujours bien servie. Plus tu donnes de l’information, plus les gens l’apprécient et plus ils sont performants. L’honnêteté, c’est payant pour tout le monde, au travail comme dans l’engagement communautaire. »

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Le service d’une vie

Fille d’agriculteur, elle a grandi sur la 112 à Weedon, un village où on se serre les coudes. À cinq ans, on lui demande de chanter en solo à la messe de minuit. Elle accepte sans hésiter. Ce n’est pas d’hier qu’elle aime les défis. Quelques années plus tard, elle est cheftaine de son groupe de Jeannettes et enregistre les meilleures ventes de fleurs sur le perron de l’église. Elle a déjà du leadership et le sens des affaires.

De son enfance, Annie Faucher a su conserver les valeurs et les aptitudes acquises. Sherbrookoise d’adoption, elle a aussi su transposer l’esprit de village solidaire au centre-ville de Sherbrooke, son milieu de travail depuis plus de 25 ans.

« À 14 ans, M. Rousseau m’a offert ma première job. J’étais cuisinière et serveuse à la cantine du camping Beau-Soleil. C’est lui qui m’a appris à travailler. C’est grâce à lui que je fais ce que je fais aujourd’hui. J’ai vite découvert que servir les gens, j’adorais ça. Établir un contact avec les clients, apprendre à connaître leurs besoins, les entourer et échanger. J’ai eu une révélation. Je voulais être au service des gens, vivre dans le public », explique la verbomotrice.

Lorsqu’elle déménage à Sherbrooke pour poursuivre ses études, à 18 ans, elle travaille comme cuisinière et serveuse à La Petite Bouffe, au 28 Wellington Sud. C’est le début d’une longue histoire d’amour, car c’est à cette adresse qu’elle rencontre Charles Gauthier, l’homme de sa vie avec qui elle tient les rênes du Liverpool depuis 25 ans. Toujours au 28 Wellington Sud.

Lorsqu’elle discute de son établissement, Annie Faucher ne parle jamais de chiffres. Toujours des gens.

« Mes employés, je les traite comme je traite les membres de ma famille dans mon foyer. Et je dis toujours à mes employés que je souhaite que les clients se sentent comme de la visite qu’on accueillerait chez nous un samedi soir. C’est pour ça que j’ai été à l’accueil pendant deux décennies », souligne l’oiseau de nuit qui avoue d’elle-même être hyperactive.

« C’est certain qu’on doit être de bons gestionnaires. Sinon, on ne serait plus ici. Mais ce sont les gens qui me donnent mon énergie, pas le chiffre d’affaires. »

L’accueil et la diversité de sa clientèle expliquent le succès et la longévité du Liverpool. « Notre clientèle a entre 18 et 60 ans et elle vient à différentes heures du jour dépendamment de son horaire et de l’ambiance qu’elle cherche. Et on prend soin de nos gens, qu’ils aient 18 ans avec des calottes ou 60 ans avec des cravates », souligne la tenancière.

Annie Faucher carbure tellement au contact du public que même lorsqu’elle a combattu (et battu) un cancer en 2013-2014, elle n’a pas cessé de travailler. « C’était ma planche de salut. Et je ne voulais pas que l’équipe se sente abandonnée, même si le leader était à genoux. »

Le sens de l’engagement coule dans ses veines. « J’ai été habituée de voir mes parents travailler fort et s’impliquer dans leur communauté. Mon père a été conseiller municipal pendant 15 ans, ma mère a été présidente des loisirs et aussi dans le Club Lions, le Cercle des fermières en plus d’être gérante d’épicerie pendant 35 ans. »

« Aussi, grandir dans un petit milieu où les gens doivent s’impliquer pour avoir une vie communautaire, je pense que ça donne une bonne base pour développer l’altruisme et le sens de la collaboration », note celle qui a été membre d’à peu près tous les comités qui touchent le centre-ville.

« Quand le cœur d’une ville ne bat pas, comment veux-tu que la ville soit oxygénée. La Well, c’est plus d’une artère commerciale. »

Outre M. Rousseau, Annie Faucher nomme deux autres mentors qui ont influencé sa trajectoire. Son directeur d’harmonie, le musicien Serge Poirier, qui lui a appris qu’en jouant « tous ensemble, on pouvait atteindre tous les sommets », et l’ancien conseiller Serge Paquin, qui lui a appris à se faire confiance et lui a transmis son amour du centre-ville.

Se sentir utile. Faire avancer les choses. Repousser les limites. Ce sont les objectifs de la femme d’affaires qui aimerait bien dans les prochaines années amener son engagement ailleurs.

« Je me fais souvent dire que je suis une source de réconfort et j’aimerais rassurer des gens qui en ont besoin en faisant du bénévolat dans les hôpitaux, à Aube-Lumière, à la Coop funéraire. Je veux aussi continuer à aider au développement économique de ma ville, mon secteur, le centre-ville. Je n’élimine pas la possibilité de présenter ma candidature aux prochaines élections municipales », lance celle qui craint ne pas avoir d’une vie pour réaliser tous les projets qu’elle a en tête.

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Pour la culture et l’histoire

Même si plus de 20 années ont passé depuis la fin de la diffusion du Club des 100 Watts, plusieurs personnes pensent encore immédiatement à cette émission culte de Télé-Québec lorsqu’elles aperçoivent Marc-André Coallier. Le principal intéressé pourrait souhaiter qu’on l’associe davantage à ses projets plus récents, mais il ne se plaint nullement de la situation.

« Les 100 Watts ont marqué une génération de téléspectateurs, affirme-t-il. Aujourd’hui, je travaille avec d’anciens fans de l’émission, je les embauche pour mes projets. C’est cool! J’ai aussi adoré certains comédiens quand j’étais plus jeune – Jean-Louis Millette par exemple – et j’en ai gardé des souvenirs impérissables. C’est similaire comme phénomène. »

Preuve que les 100 Watts font toujours partie de sa vie, Marc-André Coallier participera bientôt à un spectacle pour les 50 ans de Télé-Québec. Le spectacle en question permettra au public de renouer avec des émissions jeunesse marquantes.

S’il n’essaie pas d’oublier le Club des 100 Watts, Marc-André Coallier paraît avoir les pieds bien ancrés dans le présent. Il faut dire que le Théâtre La Marjolaine, dont il est propriétaire, l’occupe beaucoup.
Le fils du non moins célèbre Jean-Pierre Coallier est un peu homme à tout faire à La Marjolaine. Il se charge notamment de la gestion du théâtre et de réaliser certains travaux sur place. De plus, il ne dédaigne pas grimper sur les planches quand l’occasion se présente. « J’ai appris à me débrouiller. J’aime être mon propre patron », confie-t-il.

Ce ne sont pas toutes les productions du lieu de diffusion qui ont connu un succès retentissant au cours des dernières années. N’empêche, son propriétaire a continué d’investir pour améliorer les infrastructures du théâtre. Il révèle ainsi avoir injecté quelque 500 000 $ en rénovations et travaux d’amélioration divers au fil des ans.

Sauver un théâtre

Marc-André Coallier n’aurait probablement jamais acquis La Marjolaine, en 2004, s’il avait écouté les gens autour de lui. « Des années plus tard, des gens me disent encore que je suis fou d’avoir acheté un tel endroit », admet-il.

Au moment de l’achat, le théâtre était fermé. « Ça faisait 10 ans que Marjolaine Hébert essayait de le vendre. L’endroit n’était pas trop entretenu. »

L’objectif de Marc-André Coallier, lorsqu’il a déposé son offre d’achat, était principalement de sauver un monument du patrimoine culturel du Québec. « C’est le plus vieux théâtre d’été dans toute la province. Et moi je suis attaché à notre histoire tout comme à la culture québécoise. Une partie de notre histoire allait mourir et j’ai voulu la sauver », explique-t-il.

Le propriétaire du Théâtre La Marjolaine rappelle que de nombreuses comédies musicales ont été présentées sur la scène du petit lieu de diffusion, aménagé à l’intérieur d’une vieille grange à Eastman. De grands noms de la chanson, tels Diane Dufresne, Joël Denis, Jean-Pierre Ferland et Gilles Vigneault, ont déjà foulé ses planches.

L’avenir

En 2004, La Marjolaine avait frappé un grand coup en présentant Les Nonnes. Un total de 13 000 billets avaient été vendus à l’époque pour cette production et avait permis un redémarrage vrombissant du lieu de diffusion.

Il y a eu par la suite des saisons moins lucratives pour son propriétaire, mais celui-ci n’a jamais lancé l’éponge. À force de travail, il a réussi à développer un partenariat d’affaires prometteur avec Encore spectacle, qui produit de nombreux spectacles et pièces au Québec.

« Grâce au partenariat avec Encore spectacle, notre pièce de l’été dernier, intitulée Je vous écoute, partira en tournée en 2018. La rentabilité est meilleure dans un contexte semblable, surtout quand on a des dizaines de dates prévues dans le cadre de la tournée », remarque Marc-André Coallier.

Marc-André Coallier avoue cependant qu’il ne détesterait pas que la municipalité d’Eastman devienne un jour un véritable partenaire financier. « Ce sont habituellement les villes qui sont propriétaires des lieux de diffusion », fait-il valoir, tout en assurant qu’il continuerait à produire des spectacles à La Marjolaine même s’il n’en était plus le propriétaire.

Mérite estrien

La danse envers et contre tout

Quand Liliane Saint-Arnaud regarde les 30 années écoulées depuis qu’elle dirige la compagnie de danse Axile, non seulement s’étonne-t-elle du nombre de spectacles dans son sillage (18!), mais aussi qu’une telle feuille de route soit née de si peu de moyens. Au cours de ces trois décennies, la chorégraphe a certes obtenu des bourses de création, mais jamais pour la production ni le fonctionnement. Sans salaire, elle a toujours dû occuper un autre emploi en parallèle, notamment comme chargée de cours en danse, pendant 29 ans, à la faculté d’éducation physique à l’Université de Sherbrooke.

Le spectacle Vol qualifié (1994) était d’ailleurs un grand cri du cœur sur la condition précaire des artistes. « Les artistes qui l’ont vu s’y sont tellement reconnus! Au fil des années, j’en ai entendu, des excuses pour me refuser un financement. Notamment qu’on ne me faisait pas confiance sur le traitement du sujet... alors que c’est ma spécialité! S’il y a quelque chose que j’ai développé, c’est la sensibilité envers les gens avec qui je travaille. Et je vais toujours chercher une expertise préalablement », dit-elle, citant sa création sur l’anorexie, élaborée avec l’organisme Arrimage Estrie comme partenaire.

Le plus important, c’est que la danseuse et chorégraphe ne se soit jamais laissé arrêter. « Quand il n’y a pas de budget de fonctionnement, tu te demandes constamment si tu veux ou non concrétiser ton projet. Et tu t’aperçois que tu veux le faire. Et tu trouves les moyens », résume celle qui a souvent été « sauvée » par le Fonds régional d’investissement jeunesse.

Souvenir de petite souris

Fille d’un plombier et d’une artiste en arts visuels — en fait, précise-t-elle, sa mère s’occupait des enfants à la maison, mais avait entamé un bac en arts visuels... qu’elle a complété à 71 ans! —, Liliane Saint-Arnaud a toujours dansé. Depuis le rôle de la petite souris dans un spectacle scolaire à Shawinigan-Sud jusqu’à Victoriaville, où elle a déménagé avec sa famille à l’âge de 8 ans et où elle a même commencé à enseigner cet art. Mais quand elle est partie à l’Université d’Ottawa, à 18 ans, c’était pour étudier la traduction et les communications...

« La danse avait toujours fait partie de ma vie, mais je n’avais jamais songé à en faire une profession. Une ancienne élève de Victoriaville m’a demandé pourquoi... La danse, ce n’est pas le métier le plus rémunérateur. Ça m’effrayait un peu, mais j’ai plongé et je ne l’ai jamais regretté. »

Après son bac en danse à Montréal, Liliane Saint-Arnaud, qui connaissait déjà bien Sherbrooke, y déménage. Non seulement danse-t-elle dans le premier spectacle de la compagnie Sursaut (née en 1985), mais elle y signe une première création. En 1987, elle fonde Axile avec Brigitte Graff et en devient l’unique directrice artistique en 1991.

Aimer le risque

« Le plus difficile, c’était de danser et de chorégraphier en même temps. Mais le travail de chorégraphie m’a toujours intéressée. J’en ai fait pendant mon bac et j’ai vraiment aimé : c’est ta proposition, pas celle de quelqu’un d’autre. C’est aussi un risque... et j’aime courir des risques. »

En 1999, elle trouve véritablement sa voie, lorsqu’elle crée Doux silence, intégrant au spectacle des personnes sourdes sans formation en danse. Axile est depuis reconnue pour sa démarche engagée et ses œuvres inspirées par des thématiques sociales comme la violence envers les femmes (Qu’êtes-vous devenues?, 2002), les handicaps physiques et intellectuels (Autrement dit, 2005), le vieillissement (Vieillesse et prouesses, 2007)...

« Je n’aime pas employer le mot causes. Je ne monte pas au front pour dénoncer. Je rappelle seulement que ces réalités existent, qu’il faut en parler et que la danse est une belle manière d’y arriver. Cela fait découvrir cet art à de nouveaux publics. Quant aux non-professionnels qui participent aux projets, j’ai vu des gens timides repartir tellement la tête haute! C’est ça que je veux. »

Mérite estrien

L’art des affaires

Avant d’être restauratrice et femme d’affaires, Anik Beaudoin évoluait dans le milieu des arts.

À peine ses études secondaires terminées, l’ancienne élève curieuse et animée du Mont-Notre-Dame se dirige à Montréal pour poursuivre des études en violon à l’École de musique Vincent-D’Indy. Après ses études collégiales, elle enchaîne deux baccalauréats, le premier en musique et le second en théâtre.

« Mon expérience en théâtre me sert de différentes manières en affaires. Par exemple, c’est d’abord avec des troupes de théâtre que j’ai appris à faire des budgets. Aussi, le fait d’avoir travaillé avec des metteurs en scène a développé ma capacité d’écoute. En affaires, j’écoute ma clientèle. Aussi, je déteste la routine et je me sers de ma créativité au quotidien, que ce soit en m’impliquant dans la création d’événements ou simplement en créant de nouveaux cartons de Noël », explique la Sherbrookoise qui s’est exilée une vingtaine d’années dans la métropole avant de revenir ouvrir le restaurant Auguste, sur la rue Wellington Nord, en 2008 avec son conjoint de l’époque, Danny St Pierre.

Le projet d’ouvrir un restaurant était né au restaurant Derrière les Fagots de Laval, où Danny travaillait comme chef et Anik Beaudoin était serveuse pour arrondir ses fins de mois, elle qui jouait aussi dans des troupes de théâtre et enseignait le violon.

« Quand je suis arrivée aux Fagots, l’équipe était vraiment divisée en deux. Ceux qui travaillaient en salle et ceux qui étaient dans les cuisines. Ma passion a été d’unifier les deux parties et de créer des liens entre eux. C’est à ce moment que Danny et moi avons eu le goût de travailler ensemble et d’ouvrir un resto à nous. »

Le duo a choisi Sherbrooke pour réaliser ce rêve parce qu’Anik venait du coin, que le couple voulait fonder une famille, que les locaux étaient moins dispendieux et parce qu’il n’y avait rien dans la région qui ressemblait au Auguste à cette époque.
En 2012, le même duo ouvrait un deuxième restaurant, Chez Augustine, à peu près en même temps que le couple se séparait. Un an et demi plus tard, ce deuxième restaurant fermait ses portes, un échec dont Anik Beaudoin a tiré des leçons. Elle a même monté une conférence sur le sujet.

« Le piège dans lequel je suis tombée est celui de l’excès de confiance en nos capacités et le manque de planification. J’ai fait confiance à la vibe ambiante sans faire une vraie étude de marché. Et, en plus, je n’ai pas écouté ma petite voix. J’en parle souvent, en affaires, l’intuition, c’est incroyable. Quand on l’écoute c’est fort. Mais dans ce cas, l’égo a fait en sorte que je n’ai pas écouté cette voix. J’avais besoin d’un projet pour m’identifier à cette période. Ç’a été une erreur. »

Revenir à son équipe et miser sur ses ressources humaines ont permis aux vents de changer. « Ma plus grande fierté est d’avoir été en mesure de revirer complètement le paquebot qu’était Auguste, une entreprise qui au départ était structurée de façon très pyramidale. Il y avait Danny puis les gens en dessous. Maintenant, tout le monde est au même niveau. Tout le monde a le pouvoir, c’est très collégial. On est une famille », explique la « mère » qui compte 32 employés.

Très impliquée dans le milieu des affaires et le milieu communautaire, Anik Beaudoin siège aux comités d’Entreprendre Sherbrooke, Femmessor, Association des marchands et elle a participé à la création des Paniers de la rentrée de la Fondation Rock-Guertin en 2012 en plus de participer au souper-bénéfice annuel qui récolte environ 100 000 $ pour cette même fondation.

« Je crois que le milieu des affaires sherbrookois est un milieu de vie qui mérite de prospérer. Et pour ce qui est de la Fondation, je me suis impliquée après avoir pris conscience des statistiques qui démontrent comment les familles éprouvent des difficultés lors de la rentrée scolaire. C’était pire que dans le temps des Fêtes. »

La femme d’affaires n’a pas tant de conseils à donner aux entrepreneurs sinon de faire attention aux conseils de tout un chacun. « Il faut surtout prendre le temps. Prendre le temps de revenir à qui on est et savoir ce qui nous rend heureux. »