Une éclosion à l’Hôtel-Dieu a été déclarée jeudi. Jusqu’ici, elle touche moins de cinq personnes.
Une éclosion à l’Hôtel-Dieu a été déclarée jeudi. Jusqu’ici, elle touche moins de cinq personnes.

Malgré une trentaine d’éclosions, l’Estrie reste «orange pâle»

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
L’Estrie a continué de naviguer toute la semaine entre les paliers jaune et orange, encore bien loin de la redoutée zone rouge où se situent maintenant toutes les régions voisines de l’Estrie : la Montérégie, le Centre-du-Québec et la région des Appalaches.

Il y a maintenant 1988 Estriens qui ont fait la COVID-19 depuis le début de la pandémie, dont 253 cas qui sont toujours actifs. Dans la dernière semaine, l’Estrie a enregistré une hausse de 153 nouveaux cas.

Une trentaine d’éclosions sont en cours dans la région, toutes suivies avec attention par la direction de la Santé publique de l’Estrie. Mais elles se contrôlent bien, tient à rassurer le directeur de la Santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier.

Ce dernier donne notamment l’exemple de l’éclosion qui s’est déclarée jeudi au sein de l’équipe de hockey le Phœnix de Sherbrooke. Vendredi, le bilan est passé à 10 joueurs ou membres du personnel atteints de la COVID-19. Tous les membres de l’équipe, qu’ils aient été testés positifs ou non, sont présentement en isolement pour 14 jours.

L’éclosion chez le Phœnix n’est pas alarmante d’un point de vue de santé publique. « Une éclosion dans une équipe de hockey, ça se contrôle bien. Ce qui serait plus angoissant, ce serait de trouver plusieurs cas qu’on ne serait pas capables de relier les uns aux autres », explique le Dr Poirier.

CHSLD et hôpitaux

Certes, des cas positifs de COVID-19 se sont invités dans des milieux où ils ne sont particulièrement pas les bienvenus : des CHSLD et des hôpitaux.

En effet, au cours de la dernière semaine, la Santé publique de l’Estrie a confirmé trois nouvelles éclosions au sein de ses installations : au CHSLD D’Youville, au CSSS du Granit à Lac-Mégantic et à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Ces éclosions s’ajoutent à celles qui sont en cours dans trois autres des installations du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, c’est-à-dire à l’Hôpital de Granby (13 usagers atteints, dont un est décédé et 16 employés), au CHSLD de Lambton (22 résidents dont cinq sont décédés et 22 employés) et au Centre de confinement de Sherbrooke (moins de cinq cas chez les employés).

« Ces éclosions ne sont pas de bonnes nouvelles, mais on les surveille, les équipes de prévention et de contrôle des infections (PCI) suivent ces dossiers de près. Dans la première vague, ici en Estrie, nous avons été pas mal efficaces déjà pour éviter les éclosions dans nos CHSLD et nos hôpitaux. Dans cette deuxième vague, partout au Québec, tout le monde est mieux préparé. Ici par exemple, on a des éclosions d’un ou deux cas, parfois cinq ou six, mais on ne retrouve plus des étages et des hôpitaux complets en éclosions comme on l’a vu ailleurs dans la première vague », mentionne le Dr Poirier.

Par exemple, le 16 août, une première éclosion de COVID-19 a été déclarée au CHSLD D’Youville. Celle-ci a été déclarée terminée le 11 septembre par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le bilan est resté de deux personnes infectées, un employé et un patient.

Prudence

La prudence reste de mise, bien entendu, car si ce sont maintenant les plus jeunes Québécois qui font la COVID-19, le virus est néanmoins à risque de se propager dans les milieux fragiles.

« Quand on travaille de près avec des usagers, qu’on leur donne des soins, c’est certain qu’il y a plus de risques de leur transmettre la COVID-19 même si nous avons de l’équipement de protection personnelle », mentionne-t-il.

Plusieurs régions du Québec font face à une hausse importante et constante des cas depuis quelques semaines, entre autres les régions de Chaudières-Appalaches et de la Capitale-Nationale. La région de l’Estrie semble pour sa part réussir à stabiliser son bilan. Lors de la première vague, l’Estrie était aussi parvenue rapidement à stabiliser le nombre de nouveaux cas quotidiens.

A-t-on une recette spéciale en Estrie pour réussir à aplatir la courbe un peu plus vite qu’ailleurs? Le Dr Poirier réfléchit un instant.

« Après quatre ou cinq vagues, si on se rend là, je pourrai peut-être le penser. En attendant, je peux dire que je suis très fier du travail que les gens font, ici à la Santé publique, des mesures concrètes qu’on développe, de nos partenariats avec les institutions, avec les entreprises… On travaille en étroite collaboration avec les gens, on leur explique bien toutes les mesures qui sont parfois difficiles à comprendre, et je pense que ça fait une grande différence », mentionne-t-il.

Les chiffres de la semaine

Dans la dernière semaine (du samedi au vendredi), l’Estrie a enregistré une hausse de 153 nouveaux cas. C’est mieux que la semaine précédente où 177 nouveaux cas avaient été enregistrés, mais moins bien que les quatre semaines précédentes avec des hausses respectives de 136, 114 et 73 et 113 nouveaux cas déclarés de façon hebdomadaire.

Parmi les 153 nouveaux cas, les hausses les plus importantes ont été remarquées dans la région de la Haute-Yamaska (Granby) qui a enregistré 48 nouveaux cas, celle de Sherbrooke avec 38 cas, et la MRC-RLS du Granit avec 18 nouveaux cas.

Vendredi, on notait au CIUSSS de l’Estrie-CHUS une augmentation des hospitalisations liées à la COVID-19, soit onze, dont deux aux soins intensifs.

Fin de semaine pleine de périls

Alors que s’amorce la longue fin de semaine de l’Action de grâces, le directeur de la Santé publique de l’Estrie joint sa voix à celle du premier ministre François Legault, entre autres, pour demander aux gens de restreintes les contacts sociaux à leur minimum.

« Même si la situation va bien en Estrie, la prudence reste de mise. On l’a vu cette semaine avec des municipalités de la Gaspésie : parfois il suffit de peu de choses pour qu’une région tourne au rouge. Ça peut se faire très vite », met-il en garde.