Sylvie Potvin (à droite) est entourée d’une portion de l’équipe de JEVI Centre de prévention du suicide - Estrie, une équipe qui reçoit de plus en plus d’appels de détresse.

Marcher pour faire grandir la flamme

« Intervenir en prévention du suicide, c’est raviver la partie de l’humain qui veut vivre, identifier la flamme qui reste et la faire grandir », explique Sylvie Potvin de JEVI Estrie, interviewée dans le cadre de la 17e Journée mondiale de la prévention du suicide.

L’équipe de JEVI organisait, mardi, une première marche autour du lac des Nations sous la thématique de la journée « Travaillons ensemble pour prévenir le suicide », un message significatif appuyant l’importance d’agir en collectivité.

Les 15 employés de l’organisme, dont dix sont intervenants, ont répondu à plus de 18 000 appels au cours de la dernière année, soit le double d’appels qui avaient été enregistrés cinq ans plus tôt, en 2014. « C’est en soi une bonne nouvelle, car de plus en plus de gens font appel à nos services », note Mme Potvin soulignant que le nombre de suicides, lui, est plutôt stable au fil des ans, se situant en moyenne à un par semaine en Estrie.

Sur le territoire de Sherbrooke seulement, 21 personnes se sont suicidées en 2018 et 14 étaient passées à l’acte entre le 1er janvier et le 31 août 2019.

Les causes de la détresse psychologique des utilisateurs du service téléphonique ponctuel sont diverses. « Bien sûr, il y a beaucoup de santé mentale. Mais aussi des ruptures et des problèmes psychologiques. En fait, ce sont souvent des échecs ou plutôt la perception d’échec que les gens ont face à un événement », raconte l’intervenante ajoutant qu’un appel peut durer entre trois minutes et deux heures, mais qu’en moyenne il faut 20 minutes pour évaluer la dangerosité de la situation.

« Une personne nous a déjà contactés parce que sa plante verte était morte. Ce n’est pas la cause qui est importante et il ne faut pas la juger. C’est la partie qui souffre des gens qui prend toute la place et tous les prétextes deviennent des raisons d’en finir », donne en exemple Mme Potvin.


« Une personne nous a déjà contactés parce que sa plante verte était morte. [...] Tous les prétextes deviennent des raisons d’en finir. »
Sylvie Potvin

Une autre partie de l’équipe avait installé un kiosque dans une entreprise sherbrookoise. « L’entreprise a été touchée par le suicide dans la dernière année alors on a fait appel à nous afin que nous formions une sentinelle de neuf employés. Ces employés ont manifesté leur intérêt de façon volontaire pour avoir une formation qui leur permettra d’être sensibles à la détresse des gens qui les entourent, de pouvoir jaser avec eux et ensuite les référer vers nous. Certaines entreprises agissent en amont et d’autres font appel à nous à la suite d’un triste événement », mentionne Mme Potvin, précisant que ce service est offert gratuitement aux entreprises de la région.

JEVI Estrie est toujours en attente de son centre de crise, centre qui existe dans d’autres régions et qui peut être chapeauté par l’organisme. « Le centre de crise est notamment un centre d’hébergement temporaire où les gens peuvent se déposer en toute sécurité dans un endroit et où ils seront entourés de ressources le temps de se réorganiser en temps de crises psychosociales ou suicidaires. On peut parler aussi d’un lit de dégrisement où les gens reprennent leur esprit avant de pouvoir être aidés », relate Mme Potvin précisant que ce centre désengorgerait les urgences.