La Coopérative du Marché au cœur rassemblerait le comptoir St-Vrac, une épicerie, un restaurant et une cuisine de transformation dans un même bâtiment écologique en plein cœur du village de Saint-Adrien. 
La Coopérative du Marché au cœur rassemblerait le comptoir St-Vrac, une épicerie, un restaurant et une cuisine de transformation dans un même bâtiment écologique en plein cœur du village de Saint-Adrien. 

Marché d’alimentation : Saint-Adrien prend les choses en main

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
 Le désert alimentaire de Saint-Adrien pourrait se transformer en véritable fourmilière de l’alimentation locale dès l’été prochain. La Coopérative du Marché au cœur, un projet qui entend notamment rassembler le comptoir de vrac, une épicerie, un restaurant et une cuisine de transformation dans un même bâtiment écologique en plein cœur du village, avance à grands pas vers sa phase de financement.

Il n’y a pas plus aberrant qu’une municipalité rurale entourée de producteurs qui n’a pas de quoi se nourrir, avance Samuel Thibault, qui se décrit comme « un citoyen impliqué dans le développement de son village », et qui fait partie du noyau fondateur de la coopérative. 

« Il faut arrêter de s’asseoir dans son divan et d’espérer que quelqu’un quelque part dans un bureau lointain ait l’idée de venir valoriser notre village », renchérit celui qui, avec un groupe de citoyens, a suivi cette philosophie pour imaginer un centre d’alimentation territorial qui répondrait spécifiquement aux besoins de la communauté, soit la construction de liens directs entre les producteurs de la région, les citoyens et les touristes qui passent par le village.  

Ainsi, dans ce bâtiment à construire sur le terrain vague à l’intersection de la rue Principale et du chemin St-Rémi, on pourrait y retrouver entre autres le comptoir de vrac existant St-Vrac, qui y déménagerait. Des plats prêts-à-manger, un restaurant qui miserait sur les produits locaux et « l’élément le plus innovant, une cuisine de transformation qui respecterait les plus hauts standards de certification du MAPAQ, mise à la disposition des membres producteurs », s’y trouveraient également.

Producteurs interpellés

Selon M. Thibault, cette cuisine permettrait non seulement aux producteurs d’élargir leur offre, mais aussi de réduire le gaspillage alimentaire. «  Il y a plusieurs producteurs qui se sont sentis interpellés par le modèle. Ils ont des produits qu’ils ne sortent pas du champ parce qu’ils ne sont pas beaux, mais qu’ils pourraient nous envoyer pour qu’on les transforme et qu’on leur achète ensuite ou qu’ils les vendent à la ferme.  » 

Le conseiller municipal de Saint-Adrien Claude Dupont explique que l’idée d’un centre alimentaire a tout d’abord germé auprès de la municipalité, alors qu’elle participait au Forum Développement durable de Victoriaville l’automne dernier. 

« Là-bas, on amène une problématique qu’on a dans notre village, et on essaie de la résoudre avec des experts. On a présenté la problématique du désert alimentaire qui s’en venait. On n’avait plus de dépanneur et on avait une épicerie qui était flottante et qui allait probablement fermer. On en est venus avec ce concept de bâtisse multiusage et avec ça, notre petit village de 500 personnes a gagné le prix du public et le prix du jury! Quand on est revenus avec ce concept-là, il n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, avec les jeunes qui viennent s’installer ici. »

Le terrain convoité par le projet appartient à la Ville, qui a pris soin de démolir l’ancien bâtiment de la station-service qui s’y trouvait et de décontaminer les lieux. Il ne sera vendu à la coopérative qu’à condition que son plan d’affaires soit approuvé par les élus.  

M. Dupont souligne également que les résidants de Saint-Adrien ne seraient pas les seuls à profiter d’un tel projet. « 80 % des gens qui vont au mont Ham passent par chez nous. Tous ces gens-là, quand ils sont sur la montagne et qu’ils cherchent où manger, il n’y a rien de très près pour eux. » 


La bâtiment écologique serait construit sur le terrain qui appartient à la Municipalité au coin de la rue Principale et du chemin Saint-Rémi.

800 000 $ à amasser

Après plusieurs mois d’idéation, de conversations et d’accompagnement par la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ) de l’Estrie et le Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie, le groupe de citoyens se prépare à mobiliser la population autour de son concept. 

« On a besoin d’un boost d’énergie parce qu’il y a un rush à donner. On a besoin d’aide. Le prochain nerf de la guerre, c’est d’aller chercher les sous nécessaires. C’est toujours de trouver le premier financier qui va avoir l’audace de dire que l’idée est bonne et que ça lui parle, qui est difficile. Après, les autres suivent », indique M. Thibault.  

Selon l’étude de faisabilité réalisée, les coûts d’un tel projet seraient sommairement évalués à 800 000 $. La conception du bâtiment, qui sera réalisée par la coopérative d’ingénieurs ALTE, pourrait faire varier cette évaluation, précise M. Thibault. 

« Idéalement, il y aurait 70 000 à 100 000 $ qui viendraient du sociofinancement, de la communauté et des membres », dit-il. Le reste se traduirait en subventions et en prêts. 

La coopérative du Marché au cœur prendrait la forme d’une coopérative de producteurs et de travailleurs, avec des membres de soutien. Celle-ci vise une préouverture pour août 2021. 

« Dans le contexte actuel où on parle d’achat local, nous, on parle de reconstruction de l’économie par la formule coopérative, remarque Hélène Turcotte, directrice régionale du CDRQ Estrie. C’est un bel exemple de prise en charge d’un milieu. Il faut faire vivre le territoire. »,