Manque de relève: les directeurs d'école sont inquiets

La Presse Canadienne
Devant les banques de candidats au poste quasi-vides, les directeurs d'école crient au manque de relève. En lançant la semaine des directions d'établissement scolaire, l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE) et l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire (AMDES) espèrent revaloriser la profession que plusieurs semblent dénigrer et méconnaître.
Le président de l'AMDES, Gaétan Neault, s'inquiète d'une diminution d'au moins 25 pour cent à Montréal du nombre d'aspirants au poste de direction. Et ce serait pire en région. «On a même déjà annulé des sessions de concours, faute de candidats», a-t-il souligné.
À la Commission scolaire Pointe de l'île (CSPI), alors qu'il y avait environ 130 candidats qui se présentaient aux concours il y a dix ans, ils n'étaient plus que 79 en 2008 et 51 en 2010. Actuellement, la banque de candidats de la CSPI est presque à sec, confirme M. Neault.
Certes, des retraités sont appelés en renfort, mais cela ne dissipe par les craintes sur l'absence de relève. Certains directeurs craignent que les critères d'admissibilité à un poste de direction soient revus à la baisse, pour combler le manque.
En mai 2010, lors de discussions concernant le renouvellement de la convention de travail, le ministère de l'Éducation avait proposé comme solution de permettre la nomination d'une personne qualifiée même si elle n'a pas de brevet d'enseignement, sans consulter les associations.
«Ça veut dire que si on a un problème à combler un poste, on va pouvoir aller chercher quelqu'un qui sort des HEC. Ce n'est pas que ce n'est pas une bonne formation, mais on parle ici avant tout de la gestion pédagogique d'un système. Ça prend des gens qui ont ce genre d'expérience», a expliqué M. Neault. Cette proposition n'a finalement pas été retenue.
M. Neault admet que les enseignants ont une perception plutôt négative de la profession, qu'elle voit comme une tâche de gestionnaire bureaucrate. «C'est en partie vrai mais des fois c'est exagéré. On ne voit pas que c'est aussi une tâche valorisante», a-t-il insisté.
L'autre aspect qui peut en décourager plusieurs: le salaire, qui ne se démarque pas tellement de celui de l'enseignant. En 2001, l'écart maximal entre le salaire d'un enseignant et celui d'un directeur adjoint entrant en fonction était d'environ 13 000 $. Dix ans plus tard, il n'atteint pas 8000 $.
L'AMDES et l'AQPDE ont également annoncé lundi qu'ils allaient demander au psychologue-consultant, Jacques L. Charuest, de mener une enquête sur la profession, soit le suivi de celle qu'il avait déjà mené en 2001 pour le compte de la Fédération des commissions scolaires du Québec. «On veut partir des 24 recommandations de ce rapport et regarder ce qui a été mis en application et ce qui est demeuré pareil. Mais on soupçonne que la situation n'a pas changé et qu'elle s'est détérioriée», a dit M. Neault en précisant attendre les conclusions de cette enquête pour mai.