Une salle de formation du Groupe Probex porte maintenant le nom du professeur Égide Royer, expert en éducation. Sur la photo, Guillaume Tessier, stagiaire, Guillaume Caron, directeur des ressources humaines au Groupe Probex, Égide Royer, professeur de l’Université Laval et psychologue, et David Caron, directeur du Groupe Probex.

Maternelle 4 ans : la base, plaide Égide Royer

« La maternelle 4 ans doit devenir la base et la pierre d’assise de l’intervention précoce par rapport à tous les jeunes vulnérables », estime Égide Royer, professeur à l’Université Laval et psychologue. Elle doit aussi être proposée à l’ensemble des enfants de 4 ans, tant dans les milieux favorisés que défavorisés. M. Royer défendra cette position lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 5, sur le déploiement de la maternelle à tous les enfants de 4 ans, le 29 mai.

Bon an mal an, 35 % des garçons et 22 % des filles arrivent en maternelle 5 ans vulnérables. Ces chiffres étaient d’environ 32 % et 18 % en 2012, note le professeur de la faculté des sciences de l’éducation à l’Université Laval.

« Selon les chiffres que l’on a de l’Ontario, ces risques-là dans certains cas ont coupé de moitié au niveau de l’implantation de la maternelle 4 ans. En clair, un service de garde de qualité n’est pas suffisant pour être capable d’intervenir de manière efficace pour prévenir les retards et les difficultés d’apprentissage, mais surtout pour favoriser la réussite scolaire de ces jeunes-là. Ça nous prend des services de personnes qui ont une spécialisation en pédagogie et de niveau universitaire », croit M. Royer.

L’auteur de plusieurs livres soutient que les pratiques exemplaires démontrent qu’il faut intervenir le plus tôt possible. « La qualité des services de garde est certainement nécessaire, mais ce n’est pas suffisant pour les jeunes en difficulté. La maternelle quatre ans doit devenir la base sur laquelle on va intervenir précocement avec les enfants vulnérables. »

À l’ensemble des enfants

La Tribune a profité du passage de M. Royer au Groupe Probex pour s’entretenir avec lui dans ce dossier, en marge d’un point de presse jeudi d’instances de la CSN, soient le Syndicat des travailleuses (eurs) des CPE de l’Estrie, le Conseil central des syndicats nationaux de l’Estrie et la Fédération de la santé et des services sociaux (voir autre texte).

Le professeur Égide Royer sera entendu en commission parlementaire sur le projet de loi 5 sur les maternelles 4 ans.

« Étant donné que la majorité des jeunes vulnérables ne vivent pas en milieu défavorisé, il faut vraiment qu’on l’offre à l’ensemble des jeunes du Québec (...) On doit l’offrir à tous les parents qui ont des enfants de 4 ans et évidemment, la maternelle 4 ans comme 5 ans est quelque chose d’optionnel, au choix des parents. On se doit de l’offrir non plus en fonction des secteurs de défavorisation, mais de l’offrir à l’ensemble des enfants du Québec. D’avoir un trouble du spectre de l’autisme ou de langage, ça n’a rien à voir avec votre code postal ou avec le revenu de la famille, c’est aussi clair que ça. Ce système-là est bancal, il doit être modifié. »

M. Royer fait partie des intervenants qui seront entendus lors de la commission parlementaire, qui commencera le 27 mai.

Il recommande qu’en maternelle 4 ans, avec des enfants qui sont « entre autres vulnérables », on retrouve « une spécialiste formée à l’université en pédagogie » et « une éducatrice à la petite enfance » intervenant auprès de l’enfant, en plus d’être supportées par les professionnels de l’école. « La formation technique des services de garde n’est pas suffisante. »

Une salle Égide-Royer au Groupe Probex

Par ailleurs, le Groupe Probex a donné le nom de M. Royer à sa salle de formation. « On voulait donner une signification à une salle qui n’aurait pas une connotation négative pour nos stagiaires; on a pensé à une personnalité qui travaille fort pour favoriser l’intégration des pratiques d’apprentissage favorables pour toute personne. Le nom d’Égide Royer est apparu rapidement », note le directeur général du Groupe Probex, David Caron. Ce dernier rappelle que M. Royer est une sommité en matière de prévention de l’échec scolaire et pour ses approches novatrices axées sur la prévention des problèmes d’adaptation à l’école.

Égide Royer s’est dit très touché de l’attention du Groupe Probex. « C’est un domaine dans lequel je travaille depuis plus de 40 ans, de répondre aux besoins de personnes qui nécessitent une forme d’adaptation dans leur vie ou qui ont des besoins particuliers. »

Denis Beaudin, président du Conseil central des syndicats nationaux de l’Estrie-CSN, et Stéphanie Vachon, présidente du Syndicat des travailleuses (eurs) des CPE de l’Estrie (CSN), ont lancé une campagne intitulée « 4 ans, c’pas grand », en compagnie de Vicky Ouellet, vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux.

« On est habileté à faire du dépistage précoce », estiment les syndiqués des CPE

 Inquiet des répercussions du déploiement des maternelles 4 ans, le Syndicat des travailleuses (eurs) des CPE de l’Estrie (STTCPE-CSN) lance une campagne de sensibilisation afin de faire valoir l’importance des CPE. L’instance syndicale, qui distribuera des dépliants sur le sujet, fait ressortir de l’avant plusieurs enjeux touchant les maternelles 4 ans.

Stéphanie Vachon, présidente du STTCPE, plaide que les CPE ont déjà des cours et des locaux adaptés pour accueillir les enfants de cet âge, « ce qui permet de développer leur autonomie dans un milieu spécifique pour eux ». 

« On est habileté à faire du dépistage précoce, plaide-t-elle. On peut être à l’affût des problèmes de développement et on peut inviter les parents à aller consulter. Une des problématiques, c’est le besoin criant de ressources, la difficulté à obtenir des diagnostics », dit-il en citant notamment les difficultés rencontrées dans le système de santé et de services sociaux. 

« Nous avons une formation collégiale où nous sommes experts dans le 0-5 ans », a fait valoir Mme Vachon. 

Le président du Conseil central des syndicats nationaux de l’Estrie-CSN, Denis Beaudin, souhaite un engagement clair du gouvernement caquiste de maintenir le réseau des CPE.

Inquiétudes

Tout en disant militer pour le bien-être des enfants, Stéphanie Vachon souligne que les CPE ont des inquiétudes sur une possible baisse de clientèle, mais aussi pour la difficulté à recruter des éducatrices. Dans le contexte de pénurie d’enseignants, la possibilité de former des éducatrices en prévision du déploiement à grande échelle des maternelles 4 ans a été soulevée.

Les parents qui opteront pour la maternelle devront trouver une autre option de gardiennage en période estivale. « L’été, les camps de jour n’accueillent pas des enfants de cet âge-là. Il faut que les enfants soient capables de se mettre de la crème solaire eux-mêmes, de s’hydrater par eux-mêmes », soutient Mme Vachon. 

Selon l’Association des camps du Québec, la plupart des camps de jour s’adressent aux enfants en âge de fréquenter l’école (5-12 ans), mais certains des camps membres accueillent les enfants dès l’âge de trois ans.

Les camps peuvent aussi fixer l’âge de leur clientèle. Selon l’Association, au moins 51 des camps de jour certifiés (sur 137) accueillent les enfants de 4 ans. De son côté, l’Association québécoise du loisir municipal, qui représente 300 municipalités, se penche actuellement sur les impacts que pourrait avoir le déploiement des maternelles 4 ans sur sa clientèle. Ces impacts concernent tant la relève dans les camps que les installations.