Lyne Tremblay
Lyne Tremblay

Médaillée des jeux de la ténacité

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Pilote d’avion, ingénieure et enseignante en aéronautique, conférencière, athlète paralympique et surtout, un modèle de résilience et de ténacité. Difficile de classer Lyne Tremblay dans une catégorie précise pour ce Mérite estrien. Le parcours diversifié de la Magogoise de 57 ans inspire et n’est pas près de se terminer. Voici l’aventure humaine de Lyne Tremblay.

Dès les premières années de sa vie, le chemin emprunté n’a pas toujours été conventionnel. Originaire du Saguenay, Lyne Tremblay a longtemps assisté son père dans la fabrication d’un avion monomoteur alors qu’elle était plus jeune. Tout se passait dans le sous-sol de sa maison.

Passionnée de l’aviation, elle devient à 17 ans la plus jeune pilote à se rendre en solo aux États-Unis en monomoteur. Après avoir suivi son cours de pilotage, Lyne Tremblay poursuit ses études en mécanique aéronautique et obtient son baccalauréat en génie mécanique et son baccalauréat en enseignement technologique et professionnel, ce qui la mène finalement au doctorat.

Parallèlement, le sport prend de plus en plus une place de choix dans son horaire quotidien.

Le marathon, le cyclisme, le triathlon, le kayak de mer, le ski alpin, le tir à l’arc forment quelques exemples de disciplines dans lesquelles elle excelle. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur le sport qui lui fera vivre les plus belles expériences : le tir à la carabine.

« C’est le sport qui m’aura amenée le plus loin à tous les points de vue. J’ai rencontré des gens merveilleux grâce à cette discipline. Le tir à la carabine réunit tout ce que j’ai appris dans différents sports. C’est la discipline parfaite pour moi. Tout le bagage accumulé me sert au tir à la carabine. Les morceaux du casse-tête se placent tous très bien et la preuve : j’ai bien fait lors de plusieurs coupes du monde et je participerai aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2021. »

Mais plusieurs obstacles se sont dressés devant elle. Après avoir reçu un diagnostic de maladie neurologique en 1990, un accident de kayak vient chambouler sa vie.

« Un bateau a foncé droit sur moi. Le conducteur était en état d’ébriété. Mon kayak a été sectionné en deux. J’étais près de la berge du Memphrémagog et il y a eu un délit de fuite. À la suite de plusieurs chirurgies, j’ai senti que ma maladie empirait. Pourtant, mon état s’était stabilisé avant cet accident. Je venais de me sortir la tête de l’eau. Mais cet impact a fait accélérer la maladie et a mené à ma paralysie. Je suis paraplégique depuis une vingtaine d’années », raconte-t-elle.

Un peu plus tard, elle perd subitement son mari, l’athlète Marco Nurchi décédé d’une crise de cœur à 39 ans.

À toutes ces tragédies s’ajoutent également un accident d’auto dont elle sera la seule survivante et une grave chute lors d’une descente en super-G.

Ses participations aux Jeux paralympiques de Pékin et de Londres en 2008 et 2012 au tir à l’arc prouvent qu’il en fallait plus pour arrêter Lyne Tremblay, devenue la deuxième meilleure femme au classement mondial en tir à la carabine.

Ce qui l’amène à raconter sa vision de la vie lors des conférences offertes aux quatre coins du Québec et dans sa biographie intitulée Dans la mire du destin.

« Je travaille avec Marie-Lise Pilote et mon gérant Daniel Harvey pour rendre mes conférences plus intéressantes pour le grand public. Mon message principal? Tout est possible si l’on parvient à bien exploiter notre confiance. »

D’autres projets pourraient bien s’ajouter à la longue liste déjà bien remplie.

« La vie est une série de petits points qui forment une ligne droite, croit Lyne Tremblay. Il faut passer par les premiers petits points pour se rendre jusqu’au bout. Mon rêve de devenir une athlète est parti des discussions avec ma tante sur les Jeux olympiques quand j’avais 8 ans et voilà où je suis rendue aujourd’hui. Je sens qu’il y a encore des petits points devant moi et j’ai encore de bien belles choses à vivre même si l’heure est venue pour moi de transmettre mon expérience. »