Développement et Paix et la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie organisent une activité de sensibilisation à la réalite des millions de personnes forcées de se déplacer dans le monde, à cause de la guerre, de la persécution ou des catastrophes naturelles. Henry Mbatika et Adriana Herrera, tous deux coordonnateurs de projet à la FCCE, ainsi que Richard Beaucher, du conseil national de Développement et Paix espèrent qu’un grand nombre d’Estriens participeront à l’événement au parc Jacques-Cartier le dimanche 28 avril.

Marcher librement pour ceux qui ont été forcés de fuir

Ils ont été forcés de fuir en laissant tout derrière eux parce que la guerre, la persécution, la famine menaçaient leur vie. Si quelques dizaines de milliers comme eux obtiendront l’asile au Canada cette année, 68,5 millions sont aujourd’hui en déplacement forcé, le plus souvent en exil dans leur propre pays.

« C’est tellement invraisemblable pour nous, ici, qui connaissons la sécurité. Il ne faut pas rester indifférent », plaide Richard Beaucher.

Pour sensibiliser à cette réalité, les Sherbrookois sont invités à marcher dimanche. À marcher librement pour tous ceux qui ont été forcés de fuir pour sauver leur vie.

De semblables marches se tiennent un peu partout au pays depuis l’automne dernier, avec l’objectif symbolique de franchir d’ici le 31 août les 40 075 kilomètres qui représentent la circonférence de la Terre.

« Ça origine du pape François qui, en 2017, devant ces millions de personnes déplacées, a invité à se solidariser avec eux. Développement et paix est entré dans ce mouvement parce que nous avons des partenaires dans plus de 100 pays dont plusieurs sont pris dans ces situations-là. »

Membre du conseil national de l’organisme, Richard Beaucher ne peut dire combien de kilomètres ont été parcourus jusqu’ici, mais chaque pas compte.

L’objectif ultime, c’est que la société comprenne les conséquences du déplacement forcé et les vraies raisons de l’immigration, met en contexte Henry Mbatika, coordonnateur de projet à la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie. 

La FCCE organise l’événement avec Développement et paix. Elle a demandé à trois immigrants originaires de trois pays différents de témoigner dimanche. 

Colombienne d’origine, arrivée à Sherbrooke en 2003 après s’être d’abord réfugiée à Bogota, la capitale, Adriana Herrera racontera que pas une journée ne passe sans qu’elle s’inquiète pour ses compatriotes.

« Quand je me suis déplacée à Bogota, dit-elle, je n’avais pas l’idée de quitter mon pays. Je voulais juste trouver du travail et recommencer ma vie. Mais malheureusement on a été localisés par les paramilitaires et ç’a été difficile. Il y a eu des tentatives d’enlèvement et des attentats. Je n’avais pas l’intention de quitter la Colombie, mais je n’ai pas eu le choix. »

« Aujourd’hui, même si je suis ici avec mes enfants, avec ma famille élargie aussi, on attend toujours que la situation change pour les personnes qui sont restées là-bas. »

La réalité là-bas, c’est que malgré l’accord de paix signé entre les Forces armées révolutionnaire et le gouvernement colombien en 2016, 700 leaders sociaux ont été tués depuis trois ans, dénonce-t-elle. Et le pays compte toujours 7,2 millions de migrants forcés à l’interne, en hausse de 90 % en 2018.

« C’est incroyable, ça vient nous toucher tous les jours même si on essaie de tourner la page. On vit dans deux réalités. »

Avec 28 communautés culturelles affiliées en Estrie, la FCCE pourrait témoigner de l’Afghanistan, du Bhoutan, de la Syrie même.

Henry Mbatika a quant à lui quitté la République démocratique du Congo avec femme et enfant dans la foulée du génocide rwandais, en laissant derrière eux deux autres enfants plus âgés et un poupon malheureusement décédé avant leur départ.

« Il y a un risque pour ceux qui restent, dit-il, et il y a un risque pour ceux qui partent. Parce que quand vous quittez, vous ne savez même pas si vous arriverez à destination. Et ceux qui restent se demandent si vous allez arriver. »

Si l’activité de dimanche se destine d’abord à la sensibilisation, certaines personnes revendiqueront. Et quand les 40 075 kilomètres auront été franchis, Développement et paix entend interpeller le gouvernement canadien pour dire que des milliers de personnes ont marché contre les migrations forcés.

« À partir de la sensibilisation, ce qu’on veut c’est que les gens fassent le relais pour que ceux qui doivent faire le travail fassent aussi leur part », dit M. Mbatika.

Le départ est donné à 13 h au parc Jacques-Cartier.