Mérite estrien

Nicolas Lemay : Redonner à ceux qui nous ont formés

C’est par accident que Nicolas Lemay est entré dans le monde du kayak. Vraiment par accident. À 15 ans, il était dans l’équipe du Québec de natation et, entre deux entraînements, il a décidé d’aller faire de la planche à voile, est tombé sur le bord d’un quai et s’est sectionné le tendon d’Achille.

« Je ne pouvais plus nager de l’été alors un ami qui se cherchait un partenaire pour faire du kayak en tandem m’a demandé de l’aider. Je suis allé m’entraîner avec lui. On a fait des compétitions. Un jour, on s’est rendu en finale et, ce que je ne savais pas, c’est que cette compétition était les sélections de l’équipe du Québec en kayak. Alors on s’est ramassé dans l’équipe. »

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Gabriel Polan : à pleine vitesse vers les professionnels

En pleine reconstruction depuis deux ans, le programme de football du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke n’a certes pas gagné autant de matchs qu’il aurait souhaité. Les entraîneurs se consolent toutefois en constatant la progression à vitesse grand V de l’un de leurs joueurs, Gabriel Polan, qui a connu sa meilleure saison en carrière universitaire en 2018.

Le porteur de ballon format géant fut sans contredit l’histoire par excellence chez le Vert & Or en 2018.

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Catherine Marquis : une leader qui gère avec son cœur

Enfant, elle voulait devenir avocate et changer le monde. « Je me suis toujours mêlée de ce qui ne me regardait pas. Je voulais aider les gens, les défendre et parler pour ceux qui avaient de la difficulté à s’exprimer. Mes professeurs me voyaient avocate, car les inégalités m’ont toujours fait réagir », raconte celle qui a poursuivi son rêve en obtenant son baccalauréat en droit à l’Université de Sherbrooke en 2006.

Parallèlement à ses études, Catherine Marquis travaille dès l’âge de 14 ans dans l’entreprise que ses parents ont fondée en 1993, Acier Orford. « J’ai fait à peu près tous les postes. J’ai été réceptionniste, j’ai coupé de l’acier, j’ai fait la réception des marchandises, j’ai eu mes cartes de ferrailleur, j’ai fait la comptabilité. La seule chose que je n’ai pas touchée, parce que je n’avais pas d’expertise, c’est l’ingénierie », énumère celle qui est devenue directrice générale de l’entreprise immédiatement après l’obtention de son Barreau en 2009.

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Stéphanie Hamelin : continuer, sans s’arrêter

Stéphanie Hamelin est non-voyante, mais sa condition ne l’a jamais empêchée de faire quoi que ce soit. Tranquillement, sans le savoir, elle est devenue un exemple de citoyenne impliquée, qui repousse toutes les barrières mises sur son chemin. Elle espère d’ailleurs inspirer les autres à ne pas se laisser définir par les déficiences dont ils peuvent être atteints.

« J’ai toujours été poussée depuis que je suis toute petite à faire le plus de choses que je pouvais, à dépasser mes limites. J’aime ça prouver au monde que, même si on ne voit pas, on est capables de faire n’importe quoi, ça ne nous arrête pas », affirme Stéphanie Hamelin.

Escrime, natation, course ou randonnée en montagne ne sont que quelques exemples de sports que la jeune femme pratique au quotidien. En plus de ceux-là, ajoutons le ski alpin et le ski nautique. Au travers de ses multiples heures de bénévolat et de ses cours à l’université, Stéphanie trouve aussi le temps de suivre des cours de chant. Et peu importe l’activité que vous lui proposeriez, la réponse sera toujours : on le fait! 

« Le fait d’accomplir plein de choses, c’est motivant. Je veux me prouver que je suis capable de tout faire. Et je veux me prouver que je suis bonne, que je progresse tout le temps. Je suis très perfectionniste avec moi même, il faut toujours que je performe. » 

Fonceuse, mais timide, la jeune femme a su développer cette fougue en grandissant, non sans une bataille contre tous les préjugés que les gens pouvaient avoir à son sujet. Sa condition fait que les choses n’ont pas toujours été faciles. Et c’est justement avec ce bagage d’expériences qu’elle souhaite encourager les gens autour d’elle à faire ce qu’ils ont bien envie de faire.

« Je suis toujours allée dans des écoles régulières, ma mère voulait que je sois comme les autres, pour m’intégrer plus facilement par la suite. Mes parents m’ont toujours poussée à faire ce que j’avais envie de faire. Ils ne m’ont jamais surprotégée. J’ai toujours eu de la facilité du côté académique, mais c’est plus l’adaptation qui a pu être difficile. L’intégration avec les autres étudiants qui, eux, voyaient... Des fois, il y a des malaises. Les gens ont peur de la différence parce qu’ils ne connaissent pas ça. Au primaire, c’était facile. Mais à mon entrée au secondaire, j’ai été vraiment très isolée dans ce temps là. En plus c’était le début de l’adolescence, l’acceptation de soi surtout est déjà difficile. »

Stéphanie a pu se construire un cercle d’amis solides au cours de ces années. Ce qui l’a rendue beaucoup plus forte, parce qu’elle sait qu’avoir du soutien de ceux qui l’entourent fait toute la différence. 

« J’ai le support aussi de mon petit Balou. Il m’accompagne partout et ça fait de la zoothérapie en même temps », ajoute-t-elle, en caressant son chien-guide. 

Aider les gens, une vocation

Étudiante à temps plein — avec de très bonnes notes d’ailleurs — la jeune femme trouvera toujours le temps d’aider les gens autour d’elle. Le bénévolat, c’est quelque chose qui lui tient à cœur, ne serait-ce que de faire de l’écoute active en centres.

« J’adore aider les gens, j’aime ça faire la différence dans la vie des gens. J’ai vécu beaucoup de choses difficiles moi-même, je suis capable de comprendre ce que les gens peuvent vivre. Dans la vie, il y a toujours des hauts et des bas, quand ça va moins bien, il faut toujours garder l’espoir et continuer d’avancer parce qu’il y a des choses meilleures qui nous attendent. »

Il s’agit d’une partie du message qu’elle souhaite passer. Autant dans le cadre de sa future carrière de travailleuse sociale qu’avec les gens autour d’elle, atteints d’une déficience ou pas. Parce que son entourage s’entendra pour dire que sa motivation est un exemple au quotidien. 

Pour la suite des choses, Stéphanie souhaite terminer sa maîtrise en conservant sa moyenne de notes élevée. 

Elle espère pouvoir travailler en région, en tant que travailleuse sociale. Et même si elle pratique l’escrime depuis moins d’un an, son entraîneur prévoit déjà l’envoyer participer à des compétitions internationales. Étant donné qu’elle ne recule devant rien, elle sera prête sans doute à relever ce nouveau défi!

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Suivre ses idées et ses rêves

Lorsque Claude Beaudoin expérimentait les effets de différents types de carburants sur la tondeuse de son père à l’âge de 13 ans, il ne pensait jamais que sa passion pour les engins mécaniques allait l’amener à travailler en Russie et à développer un véhicule amphibie dans son atelier de Cookshire-Eaton. Tout ceci lui est pourtant arrivé grâce à sa confiance en ses idées et son éthique de travail irréprochable.

Natif de Rock Forest, l’ingénieur en génie mécanique et fondateur de l’entreprise de pièces de motoneige B-Pwr a fait les manchettes en novembre lorsqu’il a dévoilé son véhicule tout terrain amphibie, le Typhon, au Grand Salon de la motoneige et du quad de Québec. 

« Quand j’étais assez jeune, j’aidais mon père à travailler sur son automobile. Puis, à 12 ans, il m’a laissé sa tondeuse brisée pour faire des expérimentations au niveau de la réparation et du fonctionnement », se rappelle-t-il, démontrant déjà sa curiosité et son désir de travailler avec ses mains. 

« À 13 ans, je me suis mis à tester de nouveaux carburants pour la tondeuse, dont un mélange d’essence avec du diesel. C’est cette même année que j’ai réussi à faire fonctionner la tondeuse au propane à 100 %, ce qui a éliminé les odeurs désagréables tout en demeurant très efficace. »

Après ses études en techniques de génie mécanique, on retrouve le jeune Claude Beaudoin chez BRP, l’entreprise numéro un en confection de véhicules récréatifs au Canada. 

« Durant mes études, j’ai eu la chance d’avoir un stage au centre de recherche et développement chez Bombardier. Je suis allé déposer mon CV dès que j’ai fini mon cours et j’avais un emploi chez eux une semaine plus tard. C’est l’endroit où je voulais travailler depuis ma jeunesse, surtout à cause de ma passion pour les motoneiges. » 

D’employé à entrepreneur

Chez BRP, il a occupé plusieurs emplois, notamment au centre de recherche et développement. C’est lorsqu’il était formateur ainsi que responsable du soutien technique aux concessionnaires que ses idées ont commencé à germer et qu’il ne pouvait plus contenir son esprit innovateur. Il a fait plusieurs prototypes et soumettait ses idées pour améliorer la qualité des produits, sans toutefois que ses suggestions soient retenues par ses patrons. 

« On m’a fait comprendre que mes idées n’étaient pas mauvaises, mais qu’ils n’étaient pas intéressés à les développer. Des magazines spécialisés du milieu de la motoneige publiaient pourtant mes articles et réalisaient le potentiel qu’elles avaient. C’est ce qui m’a poussé à partir de chez BRP pour fonder mon entreprise. »

Peu après, l’ingénieur mécanique s’est fait approcher par des représentants de l’entreprise AWM Motors pour mener un projet ambitieux à leur usine de Saint-Pétersbourg en Russie. M. Beaudoin a vécu son rêve de longue date dans la Venise de la Baltique durant trois années, en plus d’y rencontrer sa femme Anastasia. 

« Ils m’ont laissé la responsabilité du projet de A à Z, que ce soit de procéder à l’embauche du personnel ou de choisir la plateforme de dessin, souligne-t-il. Ils m’ont donné carte blanche pour arriver à un produit final, j’étais tellement content qu’ils me fassent confiance pour réaliser ce grand projet. »

« La mentalité est complètement différente en Russie, poursuit M. Beaudoin. Mon supérieur immédiat était un ancien lieutenant dans un sous-marin de l’armée soviétique, donc on peut s’imaginer que les rapports étaient très exigeants. J’ai décidé de revenir à la maison lorsque l’économie russe a connu des difficultés et que le financement de notre projet a été coupé drastiquement. On avait complété le projet à 80 %. »

Fortement impressionné par les véhicules spécialisés pour les conditions extrêmes que développaient les Russes, Claude Beaudoin s’est à nouveau investi dans l’innovation à son retour au Québec. 

« Ce type de véhicule m’a toujours passionné, j’ai eu la chance d’en essayer dans mes temps libres et j’ai eu un coup de foudre, explique-t-il. À mon retour, j’ai voulu développer un de ces véhicules pour faire compétition à ce qui se faisait là-bas. J’ai donc décidé de monter une petite équipe pour commencer à faire des esquisses et développer un plan pour créer un véhicule amphibie. Ça a donné le Typhon, le premier véhicule tout terrain amphibie créé en Amérique du Nord, qui devrait être commercialisé dans un avenir rapproché. »

Un enseignant de nature

Désireux de partager ses connaissances et de transmettre sa passion pour les véhicules récréatifset pour l’ingénierie mécanique, M. Beaudoin fait régulièrement appel à des étudiants du Cégep de Sherbrooke pour contribuer à ses projets. 

« C’est certain qu’en étant formateur technique, j’ai donné de la formation à des centaines de personnes. J’ai toujours eu en moi la capacité d’enseigner, de montrer, de transmettre mes connaissances », estime-t-il, lui qui compte sur une jeune équipe pour l’épauler dans la production du Typhon. 

« J’aime leur donner des projets stimulants à réaliser, je crois que c’est une excellente forme d’apprentissage pour les étudiants de la technique. »

La prochaine année sera chargée pour Claude Beaudoin et l’équipe de B-Pwr, qui tenteront d’obtenir un plus grand atelier de production, de fonder des alliances commerciales clés et de bâtir quelques unités du Typhon. Le tout, bien sûr, en marge de la production habituelle de pièces de motoneige. « On n’arrête jamais lorsqu’on travaille à notre compte, mais c’est signe que les choses vont bien. »

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Travailler ensemble pour faire la différence

Tout mettre en œuvre pour que les usagers et leurs proches reçoivent des services impeccables tout en prenant soin du personnel, ces hommes et de ces femmes qui sont au service de la population tous les jours malgré les tourments qu’ils peuvent eux-mêmes traverser au quotidien : voilà ce qui a motivé Johanne Turgeon au cours de ses 42 années de carrière comme gestionnaire dans le réseau de la santé.

« J’ai choisi de faire ma formation comme diététiste au début des années 1970. J’ai choisi cette profession parce qu’elle permet d’entrer en contact avec les gens et de prendre soin d’eux, tout en agissant sur les déterminants de la santé. Or, très vite, j’ai été exposée à des situations où j’ai été appelée à contribuer dans des fonctions de gestion », se souvient Mme Turgeon.

Et elle a eu la piqûre. Elle n’avait alors que la jeune vingtaine.

La voie était ouverte pour celle qui, le 1er avril 2015, allait devenir la présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, l’un des plus grands CIUSSS du Québec avec ses 17 000 employés et son immense territoire géographique.

« Quand on choisit de faire une carrière dans le secteur public, on fait face à l’admiration ou à la critique. C’est différent de faire carrière dans le domaine des affaires, où on fait face à l’échec ou à la réussite », soutient Mme Turgeon.

« Dans le secteur public, on fait face aux attentes de la population avec les ressources qui nous sont allouées en fonction, notamment, des finances publiques. Il y a bien des années où on aurait voulu demander plus. Moi, je travaille dans l’organisation des services, alors je me disais plutôt : comment on s’organise avec ce qui nous est attribué? Avec ce qu’on a, est-ce qu’on fait les bons choix? Si on doit se corriger, comment peut-on le faire? »

C’est dans cet esprit d’organisation des services que Johanne Turgeon a participé à bien des débats au cours des années. Elle a entendu les patients. Elle a entendu le personnel. Le travail a été sans relâche pour tenter de trouver des solutions avec des ressources financières et humaines limitées. « Nous nous sommes posé des questions : qu’est-ce qu’on fait pour nos aînés qui ne veulent pas aller en hébergement? Pour leurs proches qui sont fatigués? Et pour les aînés qui sont en attente d’hébergement? Même chose pour notre clientèle jeunesse : comment on fait pour leur offrir davantage de services, comment on travaille avec les commissions scolaires, par exemple, même si elles ont aussi leurs contraintes? »

Plongée pendant 40 ans dans le monde de la santé, Johanne Turgeon a vu bien des changements se produire. Les fusions se sont multipliées. Les besoins ont changé. Mais une chose est demeurée tout au long de ces aventures : la passion et l’implication des acteurs.

Johanne Turgeon souligne particulièrement le travail des chercheurs du Centre de recherche sur le vieillissement. « Ils m’ont accompagnée dans la réorganisation des services à une époque où on avait vraiment besoin de s’améliorer. L’équipe de Paul Morin a travaillé pour implanter des améliorations des services axés sur les usagers. Je trouve ça vraiment inspirant », ajoute-t-elle.

Les moments marquants se sont aussi additionnés. Le déraillement de train mortel à Lac-Mégantic en 2013 a toutefois représenté le moment le plus intense de la carrière de la gestionnaire.

« Quand c’est arrivé, j’étais en vacances à l’extérieur du pays. J’ai tout de suite pensé à mon collègue Pierre Latulippe, le directeur général du CSSS de Lac-Mégantic : comment allait-il? Et ses enfants? Et les membres de son équipe? J’ai téléphoné à mon agent de voyage et je lui ai dit de m’organiser ça parce que je devais rentrer au pays tout de suite. Presque tous les employés du CSSS avaient perdu un proche et ils ont travaillé quand même. Beaucoup de gens se sont déployés rapidement sur le terrain et tout le monde disait : comment peut-on aider? Ç’a été le début de plusieurs années de reconstruction, de suivi des indicateurs de santé de cette population », évoque-t-elle avec émotion.

Johanne Turgeon, maître de l’organisation des services, a aussi beaucoup apprécié de travailler avec les partenaires au cours de sa carrière. Parce qu’ensemble, on peut faire la différence. « Dans le réseau de la santé, les partenaires sont très nombreux : les policiers, les ambulanciers, les commissions scolaires, les organismes communautaires... Tous ces partenaires sont engagés; ces collaborations sont précieuses. Et c’est la population qui en bénéficie! Moi c’est mon domaine de travail et je sais quelle différence ça peut faire quand les gens se mettent ensemble pour travailler », ajoute Mme Turgeon.

L’heure de la retraite a sonné pour la gestionnaire, qui a quitté son siège de PDGA le 1er octobre dernier. Elle souhaite maintenant ralentir – ralentir oui, mais pas trop. Elle demeure une femme d’action.

« J’ai deux petits trésors, mes petits-enfants de trois mois et deux ans. Je veux prendre plus de temps avec eux, avec ma famille », ajoute-t-elle.

Elle est aussi une amoureuse de la culture. « J’ai comme projet de me balader en Estrie, de visiter notre territoire et d’aller voir les petits musées pour découvrir les arts et les artistes de la région. Je veux remplir ma vie de plein de beaux moments », soutient-elle.

Repères

- A travaillé entre autres comme gestionnaire dans un CHSLD, à Emploi-Québec, à l’Hôtel-Dieu, à l’Hôpital de la région de l’Amiante;

- Présidente-directrice générale de l’Agence de la santé et des services sociaux de 1999 à 2015;

- Présidence-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS du 1er avril 2015 au 30 septembre 2018. 

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Le bel esprit de clocher

Un sentiment communautaire plus grand que nature anime Stéphane Lavallée et ses trois fils, Jérôme, Félix et Hubert. Un prolongement de leur solidarité familiale, d’une famille tissée serrée et étendue à la région de Lac-Mégantic, qui en récolte les bienfaits.

Ils ont lancé les activités de la Chapelle du Rang 1, d’abord pour sauver la petite église anglicane St.Barnabas, un bijou patrimonial, et aussi mettre un baume sur les plaies vives des Méganticois à la suite de la tragédie de juillet 2013.

La Chapelle accueille les artistes pour y vivre une expérience unique, en donnant un spectacle dans un contexte très spécial, un cachet très intime... Effectivement, la salle de 60 places seulement ne peut rentabiliser les cachets habituels des artistes populaires.

Après deux saisons estivales bien remplies, ce sont les artistes qui demandent à y donner leur spectacle, pour des compensations modestes. C’est que les Lavallée leur offrent des à-côtés précieux : logés, nourris, entourés d’authenticité et d’émotions vives, ces chanteurs et chanteuses partent comblés par la chaleur humaine qu’ils dégagent eux-mêmes, puis celle du public et, enfin, des Lavallée, bien sûr!

« Nous sommes quatre bénévoles dans notre projet, c’est plus une valorisation que nous venons y chercher, des moments magiques. Le spectacle n’est pas l’objectif, ce sont plutôt les émotions, ce qu’il y a autour. Nous avons créé une famille de la Chapelle, les artistes sont nos invités. Les gens se nourrissent les uns des autres! Ce sont des souvenirs, de l’amour, du cœur qu’on dépose en chacun, cela oriente la vie et change le monde, à notre échelle! », décrit Stéphane.

L’aîné des fils, Jérôme, 29 ans, est l’homme à tout faire de La Chapelle, s’occupant de la soudure à la mise en place, la sonorisation, la technique. De plus, il accueille les artistes, les met à l’aise. Photographe autodidacte, il a produit un visuel du projet, et plus.

Félix, 27 ans, c’est le gars de la bouffe, des achats jusqu’au barbecue, l’été. « La nourriture, ça rassemble, ça amplifie le partage! », dit-il. Il a aussi planifié et réalisé la rénovation de la chapelle, comme entrepreneur en construction. 

Le cadet, Hubert, 24 ans, agit comme négociateur en chef avec les artistes et bâtit la programmation. Il s’est occupé de la web série Un été à la Chapelle, diffusée par La Fabrique culturelle, à Télé-Québec. Sa polyvalence sert bien le projet. Cette web série leur a valu un prix constituant un salaire non monétaire, une reconnaissance qui les enchante, le Prix du développement culturel 2018, du Conseil de la culture de l’Estrie, en novembre dernier.

Stéphane a suscité l’adhésion de ses trois rejetons par sa créativité, ses nombreux talents, sa polyvalence et sa détermination. Des qualités familiales qui lui viennent de son père Guy, un homme d’affaires qui a su bien servir le public méganticois, de son frère Richard, qui a pris la relève du commerce familial, à la boucherie et, par la suite, au marché Lavallée, et de son autre frère, le regretté François Lavallée, qui s’est beaucoup dévoué pour sa communauté, avec des projets comme la radio locale CKFL, le Centenaire de Lac-Mégantic, le Lac en fête, pour ne nommer que ceux-là. Stéphane lui rend un hommage bien mérité : « Notre projet est du genre de François, des activités de rassemblement communautaire. Il serait sûrement avec nous dans notre projet… »

C’est aussi ce qui a incité Stéphane à revenir à Lac-Mégantic après la tragédie, pour venir travailler au rétablissement de sa communauté, délaissant une brillante carrière de journaliste et le confort de dirigeant au journal Les Affaires et au Groupe Transcontinental.

« La tragédie m’a interpellé. J’ai eu l’idée qu’il me fallait recréer un endroit de rencontre. C’était urgent. Avec la gérante du Musi-Café, Sophie L’Heureux, nous avons lancé le Musi-Café d’été, avec Yannick Gagné. Les artistes ont été très généreux par des prestations données aux Méganticois… J’ai alors senti que l’avenir serait ailleurs de ce que je vivais professionnellement. J’ai pris ensuite un temps de réflexion, j’avais le luxe de le faire. Je fais partie des privilégiés. La vie m’a ramené à Lac-Mégantic! »

Il s’est grandement impliqué dans la démarche citoyenne « Réinventer la ville », le Bureau de reconstruction du centre-ville, dont a découlé le superbe projet de mise en lumière de l’église Sainte-Agnès, qui a remporté une reconnaissance internationale qui a fait sa fierté.

REPÈRES

> Né à Lac-Mégantic, Stéphane est titulaire d’un baccalauréat en communication de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)
> Il a commencé sa carrière de journaliste à L’Écho de Frontenac, l’hebdo de Lac-Mégantic, après ses études
> Ses trois fils sont tous nés à Sherbrooke, du temps où Stéphane a occupé les postes de journaliste, chef de pupitre et directeur de l’information au journal La Tribune
> Stéphane a également travaillé au quotidien La Presse et au journal spécialisé Les Affaires
> Jérôme, Félix et Hubert ont tous les trois fréquenté l’UQAM
> Jérôme est appuyé par sa conjointe Katia, dans le projet de la Chapelle, tout comme Félix, avec son amie de cœur, Andréanne


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En croisade contre le CO2

Dino Mehanovic et Jean-François Dufault ont un objectif, réduire les émissions de CO2. Pour y parvenir, ils ont mis au point un réacteur solaire capable de produire de l’hydrogène plus propre et moins cher et qui pourrait servir entre autres aux producteurs d’engrais et aux raffineries.

« Une des grosses sources de CO2, c’est la production d’hydrogène, souligne Dino Mehanovic. On parle en ce moment de 100 à 115 milliards $ de vente par année. C’est un très gros marché et 95 % de l’hydrogène est produit à partir du gaz naturel. Ce procédé émet 500 millions de tonnes de CO2 par année ce qui est à peu près équivalent aux émissions totales de CO2 du Canada. Il y a vraiment quelque chose à faire. »

L’hydrogène est utilisé notamment dans les aciéries, les raffineries et par les producteurs d’engrais pour faire des fertilisants synthétiques.

La technologie proposée par Dino Mehanovic et Jean-François Dufault ne brûle pas de gaz naturel.

« On utilise l’énergie solaire pour chauffer le réacteur et entamer la réaction qui produit de l’hydrogène, souligne Dino. Avec ça on vient réduire les émissions de CO2. On peut aussi partir du biométhane pour faire de l’hydrogène et puisqu’on utilise l’énergie solaire, on élimine complètement les émissions. Les cellules photovoltaïques des panneaux solaires ont une efficacité de 20 % en ce moment. Dans notre cas, on peut atteindre 50 %. Donc en gros on vient utiliser d’une façon deux fois plus efficace une certaine surface au sol. »

Vert et pas cher

Les deux jeunes Sherbrookois, qui ont fondé leur propre entreprise nommée C-SAR, le savent, ce n’est pas demain la veille que notre dépendance au pétrole disparaîtra. Il y a plusieurs moyens de combattre les changements climatiques, mais pour qu’une solution soit réaliste ou applicable, elle doit avoir du sens pour les entreprises.

« Il y a beaucoup de compétition non seulement d’un point de vue vert, mais les technologies pas propres qui existent déjà sont aussi d’énormes compétiteurs, admet Jean-François Dufault. Ce n’est vraiment pas cher de brûler du gaz ou du pétrole. Chaque fois qu’on propose une technologie verte, il faut que cette technologie soit aussi compétitive d’un point de vue économique. » 

« L’énergie est un bien considéré comme acquis au Québec, poursuit-il. On branche notre grille-pain et on ne se demande jamais d’où l’énergie vient. Lorsqu’on va augmenter le prix de cette énergie-là pour qu’elle soit verte, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des réticences. Est-ce que les gens sont prêts à faire les changements nécessaires dans leur vie pour être verts ? Ce n’est pas toujours le cas. »

Les pointes de consommation sont également un défi important pour les énergies renouvelables.

« L’énergie on la veut immédiatement, explique Jean-François Dufault. On n’attendra pas qu’il fasse soleil le matin avant de manger. Nous utilisons l’énergie solaire, donc on produit le jour. Il faut faire concorder les pointes de production d’énergie renouvelable avec les pointes de consommation. Pour la consommation, il y a une pointe le matin, ça diminue vers le milieu de la journée et elle remonte le soir. Si on regarde l’énergie solaire, le matin il n’y a pas grand-chose, le midi il y a beaucoup de soleil et le soir on ne produit rien pendant l’augmentation de la consommation. C’est un gros défi. Pour nous par exemple, une grande usine ne fermera pas la nuit. »

À la conquête du monde

Dino et Jean-François se lancent maintenant à la recherche de clients et de partenaires pour leur réacteur. Ils sont en discussion pour faire des démonstrations et éventuellement aller chercher du financement.

Les énergies vertes commencent toutefois à être un domaine très compétitif et un petit retard ou une erreur peut être fatale pour une jeune entreprise comme C-SAR.

« On espère toujours que nos prédictions de performances vont concorder avec les résultats expérimentaux, souligne Jean-François Dufault. Un peu comme les ingénieurs du pont Champlain, ils espèrent pas mal que ça fonctionne et que les deux bouts du pont se rejoignent. On n’est pas à l’abri des erreurs. On regarde nos chiffres deux fois. Il y a aussi toujours un inconfort parce qu’on veut que notre produit concorde avec les besoins du marché. C’est toujours une validation que l’on doit faire. Il faut être assez souple pour pouvoir pivoter et réorienter notre approche si elle ne suit pas le marché. »

Mais pour l’instant le marché semble bien vouloir du réacteur solaire des deux Sherbrookois.

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L’implication au quotidien et au naturel

MÉRITE ESTRIEN / Sabrina Joyce-Dupuis recevait l’année dernière la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour son implication remarquable dans son milieu. L’adolescente qui en était alors à sa dernière année au secondaire à l’Escale d’Asbestos a été très émue, mais aussi surprise, par cette récompense.

Pour Sabrina, aujourd’hui âgée de 17 ans, s’impliquer à travers son parcours scolaire était tout simplement naturel. On la retrouvait ainsi dans l’harmonie de l’école et dans l’ensemble vocal, elle qui s’est découvert une passion pour le chant au début de son secondaire.

Elle a également fait partie des Entraidants pendant deux années. « C’est un groupe qui fait de la sensibilisation et qui organise plusieurs activités, par exemple une journée sans maquillage. On a aussi aidé à préparer des tourtières pour les paniers de Noël, explique Sabrina. C’est un groupe qui venait chercher ce que j’aime : aider les gens. C’est ce qui me fait le plus plaisir. »

C’est aussi pour son attitude positive que le directeur et la psychoéducatrice de l’école ont soumis la candidature de la jeune Asbestrienne.

« Quand j’ai reçu la lettre, je ne comprenais pas trop. Je me demandais qui m’avait proposée. Dans ma tête, il me venait le nom de plein d’autres personnes qui auraient mérité cette récompense », raconte celle qui a aussi pratiqué la danse pendant huit ans.

Rêve de médecine

Sabrina poursuit maintenant des études au Cégep de Sherbrooke dans le but d’intégrer une faculté de médecine à l’université. Elle espère se spécialiser en périnatalité. Enfant unique, elle a toujours beaucoup aimé les bébés. On lui a d’ailleurs répété à plusieurs reprises qu’elle possédait un sens maternel très développé.

« J’ai toujours eu la médecine en tête, mais je ne l’ai jamais vraiment dit puisque je ne croyais pas avoir le potentiel et que je n’étais pas en chimie ou en physique », explique celle qui a aussi envisagé effectuer une technique en éducation à l’enfance.

Sa mère ayant connu des problèmes de santé, Sabrina a fréquenté les hôpitaux tout jeune. C’est peut-être à ce moment que l’idée de la médecine a germé dans sa tête, mais c’est en quatrième secondaire qu’elle a réalisé qu’elle avait le potentiel pour accéder à son rêve. Avec une moyenne générale supérieure à 90 % maintenue jusqu’à l’obtention de son diplôme, elle démontrait sa persévérance, mais aussi ses grandes aptitudes.

Consciente que beaucoup d’années d’études sont encore devant elle, Sabrina est prête à les affronter. Afin d’atteindre son objectif, elle a toutefois pris la décision de réduire ses différentes implications afin de se concentrer sur ses études.

« Je suis perfectionniste et je suis capable de mettre les efforts pour arriver à de bons résultats. Mes études sont ma priorité », souligne-t-elle.

« C’est ma mère qui m’a donné le goût à l’école. Tous les soirs en revenant de l’école, elle sortait mes cartables et m’aidait à faire mes devoirs. Elle aimait ça et le faisait vraiment toujours dans le but de me faire aimer l’école », confie Sabrina qui a malheureusement perdu sa mère l’année dernière des suites de la maladie.

« Mes deux parents ont toujours eu une grande fierté dans mon parcours scolaire », remercie-t-elle.

L’adolescente a fait preuve d’une résilience extraordinaire à travers cette épreuve. Sa famille, ses amis et des professeurs conciliants lui ont aussi été d’un grand soutien.

Puis après avoir terminé ses études, Sabrina espère simplement avoir une maison, une famille et des enfants. « J’aimerais rester dans le coin et pratiquer ici. J’ai une préférence pour les petits milieux. » Rien de bien compliqué, mais tout pour faire son bonheur.

Repères

Âgée de 17 ans et résidente d’Asbestos

Récipiendaire de la Médaille du Lieutenant-gouverneur

Étudiante au Cégep de Sherbrooke

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Lorsque la faim justifie les moyens

MÉRITE ESTRIEN / S’il était encore de ce monde, Rock Guertin serait assurément fier de ce qu’est devenue la Fondation qui porte son nom et du rôle qu’elle joue dans la lutte contre la pauvreté. Et il y a fort à parier que le regretté fondateur serait tout aussi heureux de constater que, 10 ans après son départ, son fils Sylvain et son directeur général Denis Fortier ont su préserver le crédo de la Fondation voulant que « la faim justifie les moyens »…

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le tout premier Panier de l’espoir, créé en 1982, alors que Rock Guertin animait une tribune téléphonique sur les ondes de CHLT 630. Depuis cet appel d’un auditeur en détresse, des milliers d’autres paniers ont été confectionnés et distribués, année après année, à des milliers de familles. Et des milliers d’autres le seront encore cette année à l’occasion de la grande distribution des Paniers de l’espoir.

Avocat civiliste à la tête de son propre cabinet, Sylvain Guertin n’a d’autre choix que d’évoquer le sort d’Obélix lorsqu’on lui demande de décrire son cheminement au sein de la Fondation. « Dans mon cas, c’est un peu ça. On peut dire que je suis comme tombé dedans quand j’étais petit, dit-il. À la maison, mon père en parlait tout le temps. Pour lui, le fait de savoir qu’une famille qui habite la même ville que lui n’a pas de quoi manger, c’était impensable. Il fallait qu’il fasse quelque chose… »

Au fil des ans, Sylvain Guertin s’est donc impliqué dans les activités de la Fondation, tout en poursuivant ses études en droit et sa carrière de juriste. Comme des centaines d’autres bénévoles, il a lui aussi mis l’épaule à la roue en participant notamment à la confection et à la distribution des paniers.

En avril 2008, lorsque le cancer a emporté le fondateur des Paniers de l’espoir, tous les yeux se sont naturellement tournés vers son fils, qui occupe encore aujourd’hui le poste de président de la Fondation Rock-Guertin.

Quelques semaines plus tard, c’était au tour de Denis Fortier de faire son entrée à titre de directeur général de la Fondation Rock-Guertin. Ancien employé de Shermag, il demeure à ce jour la seule personne à l’emploi de la Fondation. C’est à lui qu’est revenue la tâche de mettre en place une structure organisationnelle adéquate, permettant à la Fondation de poursuivre sa mission tout au long de l’année.    

« J’ai réalisé l’ampleur de la tâche qui m’attendait lorsque je suis rentré dans le bureau de M. Guertin le premier jour, se rappelle-t-il. À l’époque, le disque dur de la Fondation, c’est Rock qui l’avait amené avec lui… », précise-t-il, en référence aux nombreuses relations que le fondateur avait développées au fil des ans sans toutefois les documenter.      

Outre les traditionnels Paniers de l’espoir qui précèdent chaque année la fête de Noël, la Fondation Rock-Guertin offre aussi des paniers à deux autres moments charnières de l’année : à Pâques ainsi qu’à quelques semaines de la rentrée scolaire.

Sans tambour ni trompette, la Fondation Rock-Guertin tient aussi discrètement chaque année, au sous-sol de la cathédrale, un repas réservé aux personnes itinérantes, sans parler des nombreuses demandes de dépannages ponctuelles et individuelles qu’elle reçoit de divers organismes.

« Les dépannages ponctuels, c’est un peu ce qui est à la base du premier Panier de l’espoir, rappelle Denis Fortier. Ça permet de répondre à des gens qui traversent une période difficile, de façon temporaire. Personne n’est à l’abri d’une perte d’emploi ou d’être frappé par la maladie », ajoute-t-il en parlant des quelque 250 dépannages qu’offre la Fondation.  

En ce qui concerne les Paniers de l’espoir, ce sont plus de 13 000 boîtes de nourritures qui seront livrées cette année à quelque 2250 familles, parmi lesquelles on retrouve 3000 enfants. Chaque panier est d’une valeur de 300 $.

« Pendant un bon bout de temps, mon implication auprès de cette œuvre-là, je l’ai fait à la mémoire de mon père », soutient encore aujourd’hui Sylvain Guertin.

Environ une décennie après le décès de Rock Guertin, l’objectif est le même : nourrir les Sherbrookois dans le besoin.

Bon an mal an depuis 35 ans, plus d’une quarantaine d’entreprises continuent de s’associer à l’œuvre des Paniers de l’espoir, indique Denis Fortier. « On est chanceux d’avoir des partenaires aussi généreux, souligne Denis Fortier. La plupart des entreprises nous prêtent leurs véhicules, fournissent des bénévoles et nous aident à faire des livraisons. »

Au total, c’est 1,2 million de dollars de nourriture que la Fondation Rock-Guertin distribue chaque année grâce aux dons qu’elle reçoit et aux campagnes de souscription qu’elle mène tout au long de l’année.    

« Je pense que tant et aussi longtemps que la générosité des gens sera au rendez-vous, il faudra que la Fondation soit là pour répondre aux multiples facettes de la pauvreté, dit Sylvain Guertin. L’appui qu’on reçoit de la part de nos donateurs, de nos bénévoles, année après année, est tellement important que c’est ce qui nous anime et c’est ce qui va toujours nous amener à vouloir nous dépasser dans l’avenir. »