La peintre-collagiste Adèle Blais avec Coco Chanel, l’une des cinq femmes de la série limitée des masques Fortes.
La peintre-collagiste Adèle Blais avec Coco Chanel, l’une des cinq femmes de la série limitée des masques Fortes.

Masques Fortes: elles nous donnent une voix

Andréanne Beaudry
Andréanne Beaudry
La Tribune
« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question », affirmait Simone de Beauvoir. Pour la peintre-collagiste, Adèle Blais, cette citation reflète drôlement la réalité des femmes d’aujourd’hui au cœur d’une crise sanitaire mondiale.

L’artiste autodidacte sherbrookoise peint des femmes. Sur toiles, ou regroupées au sein du livre Sublimes publié en collaboration avec son amie Nathalie Plaat qui y signait les textes. Naturellement, c’est une voix qui l’attire dans son cheminement artistique. « C’est un positionnement qui n’est pas contre les hommes, et pour moi, c’est important que les gens le sachent », précise Adèle Blais.

Elle dénonce, entre autres, les déséquilibres dans l’histoire que tout le monde connaît, celle qui est racontée par nos enseignants à l’école secondaire notamment.

« L’histoire de conquérants, d’hommes blancs généralement haut placés, et victorieux. »

Selon Adèle Blais, des hommes comme Donald Trump ne pourraient exister si les femmes étaient réintégrées au sein de notre histoire collective. 

« Je crois qu’il y aurait un certain respect pour la contribution des femmes. Parce que je pense que l’évolution de l’espèce, au fond, c’est le travail d’un homme et d’une femme », explique la peintre-collagiste.

Les derniers chiffres, que l’on retrouve sur le site de Statistique Canada, ont démontré qu’en temps de crise ce sont les femmes qui en payent davantage le prix.

Près de 300 000 femmes âgées entre 25 et 54 ans ont perdu leur emploi en mars, comparativement à 127 000 chez les hommes, par exemple.

Avec la crise sanitaire que nous vivons depuis près de neuf mois, Adèle Blais a bel et bien songé à la fabrication de masques comme plusieurs personnes.

« J’y avais pensé, mais je trouvais ça racoleur avec l’enjeu relié au port du masque. Maintenant, on s’habitue. Au début, je trouvais ça frustrant d’afficher, d’une part, notre peur et quasiment notre crainte de l’autre. Dans la vie, j’aime faire des mimiques alors je voyais le port du masque comme une amputation à mon visage. »

En discutant avec des amies, lors d’un souper, elle s’est remémoré Simone de Beauvoir.

« On parlait tous de notre réalité de femmes d’affaires, mais aussi de mères, et de femmes en situation de crise sanitaire. Puis, à ce moment, la citation de Simone de Beauvoir m’est revenue, et je me suis dit c’est ça! Je dois absolument donner une voix à ces femmes », avance Adèle Blais.


« Le moteur du projet, ce n’est pas nous, mais toutes ces femmes ensemble. »
Adèle Blais

Avec l’aide de quelques personnes, dont son amie Mélanie Grégoire, l’artiste autodidacte s’est lancée dans la création de masques symboliques fabriquée au Québec.

« Le son de notre voix est peut-être étouffé par un masque. Mais, cette fois-ci, c’est un masque qui nous donne une voix », estime Adèle Blais.

Ce sont donc Simone de Beauvoir, Marylin Monroe, Coco Chanel, Virginia Wolf et Maria Callas que l’on retrouve sur les premiers masques d’une série limitée. « Le moteur du projet, ce n’est pas nous, mais toutes ces femmes ensemble. »

Adèle Blais confie que ce projet est « magique » puisqu’il est plus grand que nous. Il est même essentiel. En tant qu’artiste, elle dit que dans certains projets le « JE » émerge, et ce, que ce soit pour elle ou d’autres personnes. 

« Cette fois-ci, je sais que ce n’est pas le mandat. J’en parle parce qu’il faut bien une personne pour le faire, mais je veux surtout parler d’elles et de toutes ces personnes. »

Adèle Blais

Une seule publication sur les réseaux sociaux a suffi pour le confirmer. Jeudi dernier, près de 600 personnes ont commandé l’un de ses cinq masques en prévente. « Je n’ai jamais vu ça de toute ma vie », aurait dit Mélanie Grégoire à sa partenaire d’affaires.

Les masques Fortes sont en vente sur le site internet de l’artiste et disponibles aux pharmacies Uniprix Chemika Madode et PJC Jean Coutu sur la rue King Ouest, et aux Serres St-Élie. Aussi, dès jeudi, ils seront également sur les tablettes chez Le petit Jules Café, Belle et Rebelle et Ville & Campagne.