Malgré la perte d'audition sévère qui l'a frappé l'automne dernier, Marco Lemieux a décidé de persister, et de conserver la boutique d'importation qu'il tenait depuis 19 ans. Celle-ci se présentera sous une nouvelle formule dès septembre 2020.
Malgré la perte d'audition sévère qui l'a frappé l'automne dernier, Marco Lemieux a décidé de persister, et de conserver la boutique d'importation qu'il tenait depuis 19 ans. Celle-ci se présentera sous une nouvelle formule dès septembre 2020.

Marco Lemieux ne baisse pas les bras : Batavia persistera

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
La dose d’amour et de soutien qu’a reçu Marco Lemieux après avoir annoncé la fermeture prochaine d’Importation Batavia en raison de sa perte d'audition subite a été telle qu’il a finalement revu ses plans. Il relèvera le défi de tenir une boutique en étant presque entièrement sourd, et partira même à nouveau pour l’Indonésie lundi, afin de « boucler la boucle ».

« J’ai eu beaucoup de témoignages d’empathie, depuis, raconte M. Lemieux. Ça a suscité des réflexions aussi. J’avais pris cette décision de fermer complètement, et avec le temps, on voit peut-être d’autres options. Les gens étaient attachés au commerce, je ne croyais pas que c’était si fort. Ça fait quand même assez longtemps que je suis ici, pour un commerce au centre-ville. On m’a beaucoup dit que j’allais faire un gros trou en fermant. »

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Le 23 novembre 2019, La Tribune relatait l’histoire de M. Lemieux, qui, pour des raisons toujours inexpliquées, avait vu l’audition de son oreille gauche diminuer de 68 % du jour au lendemain alors que cette même affection l’avait privé de 36 % de l’audition de son oreille droite en 2011.

Les interactions étant devenues difficiles, l’entrepreneur et importateur s’était résigné à changer de vie et prévoyait mettre la clé sous la porte de son commerce du 151, rue Wellington Nord en février après 19 ans d’activités.

« Les gens étaient très sympathiques, très sensibles à ma cause, note-t-il. Des gens qui n’étaient jamais entrés dans la boutique sont venus simplement pour me donner la main. On m’a offert des appareils auditifs et on m’a même offert de venir me porter assistance durant la période des fêtes, en plus de mon employée que j’ai déjà. »

Puis, les difficultés quotidiennes se sont peu à peu allégées. « S’adapter, on n’a pas le choix, établit M. Lemieux. Ça se fait graduellement. Je suis capable de communiquer, j’ai mon appareil et j’ajuste le volume. C’est sûr que si les gens tournent la tête, par contre, je ne comprends pas. Certains vont avoir un peu plus l’impression que je rentre dans leur bulle quand je m'approche, mais quand ils comprennent, après la première fois, ça se passe bien. »

Nouvelle formule

Motivé par cette progression et par cet attachement manifesté, l'importateur a donc finalement décidé de continuer à faire ce qui le passionne, mais sous une autre formule. La superficie du magasin, qui demeurera à la même adresse, sera diminuée de près de deux tiers dès septembre 2020.   

« J’ai négocié avec le propriétaire du bâtiment, et je suis bien content de l’entente qu’on a prise. Déjà, ce sera plus facile d’interagir avec les clients dans un plus petit espace. Ma première idée était d’aller dans la vente en gros, sauf que je me suis rendu compte que la transition pouvait être difficile. Ce n’est pas tellement défini encore, on va voir comment ça va évoluer. Ce sera un mélange de vente en gros et au détail, mais je n’aurai pas les mêmes heures d’ouverture. Je sens que c’est plus exigeant et plus fatigant pour moi, maintenant, mais j'ai toujours beaucoup de plaisir à faire ce que je fais. »

Des inquiétudes à emprunter cette voie dans une telle condition? « Pas vraiment. Ce qui m’insécurise un peu, c’est d’avoir une autre perte d’audition et de me retrouver complètement sourd, répond-il. On sait que je peux être sujet à en avoir une autre. Ce n’est pas un gros stress, mais j’y pense. »

Indonésie 

Le 3 février, M. Lemieux s’envolera à nouveau pour Bali, où il a tissé d’importants liens d’amitié en 19 ans d’importation. Un séjour de plus de trois semaines l’attend. Nerveux? Non : « excité! »

« Je vais avoir fait le tour de la question. C’est important pour moi de retourner là-bas », indique celui qui compte bien à ce que ce séjour ne soit pas son dernier.

Quelques amis balinais sont d’ailleurs déjà au courant de sa nouvelle condition, avance celui qui s’est bien préparé en ajoutant entre autres à son vocabulaire le mot « tuli », qui veut dire « sourd » dans la langue locale.

« Les humains sont les mêmes partout, ce sera le même genre d’interactions que j’ai ici avec mes clients, estime-t-il. Ce qui m’inquiète un peu plus, c’est que là-bas, je me déplace en moto. Je devrai faire beaucoup plus attention sur la route. »

Les articles qu’il ramènera de ce voyage seront vendus en liquidation jusqu’au premier septembre, jour où naîtra le nouveau Importation Batavia.