MÉRITE ESTRIEN

David Morin : lutter contre l'intolérance

MÉRITE ESTRIEN / On l’a vu et entendu partout, alors que des attentats terroristes semaient l’émoi à différents endroits sur le globe. Derrière ces tragédies qui ont marqué l’actualité, au-delà des « faits divers » médiatisés, le professeur de l’Université de Sherbrooke David Morin tente de mieux comprendre ces phénomènes et surtout, de les prévenir.

Coup d’œil sur sa page de l’UdeS : la liste de ses titres s’additionnent, si bien qu’on n’en énumérera que quelques-uns ici, dont celui de vice-doyen à l’enseignement et au développement international à la faculté des lettres et sciences humaines.  

La palette d’expertise est large
(relations internationales, opérations de maintien de la paix, terrorisme et radicalisation), mais elle suit un fil conducteur. Il travaille depuis 20 ans sur les enjeux de sécurité nationale et internationale. Il a fait son service militaire en France comme officier. Il a travaillé notamment comme conseiller politique au Kosovo, de même qu’au Centre Pearson pour le maintien de la paix, ce qui l’amène à participer à plusieurs missions en Afrique comme formateur.  

Ce n’est pas que le fil de sa carrière qui mène David Morin à s’intéresser à la radicalisation et à l’extrémisme : cet intérêt trouve aussi ses racines dans son passé. Il y a, dans son histoire, ce grand-père qui a échappé de peu à la Gestapo. Et des souvenirs de jeunesse qui l’ont heurté.

« En tant que Français, j’ai vu la montée de l’extrême droite radicale. J’avais beaucoup d’amis issus de l’immigration, on a vécu toutes sortes de choses compliquées avec la police. J’ai vu ce que ça pouvait être, le délit de faciès et ce que c’était l’extrême droite française qui est montée en puissance, de manière assez impressionnante en quelques décennies (...) Les fois où j’ai été contrôlé en voiture ou que l’on m’a interdit d’entrer dans des discothèques c’était parce que j’étais avec des copains maghrébins. On n’était pas maltraité, mais ça les faisait se sentir surtout pas à leur place. J’ai compris assez vite ce que ça pouvait être de ne pas se sentir à sa place. »

C’est pour cette raison qu’il a eu envie de s’installer au Québec.

« J’ai rencontré un Québec accueillant, assez ouvert. C’est ce Québec-là que j’aime. »

« De manière générale, je suis quelqu’un de plutôt en colère contre l’injustice et contre la bêtise humaine. C’est ce qui explique que des fois je suis un peu sanguin. En même temps, je suis quand même un humaniste. Je sais reconnaître la beauté et le travail des gens. »

L’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent a vu le jour en 2015. David Morin en est le codirecteur. L’objectif, avec la création de cet observatoire, est de mieux documenter la radicalisation. Ce phénomène demeurait peu documenté lorsque l’Observatoire a été créé.

« Quand les attentats de Charlie Hebdo sont survenus et qu’on a vu qu’au Québec il y a aussi des enjeux, avec plusieurs collègues, on a ressenti le besoin de travailler ensemble sur ces enjeux-là, de prendre aussi une place dans l’espace public pour être capable d’apporter des éléments de compréhension aux gens. C’était important parce que souvent, ce n’est pas très bien couvert les questions de terrorisme, c’est beaucoup anecdotique ou sensationnaliste. C’est correct, ça génère chez les gens toutes sortes d’émotions, mais c’est important d’arriver à apporter un cadre de compréhension pour répondre aux inquiétudes des gens et de remettre ça dans son contexte... »

La création de cet observatoire a été un point tournant, souligne-t-il. Les chercheurs s’intéressent notamment aux djihadistes et à la montée de l’extrême droite.

« On comprend mieux le phénomène. Je pense qu’il faut continuer la recherche, mais aussi là où on est encore limité, c’est de documenter les pratiques qui fonctionnent en matière de prévention et d’intervention. »

Pour le chercheur, la pratique compte tout autant que la théorie. Il est d’ailleurs l’un des nombreux visages derrière Dialogue +, une iniative menée par Actions interculturelles et qui vise à « redynamiser les relations ethnoculturelles » et à favoriser une plus grande mobilisation des jeunes.

« Dans mon parcours, il y a toujours le souci d’arrimer la recherche avec la formation et aussi d’avoir un impact sur le terrain. C’est important d’avoir une implication sociale, d’essayer de faire bouger les choses. C’est clair que le terrorisme a généré la peur. La peur génère la colère et la colère, il faut la canaliser; c’est souvent contre des ennemis facilement désignés. Il y a toujours un ressac. Le ressac, en ce moment, c’est l’extrême droite. »  Et puis, dit-il, comme beaucoup de gens, il a cette volonté de faire sa part pour la société en luttant contre l’intolérance.

David Morin est aussi cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, qui a été lancée en février dernier. Plusieurs recherches sous son égide sont en cours en ce moment. « La Chaire est bien en mouvement », assure-t-il.

Repères 

Né en France en 1976

Vit à Magog avec sa conjointe et sa fille de 10 ans

A fait une partie de ses études en France

Sa famille vit toujours dans l’Hexagone

Arrivé à l’UdeS en 2010      

Mérite estrien

Un leader ne s’efface jamais

MÉRITE ESTRIEN / SHERBROOKE — « Un leader n’a pas le droit de s’effacer. » Cette phrase a guidé Claude Métras toute sa vie. Lorsqu’elle lui a été dite, il était un jeune adulte et n’avait pas encore réalisé qu’il était un leader. Enfant timide et discipliné, il commence à faire du bénévolat avec l’association Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) à l’âge de 10 ans. Ses aptitudes au tennis lui donnent confiance à l’adolescence et son caractère sociable se développe enfin. Sept décennies plus tard, celui qui est de tous les événements et qui a été impliqué dans à peu près tous les organismes culturels, humanitaires, sportifs et artistiques d’ici et d’ailleurs recevait, ce printemps, la Médaille d’or du Lieutenant-gouverneur pour son mérite exceptionnel.

Claude Métras est le plus jeune d’une famille de neuf enfants et le dernier survivant de sa fratrie. Son père, gérant d’un magasin de souliers, décède alors qu’il est âgé de 11 ans.

« Quand papa est décédé, on n’avait rien. On était démuni. On a dû être débrouillard et j’ai marché beaucoup, car on n’avait pas de voiture. Après l’école, j’allais régulièrement à l’hôpital pour voir ma mère qui était souvent malade. J’avais aussi une sœur qui était handicapée, un frère et une autre sœur qui sont décédés jeunes de la tuberculose. On a appris à faire beaucoup de choses avec peu. Mais je n’ai jamais senti que j’étais pauvre, j’avais du plaisir avec ma gang de l’école Saint-Jean-Baptiste », raconte-t-il en ajoutant qu’il s’est aperçu qu’il était riche malgré tout le jour où il a voulu offrir des livres amassés pour les enfants défavorisés et qu’on lui a dit que ça ne servait à rien puisque ces derniers ne savaient pas lire. 

« Le tennis m’a aidé aussi », constate celui qui a jadis gagné le championnat de tennis de Sherbrooke et qui a contribué à la création d’une ligue provinciale de tennis.

Après sa neuvième année, il quitte l’école pour gagner des sous. Il travaille comme apprenti typographe, puis dans une cour à bois. Il retournera sur les bancs d’école, notamment à titre d’auditeur libre pendant trois ans à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. Il travaille comme greffier au palais de justice avant de travailler dix ans chez Sherbrooke Trust et 35 ans pour la firme comptable qui est devenue Raymond, Chabot, Grant, Thornton. Il a pris sa retraite il y a bientôt 4 ans, à l’âge de 80 ans.

Énumérer le nom de tous les organismes pour lesquels il a fait du bénévolat remplirait le journal. Agissant à titre de président d’honneur, membres de multiples conseils d’administration, organisateur expérimenté de vernissages et d’événements, il s’implique sur de longue période pour soutenir la Croix-Rouge, La Grande Table, l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, les Concerts de la Cité, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, la Société d’histoire de Sherbrooke, le Musée de la nature à Ottawa. 

Il a aussi un talent pour mobiliser les gens autour de lui. « Je n’ai jamais manqué de monde. On réussit en donnant l’exemple. Et les gens te font confiance s’ils savent que tu n’abuseras pas de leur temps de bénévolat », résume l’ancien évaluateur agréé qui a aussi été délégué du Québec, de 2004 à 2017, au Conseil des fiduciaires des immeubles des Pères de la Confédération.

L’homme a des anecdotes qui s’étalent sur près d’un siècle et a la mémoire assez vive pour citer des discours prononcés il y a des décennies. Des juges, des premiers ministres, des enfants démunis, des présidents d’entreprises, des artistes de la relève et des personnes handicapées se croisent dans ses histoires. 

« J’ai été à cinq reprises président du Festival de théâtre de l’Association pour les loisirs des personnes souffrant d’un handicap physique ou mental. La fierté que j’ai d’avoir fait ça, ça se dit pas. Le plaisir que j’ai eu à connaître ces personnes qui m’ont redonné au centuple. J’en croise encore des fois qui me saluent et m’envoient la main », raconte-t-il les yeux humides. « En vieillissant, on devient plus sensible », s’excuse-t-il.

Au fil des ans, M. Métras a accumulé les prix et reconnaissances. Un prix a même été inventé à son nom. Ainsi le prix Claude Métras a été remis pour une quatrième fois cette année à de jeunes élèves s’étant démarqués dans le domaine des arts.

« Si ton travail devient lourd, tu n’es pas à la bonne place. Moi, j’ai toujours eu du plaisir. Et si tu persistes assez longtemps, tu pourras accomplir des choses importantes. Mais ce qui est le plus important, c’est d’accomplir des choses utiles. Si ça fait du bien à des gens, que ça les sert d’une manière ou d’une autre, tu peux être satisfait », conclut celui qui ne s’est jamais effacé.

Repères

  • Originaire de Sherbrooke, Claude Métras est né le 4 octobre 1934.
  • Marié à Marylin Hayes depuis 1959, il est père de trois filles, cinq fois grand-père et deux fois arrière-grand-père.
  • Pour son engagement exceptionnel, il a reçu la Médaille d’or du Lieutenant-gouverneur en 2018.

Mérite estrien

Ghyslain Goulet: créer des entreprises à succès

Amener l’ACET à un niveau supérieur : voilà l’objectif que poursuit Ghyslain Goulet depuis sa nomination, en janvier 2017, à titre de président-directeur général de l’Accélérateur de création d’entreprises technologiques (ACET).

M. Goulet l’admet d’emblée : le fait d’avoir succédé au président fondateur de l’ACET, Roger Noël, lui a permis d’entreprendre ses nouvelles fonctions sur des bases solides, tant sur le plan financier que sur celui de la crédibilité à l’égard de ses activités.

De fait, depuis sa création en 2011, l’ACET s’est dotée d’une infrastructure et d’une expertise uniques au Québec dans le démarrage et le développement d’entreprises technologiques issues pour la plupart des travaux de recherches d’étudiants et de professeurs de l’Université de Sherbrooke.

Au cours des sept dernières années, l’ACET a en effet accompagné près de 80 projets d’entreprises qui ont créé à leur tour près de 300 emplois dans des domaines aussi variés que les technologies de l’information, le développement durable, la microélectronique, les biotechnologies et le manufacturier 4.0.

Ghyslain Goulet explique que la mission fondamentale de l’ACET est de travailler en partenariat avec les chercheurs et les professeurs de l’Université de Sherbrooke afin de créer des entreprises à succès.

« Mon objectif, lorsque je suis entré en fonction, était de voir où en étaient nos entreprises? Quels étaient leurs besoins et qu’est-ce qu’on pouvait faire pour bonifier notre écosystème de façon à amener nos entreprises à un autre niveau? » rappelle le PDG de l’ACET.

Maintenant que l’ACET a fait la preuve qu’il est capable de soutenir efficacement le démarrage d’entreprises, le moment est venu, dit M. Goulet, de passer au niveau supérieur.

« Ce qu’on fait maintenant depuis deux ans, c’est d’aider les entreprises qu’on a démarrées à grandir, à devenir des succès. Je dis souvent que notre objectif maintenant, c’est de créer des futurs SherWeb. C’est de réaliser le virage technologique et économique à haute valeur ajoutée que la région souhaite depuis longtemps...».

En ce sens, plusieurs ententes de partenariat stratégiques ont été conclues au cours des derniers mois. Notamment avec la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) permettant à l’ACET d’accéder à son très sélect Espace Hub. Cette reconnaissance, explique M. Goulet, donne aux entreprises de l’ACET un accès privilégié aux fonds de capitaux de risque de Montréal. 

À ce partenariat s’est ajouté, en août dernier, la création du fonds ACET Capital II, capitalisé à hauteur de 7,6 M$, dont 2 M$ provenant du gouvernement du Québec et 4,2 M$ provenant de 21 investisseurs privés.

En mai dernier, l’accord stratégique sur l’innovation et l’entrepreneuriat signé en 2016 entre l’UdeS et l’Université de Lyon a donné naissance à une entente avec un accélérateur lyonnais. Un partenariat qui, espère-t-on, permettra aux entreprises de l’ACET de percer le marché européen.

Enfin, un programme de formation exécutif en entrepreneuriat technologique offert par l’Université de Sherbrooke fait dorénavant partie du panier de services dont dispose l’ACET dans l’atteinte de ses objectifs. 

« Tous ces éléments qu’on a mis en place ces dernières années ne visent qu’une chose : s’assurer que nos meilleures entreprises puissent aussi connaître du succès à l’international. Ce faisant, ajoute M. Goulet, c’est toute la région qui profite de telles retombées.

« D’abord, on crée des entreprises technologiques à forte valeur ajoutée. Ce sont donc ces emplois de demain. Et du même coup, ça permet à l’Université de Sherbrooke de valoriser des innovations issues de ses propres recherches. » 

Autres retombées non négligeables, ajoute-t-il : la rétention de diplômés dans la région. 

« On estime qu’environ 70 % des employés de nos entreprises sont des diplômés de l’Université de Sherbrooke », avance M. Goulet. Et ce n’est qu’un début. « Si on réussit dans les 10 prochaines années à créer une ou deux entreprises qui créeront 200 ou 300 emplois, c’est toute la région qui va en bénéficier. »

Un objectif auquel adhèrent tous les membres du conseil d’administration de l’ACET, tient à préciser M. Goulet, parmi lesquels on retrouve des noms connus du monde des affaires québécois, tels que Laurent Beaudoin, Matthew Cassar et Paul Gobeil.

Repères :

–    Président-directeur général de l’Accélérateur de création d’entreprises technologiques (janvier 2017)

–    A été vice-président aux affaires financières de l’ACET

–    A été directeur du Centre local de développement de la MRC de Memphrémagog

Mérite estrien

La vie telle une grande fête de famille

Lisette Proulx a su mettre les nombreuses richesses de Compton en valeur depuis son arrivée dans la région, que ce soit par son implication inquantifiable à L’écho de Compton, l’idéation et la mise sur pied des renommées Comptonales ou son œil de photographe sur les magnifiques paysages de sa terre d’accueil.

Le parcours de vie de Lisette Proulx, qui l’a amenée à s’exiler de son patelin de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud vers Compton après avoir voyagé autour du monde, est véritablement unique. Elle explique son attachement au domaine agricole par ses origines, elle qui est issue d’une lignée d’agriculteurs qui remonte sur dix générations.

« De la terre dans mes bottes, j’en ai beaucoup », explique d’emblée Mme Proulx en référence à son enfance sur la terre familiale. « Quand on me demande pourquoi je suis si fascinée par l’agroalimentaire et la vie à la campagne, je réponds que c’est ce qui a construit mon côté grégaire et mon amour du vivant. C’est de ça que je suis faite. »

Un concours de circonstances l’a amenée à quitter sa terre en bordure du fleuve au profit des vallons de la région de Compton. Attirée par un contrat de travail au King’s Hall, un centre de méditation florissant à l’époque, elle a eu un coup de foudre pour la région. 

« Je me souviendrai toujours le premier jour où je suis venue ici. Quand j’ai descendu la côte du chemin de Hatley, je suis tombée instantanément en amour avec ces paysages qui font tellement de bien! Je ne suis jamais repartie. » 

Chez mononcle à la campagne

Lisette Proulx s’est rapidement retrouvée à la barre du journal L’écho de Compton, le travail idéal pour s’intégrer à son nouveau milieu de vie. « J’ai eu la chance et le bonheur d’éditer, de rédiger et de développer ce journal pendant plus de 20 ans, ce qui m’a permis de creuser de profondes racines dans mon milieu. Rien de mieux que ça pour connaître son monde! » s’exclame-t-elle.

C’est à la fois cette connaissance intime de son nouveau milieu et ses origines familiales qui ont fait germer en elle l’idée de fonder les Comptonales en 2005, une fête gourmande qui regroupe aujourd’hui une soixantaine de producteurs et de transformateurs de la région.

« Ils étaient 16 enfants chez ma mère et 14 chez mon père, ce qui fait que j’ai plus d’une centaine de cousins germains. C’était chez nous que se passaient les réunions de famille le dimanche. Une ambiance chaleureuse et nourricière que j’ai voulu recréer quand est venue le temps de lancer les Comptonales », soutient-elle. 

« Je souhaitais que les gens de la ville viennent passer du bon temps à la campagne, comme mes mononcles et leur famille faisaient chez nous le dimanche. Contempler de vastes paysages, se rencontrer, s’amuser dans la tasserie et déguster toutes sortes de bons produits de la ferme. »

Même si l’idée d’organiser les Comptonales a germé dans son esprit créateur, Lisette Proulx maintient que tous les ingrédients étaient déjà en place pour qu’un tel évènement puisse voir le jour. 

« Les Comptonales, c’était dans l’air, tous les ingrédients étaient présents, il suffisait d’être assez éveillée pour le ressentir et le mettre en valeur. Je voyais bien que les producteurs de Compton ne travaillaient pas de façon compétitive, mais ensemble, en coopération, en collaboration, tout ça résultant en une riche variété de produits de haute qualité et une collectivité tissée très serrée. Il fallait faire quelque chose pour mettre ça en valeur. J’ai osé le pari d’envoyer un courriel aux producteurs pour organiser une première rencontre et la réponse a été formidable! Compton méritait cela », relate-t-elle. 

Reste qu’il fallut travailler fort pour mettre le tout en place, affirme celle qui œuvre encore au conseil d’administration de l’évènement. « Un projet comme ça ne se fait pas tout seul. J’ai eu la chance d’être immédiatement épaulée par les forces vives du milieu pour monter ce projet, comme par notre grande dame de la culture, Michèle Lavoie, et plusieurs autres à qui les Comptonales doivent beaucoup. » 

Nouveau chapitre

Le temps est maintenant venu pour Lisette Proulx de passer au prochain chapitre de sa vie. Après avoir consacré de nombreuses années à s’impliquer de différentes façons au développement de son milieu, Mme Proulx s’apprête à léguer L’écho de Compton à ses citoyens.

« J’ai décidé de fonder l’OBNL L’écho de Compton afin d’assurer son avenir en tant que journal communautaire », annonce-t-elle. « Une belle relève est déjà en place ce qui me permet de lâcher prise étape par étape avant de publier ma dernière édition en décembre 2018. »

Celle qui à l’âge de 17 ans rêvait d’être photographe pourra ainsi, au seuil de sa retraite, se consacrer totalement à sa passion pour l’image. « Dès janvier, je prends l’avion pour un voyage de plusieurs mois en Inde afin de faire une coupure complète et de poursuivre mes projets artistiques en photographie », conclut-elle, anticipant cette autre stimulante aventure de vie. Et pas la dernière…

MÉRITE ESTRIEN

Silence, on explore l'humain!

Du haut de ses 16 ans, Louis-Charles a déjà six courts-métrages sous la casquette. Et si on se fie à sa passion pour le monde cinématographique, il y a fort à parier qu’il en ajoutera plusieurs à filmographie. D’une grande sensibilité, le jeune réalisateur place brillamment l’être humain au cœur de ses histoires, souvent dramatiques et toujours touchantes.

Ne devient pas réalisateur qui veut. Forcément il doit y avoir quelques caractéristiques fondamentales afin de raconter des histoires à l’aide d’images et de scénarios capables de toucher le plus profond de nos âmes.

C’est en partie grâce à une sensibilité humaine innée et une passion évidente pour le cinéma que Louis-Charles Blais réussit à le faire merveilleusement bien. À travers ses courts-métrages, il fait voyager les spectateurs dans l’univers qu’il aime créer en s’inspirant la plupart du temps de ce que l’humain peut vivre au cours de son existence.

Cette passion débute à 8 ans alors qu’il réside à Waterville.

« On s’amusait à faire des films en stop motion à l’aide de Lego avec notre petit iPod touch et je me souviens que c’était vraiment long. C’est ce qui m’a donné le goût de projeter une histoire par le biais d’une image. Plus tard, c’est ce qui m’a motivé à m’inscrire à un premier Kino Kabaret », explique-t-il.

C’est donc à l’âge de 12 ans qu’il se lance en tant qu’acteur dans son premier Kino.

« J’ai eu un petit rôle dans le film, on doit me voir environ cinq secondes. J’avais passé toute la journée de tournage avec eux et j’ai beaucoup appris. C’est ce qui m’a donné envie de m’inscrire en tant que réalisateur les années suivantes », lance-t-il.

LA RÉALISATION

C’est à partir de 2015 que Louis-Charles réalise son premier court-métrage (Renouveau), lors d’un Kino.

« Depuis mon premier court-métrage, je sais que j’ai beaucoup évolué. J’ai quand même gardé une formule assez condensée comme dans les Kino, mais en étant plus libre. C’est ce qui m’a amené à réaliser Comme lui en 2016. Puis en 2017, j’ai travaillé encore plus fort sur la production pour Dépendance, en allant chercher un acteur avec une agence », ajoute-t-il.

Si les œuvres de Louis-Charles versent davantage dans un style dramatique, bien loin de ses premiers remakes de La Guerre des étoiles en Lego, c’est qu’il trouve motivant de changer les perceptions des personnes et de les toucher dans certaines réalités du quotidien.

« Dans le monde, il y a beaucoup de problèmes. On n’a pas toujours la possibilité de sensibiliser les gens autour de nous, alors pourquoi ne pas profiter du cinéma pour le faire? Je crois qu’on peut sensibiliser les gens à différentes causes grâce à l’art. Il y a des leçons de vie à retenir dans les œuvres cinématographiques dramatiques. J’aimerais que les gens qui regardent mon film réalisent qu’il y a aussi cet objectif derrière sa création », avance-t-il.

Son plus récent court-métrage, Le Dernier Jour, a comme sujet principal le cancer, et ce n’est pas du tout un hasard. Louis-Charles voulait parler de cette maladie et entrer en contact avec son public en transmettant un message empathique, dans lequel il est possible de reconnaître sa propre réalité, une espèce de réflexion d’image de notre propre existence.

C’est aussi ce qu’il a fait avec Comme lui, qui traite d’un personnage malvoyant, et de Dépendance, qui porte sur la toxicomanie.

Un beau moment dont Louis-Charles se souviendra longtemps est lorsqu’il a remporté son premier prix, celui du Meilleur Film au festival Silence on tourne pour son film Dépendance.

« Recevoir ce prix, c’est ce qui m’a fait réaliser que je ne faisais pas ça pour rien. Non pas que cela me valorisait, mais ça m’a donné une petite dose d’encouragements. Savoir que des gens apprécient ce que je fais me donne envie de continuer », commente-t-il.

ET LE PROCHAIN

Il ne se le cache pas du tout, la prochaine étape est de viser encore plus haut. Pour ce faire, Louis-Charles souhaite obtenir un budget afin de réaliser son prochain court-métrage.

Fidèle à son habitude, le jeune réalisateur optera pour un sujet sensible, l’amnésie épileptique transitoire. Mais comment en est-il arrivé à un tel sujet?

« J’avais une idée de scénario, mais je ne savais pas si une telle maladie existait. J’ai donc fait mes recherches et je suis tombé sur une maladie qui n’était pas très connue. Ça devenait donc le moyen idéal de pouvoir en parler » raconte-t-il. 

REPÈRES

- Il termine son secondaire à l’École Internationale du Phare.

- Il souhaite se diriger l’an prochain au Collège Ahuntsic en profil cinéma.

- Il aimerait continuer à l’Université Concordia.

- Il a occupé un emploi estival dans le domaine de la production vidéo publicitaire.

- Il a remporté le prix Meilleur Intégration de musique FCEQ pour Comme lui, et le prix du Meilleur film au festival Silence on tourne pour Dépendance.      

Mérite estrien

Croire par-dessus tout au développement durable

Lorsqu’il est arrivé à Sherbrooke au début des années 90, le développement durable n’était pas un concept très courant dans la recherche et le développement de nouveaux bétons. C’est pourtant un élément qui a motivé le Dr Arezki Tagnit-Hamou dans ses recherches à l’Université de Sherbrooke.

Le professeur de génie civil et directeur du groupe de recherche sur le béton et sur le ciment de l’Université de Sherbrooke assure aujourd’hui que ses travaux font grandement avancer les connaissances à travers le monde. 

« Historiquement, on a devancé la technologie en développant des bétons en avance sur leur temps. Très tôt, je me suis orienté dans le développement durable dans le milieu du béton. À l’époque quand je parlais de développement durable dans le monde du béton, c’était presque ésotérique. Le monde des matériaux n’était pas orienté vers le développement durable, mais depuis ce temps beaucoup de chemin a été fait », explique le professeur Tagnit-Hamou. 

Rapidement, il développe une expertise en microstructure et physico-chimie des ciments et des bétons, ainsi qu’une expertise en développement de nouveaux matériaux cimentaires avec une empreinte écologique la plus faible possible. 

C’est derrière cette philosophie que le chercheur s’est concentré à caractériser la CalSiFrit. Cette nouvelle manière de concevoir le béton, en substituant le ciment Portland par un ciment à base de brasque 100 pour cent recyclée, permet de diminuer grandement les émissions de gaz à effet de serre. 

« On ne doit plus se fermer les yeux. C’est la globalisation dans le marché, mais aussi dans les GES. Nous sommes tous concernés. Que nous habitions dans un quartier riche ou pauvre, l’air que l’on respire est de la même importance », lance-t-il. 

Après le développement du nouveau béton basé sur la CalSiFrit, la Société des alcools du Québec (SAQ) est entrée en contact avec le Dr Tagnit-Hamou afin de trouver une manière de valoriser le verre dans la conception de nouveaux matériaux. 

« Le verre, c’est de la silice. Si vous prenez du sable, vous pouvez en faire du verre. Mais le sable est cristallin et le verre est amorphe et désorganisé. Et c’est cette caractéristique qui permet de créer la colle du béton », explique le titulaire de la chaire SAQ sur la valorisation du verre dans les matériaux. 

Cette technique ne permet pas seulement de diminuer l’empreinte écologique, mais offre une qualité de béton qui aurait une bien plus grande durée de vie. 

Le nouveau béton à base de poudre de verre a commencé à être testé à Montréal en 2011 et la Ville a fait l’annonce au printemps dernier qu’elle allait utiliser ce béton dans huit projets de réfection de trottoirs sur son territoire, ce qui représenterait pas moins de 500 000 bouteilles de verres valorisées. 

Alors pourrions-nous un jour ne compter que sur du béton écoresponsable? Le Dr Tagnit-Hamou le croit, mais pas d’ici encore un bon nombre d’années, prévient-il. 

« Je ne crois pas que de mon vivant on pourra vivre dans sur une planète où uniquement le béton à base de verre sera utilisé partout. C’est un milieu très conservateur et il faut dire qu’il faut aussi passer par une phase de normalisation. Ça fait des années que le ciment Portland est répandu partout sur la planète. Mais chose certaine, les choses vont en s’améliorant », insiste-t-il. 

AU-DELÀ DU BÉTON

Pour le professeur Tagnit-Hamou, il est plus que temps de passer à l’action en matière de développement durable, et ce dans l’ensemble des recherches scientifiques. 

« Il faut vraiment que chaque industrie fasse du développement durable. On a dépassé le moment de seulement en parler, il faut se mettre à appliquer l’ensemble des solutions possibles. Je pense que les technologies vertes existent, mais il faut maintenant les mettre en action », affirme-t-il. 

Cette conscience écologique, le professeur l’entretient depuis déjà très longtemps. Pour lui, il va de son devoir d’être en avance sur son temps afin de transmettre les nouvelles tendances à ses étudiants. 

Si c’est le monde du génie civil qui fait partie intégrante de son quotidien, ce n’était toutefois pas nécessairement la route qui lui semblait tracée depuis le tout début. 

« J’ai été amené en génie civil par rapport aux besoins inhérents dans ce domaine, mais autres que ce qui se faisait traditionnellement dans ce domaine. À l’origine j’ai un diplôme de génie chimique, et puisqu’il y a énormément de chimie dans le ciment, je me suis expertisé dans la microstructure des ciments », explique-t-il. 

Cette année, le professeur Tagnit-Hamou visitera de nombreux laboratoires à travers le monde afin d’aller à la rencontre d’autres chercheurs à l’international. 

REPÈRES : 

Il a complété son doctorat en Hongrie en génie civil. 

Il est arrivé à Sherbrooke en janvier 1990 afin d’y compléter un postdoctorat. 

Il a deux enfants, une fille et un garçon. 

Il se passionne aussi pour le travail du bois. 

La collaboration avec ses étudiants est ce qui le motive le plus. 


Mérite Estrien

Lire, écrire, rêver pour D’eux

Sur les deux nouveaux albums illustrés publiés par les éditions D’eux, la pastille rouge est collée bien en évidence : meilleur éditeur jeunesse d’Amérique du Nord au Bologna Children’s Book Fair. Comme un trophée imprimé. Comme un velours sur le parcours.

C’est que ce prix, remis en Italie en mars dernier, c’est un peu l’équivalent d’un Oscar de l’édition. La reconnaissance, prestigieuse, est venue couronner deux ans d’efforts pour la toute jeune maison d’édition sherbrookoise lancée par France Leduc et Yves Nadon. 

« Déjà, la nomination, c’était une surprise, une belle reconnaissance du milieu. Il y avait de grosses pointures de l’édition dans notre catégorie, alors remporter le prix, ça nous a donné de l’assurance. Et beaucoup de fierté », résument les deux complices dans la vie comme dans l’univers du bouquin et de la littérature. 

Autre moment fort des derniers mois : en juin dernier, la librairie Monet de Montréal a tissé une exposition avec les illustrations tirées des albums signés D’eux.  

« La vue d’ensemble était impressionnante. Toutes ces pages en vitrine et en grand format, c’était magnifique », souligne France.

C’était aussi l’occasion de mesurer concrètement l’ampleur du chemin parcouru. Deux tours de calendrier ont passé depuis qu’ils ont mis D’eux sur la mappemonde du livre jeunesse. Plus d’une vingtaine de titres sont nés sous leur tutelle créative. Chacun raconte un univers différent. Chacun a une facture visuelle qui lui est propre. Le trait commun, la parenté entre les colorés albums se trouve sans doute dans le souci de qualité qui guide les éditeurs, tant dans le choix des textes que dans celui des illustrations. Titres originaux et traductions se côtoient dans la liste des publications. Thierry Lenain, Michaël Escoffier, Manon Gauthier, Elise Hurst, Daniel Pennac, Mireille Messier et Jean Claverie sont quelques-uns des nombreux créateurs qui ont mis leur griffe à l’un ou l’autre des albums.

« Je regarde notre catalogue et je le trouve solide, je le trouve beau. Il n’est pas uniforme, il y a du drôle, du classique, du touchant, de tout. Mais chaque album a sa place. Je défendrais tous les titres qui sont là », note l’éditeur, aussi auteur à ses heures. 

L’ancien professeur à l’école primaire Notre-Dame-du-Rosaire affiche un parti pris pour la lecture depuis longtemps, lui qui avait fait de la littérature la pierre angulaire de son enseignement. Dans sa classe, les bouquins avaient une place de choix. Tout le temps. 

Le déclic, il l’a eu en 1989, lors d’un congrès à Toronto où il avait été question de l’importance de mettre les livres au centre de la classe. 

« J’étais revenu complètement chaviré. Ça a tout changé. »

L'amour partagé du livre illustré

Pendant 20 ans, le passionné du livre jeunesse a dirigé la collection Carré blanc aux Éditions 400 coups. Déjà, il faisait équipe avec France pour la conception des albums. 

Leur sensibilité tout autant que leurs expertises complémentaires trouvaient là un formidable terrain de jeu. 

« Comme graphiste, j’ai travaillé sur toutes sortes de projets au fil du temps, mais j’ai toujours particulièrement aimé l’édition jeunesse », dit celle qui est à la tête de l’entreprise de communication graphique Tatou. 

C’est après avoir quitté la niche de l’éditeur montréalais que le couple a eu l’idée de lancer sa propre maison d’édition. Parce que tous deux croient à la portée des histoires racontées. À l’impact du moment partagé autour des pages reliées. À ce que peut la littérature dans le quotidien des enfants comme des plus grands.  

« Le monde de l’édition, c’est difficile, oui. Mais c’est aussi très stimulant humainement. Chaque livre est une rencontre. »

Une rencontre nécessaire, dans un monde où tout va vite. 

Une rencontre qui, bientôt, pourrait aussi se faire outre-mer.

« Déjà, nos livres sont distribués en Suisse et on voit que notre catalogue pourrait susciter un intérêt en France. On n’est pas pressé, mais c’est un terrain sur lequel on aimerait avancer. »

Mérite Estrien

Boulanger par passion

Daniel Dufeu pratique le métier de boulanger depuis 50 ans. Il a fait des pains et des pâtisseries dans sa France natale, puis en Irlande, en Angleterre, en Israël et en Suisse avant d’ouvrir au Québec sa boulangerie, il y a 30 ans. D’abord installé à Lac-Mégantic, le commerce a pignon sur la rue Bowen de Sherbrooke depuis 1997.

Enfant, M. Dufeu était assez solitaire et distrait. « J’étais rêveur et comme je suis quelqu’un de manuel, les études ne me passionnaient pas. J’étais plus intéressé par l’écologie et les philosophies orientales que par les études. J’avais un oncle qui était boulanger et le métier m’intéressait. Je l’ai choisi parce que ça me permettait de voyager », note celui qui a marié une Québécoise, Henriette Charland-Dufeu, épouse qu’il a suivie jusque dans son pays en 1986.

Depuis, le boulanger et sa complice, qui s’occupe de la gestion du commerce, sont bien impliqués dans la communauté. « La Boulangerie Dufeu participe au développement des marchés locaux avec Les AmiEs de la Terre et différents marchés comme ceux de Melbourne et de Sainte-Catherine de Hatley. Nos fournisseurs sont des producteurs locaux et nous sommes partenaires du Frigo Free Go depuis les premières heures de ce projet contre le gaspillage alimentaire. »

En plus de remplir les frigos communautaires de tous ses invendus, la Boulangerie Dufeu est la première au Québec à avoir instauré la baguette en attente. « Les clients peuvent donner un 2 $ et ainsi payer une baguette de pain à quelqu’un qui n’a pas les moyens. Ce n’est pas juste pour les itinérants, ça peut être une personne âgée, un étudiant, une maman monoparentale », note M. Dufeu, précisant que depuis que l’initiative a été mise en place, 1175 baguettes de pain ont ainsi été distribuées.

« D’ailleurs, j’aimerais remercier nos clients qui participent à ce concept », ajoute d’emblée le boulanger, soulignant qu’une de ses plus grandes fiertés est de servir aujourd’hui les enfants de ses premiers clients.

« La plupart de nos clients deviennent rapidement des amis. On en a qui nous suivent depuis le début de l’aventure. Nous avons avec eux une relation de confiance parce qu’ils savent que nous utilisons de bons ingrédients. »

En plus des clients qui passent chercher leur pain sur la rue Bowen, la boulangerie artisanale approvisionne de nombreuses boutiques d’alimentation naturelle, de grandes épiceries telles que Provigo, Avril, Sobeys, Végétarien, des garderies et des restaurants.

Ajouter un ingrédient rare : l’amour

En France, le boulanger a travaillé dans le secteur biologique et le choix de ses ingrédients a toujours été au centre de ses préoccupations. « Je ne voulais pas travailler avec le sucre blanc, les gras et les additifs ajoutés dans la farine. Je voulais travailler avec des farines biologiques et des grains entiers. Je suis également contre l’utilisation d’ingrédients contenant des organismes génétiquement modifiés. Par exemple, notre pain au levain est très apprécié parce qu’il ne contient pas de levure », explique celui qui était bio bien avant l’invention de la certification du même nom.

« Une de mes grandes fiertés est d’ailleurs d’avoir été une des premières boulangeries artisanales biologiques au Québec. Le côté artisanal est important. J’essaie d’incorporer à mon pain quelque chose qu’une machine ne peut pas : de l’amour. Je mets le meilleur de moi-même dans mes produits », souligne celui qui est allé chercher un levain de 50 ans d’existence en France. Un levain qu’il rafraîchit tous les jours.

Aujourd’hui la plupart des 90 produits de la Boulangerie Dufeu sont certifiés biologiques par Québec Vrai. Le commerce, qui compte cinq employés, connaît une croissance stable. Comme toutes les entreprises, le recrutement de main-d’œuvre qualifiée est un défi, mais en même temps, la boulangerie demeurera toujours artisanale et l’objectif n’est pas de « manger le monde entier » ou de faire mourir ses concurrents.

« Ce que j’aime, c’est faire du pain. Pas gérer des employés ou les finances. J’aime mon métier », insiste-t-il.

Et il faut qu’il l’aime ce métier, car il est exigeant. Les vendredis, par exemple, il part de la maison à 3 h du matin, il travaille jusqu’à 20 h, revient dormir 3 ou 4 heures et retourne travailler de minuit à 20 h le lendemain. « C’est vraiment une passion! » note le boulanger qui met tout son cœur dans ses recettes.

Mérite estrien

Michael Goldbloom : À la défense d’une information de qualité

C’est un peu par hasard que Michael Goldbloom est devenu président du conseil d’administration de CBC/Radio-Canada le printemps dernier. Le principal de l’Université Bishop’s a été approché par un chasseur de têtes pour valider son intérêt. Du même coup, il s’agit en quelque sorte d’un retour aux sources pour M. Goldbloom, qui a été journaliste et éditeur dans le passé.

« J’ai passé une longue période dans le monde des médias, et j’ai été éditeur de journaux. Le journalisme m’a toujours intéressé... »

« Je ne peux pas dire que je cherchais », lance le principal au sujet de ce nouvel engagement. 

« Mon épouse et moi, on était en vacances le jour de l’annonce et la première fois que j’ai parlé à Catherine Tait (la nouvelle présidente-directrice générale), j’étais en Sicile. J’étais sur un volcan actif (l’Etna), j’espère que ce n’est pas un précurseur », lance en riant celui qui a d’abord été avocat.

« À une époque où il y a tellement de changements et d’incertitude pour les médias privés, je pense qu’il y a un rôle plus important pour un diffuseur public de maintenir un journaliste de qualité (...) »

Aux yeux du principal, ce n’est pas que le modèle financier des médias traditionnels qui les mettent en péril. La montée des fausses nouvelles inquiète également le principal; il cite les opinions anonymes sur les réseaux sociaux. « Il y a beaucoup de choses positives avec les médias sociaux, mais il y a aussi des risques et des problèmes qui viennent avec ça... C’est important d’avoir du journalisme de qualité. CBC/Radio-Canada est le plus important employeur de journalistes au pays. »

M. Goldbloom croit que Mme Tait et lui se complèteront par leurs parcours différents. Il souligne qu’il est très important de faire une distinction entre les deux fonctions, en rappelant que le rôle de président de conseil d’administration est de gérer cette instance, et non de gérer les opérations comme c’est le cas pour la présidente-éditrice.

Il raconte qu’il a vu davantage de réactions à cette nomination pour ce « poste essentiellement bénévole » que lors d’autres nominations. À ses yeux, cela reflète l’attachement que les gens ont pour le diffuseur public.

« Ce serait exagéré de dire que j’ai appris mon français en écoutant René Lecavalier, mais je suis un Québécois anglophone qui a toujours écouté CBC/Radio-Canada. »

« C’est l’une des premières obligations que je me suis données : que le français soit présent. Lors de ma première réunion, j’ai demandé de parler français; je ne dis pas que ce n’était pas fait avant. »

Même si la langue française n’était pas la plus couramment utilisée à la maison, il a toujours été important pour la famille Goldbloom de parler la langue de Molière. Michael Goldbloom raconte que son grand-père était pédiatre et que beaucoup de ses patients étaient francophones. 

Son père Victor a aussi été pédiatre et a été le premier titulaire du ministère de l’Environnement au Québec. Sa mère Sheela, qui a quitté New York pour suivre son conjoint, a élevé ses trois enfants avant de devenir professeure en travail social à McGill. « C’était très important pour mes parents qu’on apprenne le français. »

Les parents du principal ont toujours été très impliqués. Michael Goldbloom estime d’ailleurs que l’importance accordée à l’engagement social lui vient de ses parents. Et la politique, dans tout ça? Michael Goldbloom dit avoir été approché à quelques reprises. Il n’a jamais fait le saut, même s’il s’intéresse à la chose et qu’il respecte énormément les hommes et les femmes qui « font le service public ». 

On apprenait récemment que M. Goldbloom, à la barre de l’université depuis 2008, demeurera à la tête de Bishop’s pour un troisième mandat, après deux mandats de cinq ans. 

L’institution du secteur de Lennoxville, qui doit composer avec un plan de redressement, a passé une période difficile au chapitre financier. La santé financière de l’institution s’avère de meilleur augure, avec la nouvelle formule de financement annoncée par Québec et une hausse de l’effectif étudiant. « On était dans une situation précaire. La satisfaction que j’ai, c’est que l’on est resté uni. »

Maintenant que les choses vont mieux, le principal veut améliorer la réputation académique de l’institution. Il réfère à une publication du magazine Maclean’s dans laquelle les étudiants ont évalué leur expérience à Bishop’s. 

« Ils se sont définis comme les étudiants les plus satisfaits de toutes les universités canadiennes, peu importe leur taille. (...) »

Or, selon lui, il existe un décalage important entre la satisfaction des étudiants et la réputation académique de l’institution et le principal souhaite réduire cet écart. « J’aimerais que les gens connaissent un peu plus le travail de nos professeurs, la qualité de la recherche et la qualité de nos étudiants, de l’expérience intellectuelle et académique », souligne M. Goldbloom.

Mérite estrien

Pédaler en pensant aux autres

Au départ, Stéphane Reynolds s’offrait un cadeau à lui-même pour ses 50 ans, sans trop faire de vagues. Il était loin de se douter que son aventure allait prendre autant d’ampleur. Avec quelque 800 personnes suivant sa traversée du Canada à vélo sur Facebook et plus de 20 000 $ en dons amassés, il aura non seulement offert des fonds importants aux causes appuyées, mais il en aura inspiré plus d’un.

« Je ne suis pas un sportif né, je n’ai pas d’aptitudes physiques. Si on avait pu me faire couler le cours d’éducation physique au primaire, on l’aurait fait », lance Stéphane Reynolds, en mesurant toute l’ironie de ce propos pour un homme qui a parcouru 7800 kilomètres à vélo en 60 jours.