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L’entreprise sherbrookoise MI Intégration est engagée dans la fabrication des masques N99.
L’entreprise sherbrookoise MI Intégration est engagée dans la fabrication des masques N99.

Masques N99 bloqués par la CNESST: deux PME estriennes pâtissent

Claude Plante
Claude Plante
La Tribune
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Deux entreprises de la région subissent les contrecoups d’un refus de la CNESST de donner le feu vert à l’utilisation des masques N99 développés par la société Dorma Filtration.

L’entreprise sherbrookoise MI Intégration et eLab Extrusion, de Magog, ont dû procéder à des mises à pied temporaires dans les dernières semaines.

Les deux firmes étaient engagées dans la fabrication des masques de protection contre la COVID-19 à titre de sous-traitants. 

« Les masques sont autorisés par Santé Canada, mais ils sont bloqués au Québec par la CNESST », déplore Vincent Houle, président MI Integration, un fabricant de pièces d’automobiles.

« Nous avions investi deux millions $ dans ce projet. Nous avons dû mettre à pied des gens. Heureusement, nous avons pu en replacer dans notre autre secteur de l’étanchéité automobile. »

Au ralenti

Chez MI Intégration à Sherbrooke, 40 employés avaient été engagés pour produire d’urgence ce masque sur trois quarts de travail. Les opérations tournent au ralenti maintenant. « Nous en avons jusqu’à la fin janvier je dirais. Après, nous devrons prendre des décisions douloureuses si les choses ne se replacent pas », ajoute M. Houle.

Rappelons que les masques N99 de Dorma Filtration sont reconnus pour être plus efficaces que les N95 connus mondialement. Plus confortables, ils coûtent aussi moins cher. En cette période de popularité des achats locaux, ils ont la qualité d’être entièrement conçus et fabriqués au Québec.

Le ministère de l’Économie a offert une subvention pour démarrer la production. 

En après-midi lundi, on apprenait que le ministre du Travail, Jean Boulet, est intervenu auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour qu’on évalue à nouveau la sécurité des masques N99.

Si ceux-ci respectent certains critères, l’utilisation pourrait être autorisée dans les hôpitaux dans un délais de 48 à 72 heures.

Vincent Houle

Chez la PME eLab Extrusion, on fabrique les systèmes d’attache des masques. On suit l’évolution du dossier de la CNESST de près. Juste avant la crise de la COVID-19, on comptait 11 employés au sein de l’entreprise de conseils industriels ayant vu le jour il y a deux ans.

« Nous avons dû ralentir nos opérations, mentionne le PDG Olivier Lacombe. Quatre personnes ont été mises à pied temporairement. »

« Nous avons dû nous réinventer à la demande du gouvernement, adapter nos opérations. Il serait important que la CNESST aussi soit capable de le faire… »

«Corrigé le tir»

Au téléphone, le ministre Boulet a simplement dit que son gouvernement avait «corrigé le tir» afin de faire avancer le dossier. «La CNESST a contacté les entreprises. Une autorisation provisoire pourrait être accordée si tout respecte les conditions pour protéger nos travailleurs», insiste-t-il lors d'un entretien téléphonique accordé à La Tribune.

«En ce contexte exceptionnel, il faut prendre des mesures exceptionnelles.»          

Rappelons que les prototypes menant à la production du Dorma 99 ont vu le jour en mai dernier.

À la demande du Conseil national des recherches Canada, MI Integration a été invitée à concevoir différents moules et à fournir la chaîne de montage. Sefar, de Saguenay, a été appelée à fournir les filtres, tandis qu’eLab Extrusion, de Magog, a conçu l’élastique à partir d’une résine qui répond aux normes médicales.

Mis à part de pouvoir filtrer 99 % des particules ambiantes, le Dorma 99 a été conçu de façon plus écoresponsable que le N95.

Le Dorma peut être réutilisé plus d’une trentaine de fois et ses composantes sont recyclables. Ainsi, chaque masque Dorma 99 remplace au moins 30 masques N95 jetables. Celui-ci peut en outre être stérilisé pour un usage prolongé. Une fois sa durée de vie utile terminée, il est aussi possible de le faire « fondre » afin d’en fabriquer un nouveau.

Les autorisations de Santé Canada ont été obtenues et la firme de Dr Caissie, Dorma Filtration, détient la « licence d’établissement d’instruments médicaux » (LEIM).