Ils étaient 25 à participer à la 218e vigile pour la libération de Raif Badawi vendredi. La sortie médiatisée d’Ensaf Haidar qui estime avoir été injustement « diabolisée » cette semaine dans La Presse a été le principal sujet de discussion devant l’hôtel de ville vendredi midi.

Malaise dans l’entourage d’Ensaf Haidar

La 218e vigile pour la libération de Raif Badawi était un peu plus agitée qu’à l’habitude. La sortie médiatisée d’Ensaf Haidar qui estime avoir été injustement « diabolisée » a été le principal sujet de discussion devant l’hôtel de ville vendredi midi.

On pouvait lire dans La Presse cette semaine que la femme du dissident saoudien Raif Badawi, Ensaf Haidar, s’est liée d’amitié avec un auteur américain décrit comme un « extrémiste » en raison de son discours sur l’islam par plusieurs associations qui luttent contre la propagande haineuse aux États-Unis.

Les propos de Dennis Horak, ambassadeur du Canada en Arabie saoudite depuis 2015 et qui était à la tête des diplomates ayant été expulsés du pays (voir la chronique de Luc Larochelle), ont également fait réagir les 25 irréductibles qui ont participé à la vigile. Il a notamment mentionné qu’il avait eu plusieurs discussions avec les autorités saoudiennes, mais que ces dernières n’étaient généralement pas productives. Il a également indiqué qu’il n’avait jamais été en mesure de rencontrer ni de parler à Raif Badawi et que c’était « plus de l’espoir que des attentes de le voir être libéré ».

Ces nouveaux développements ne minent pas la confiance des participants à la vigile. Ils sont toutefois divisés par rapport aux gens qui entourent Mme Haidar.

« Raif reste un prisonnier d’opinion, souligne Paul-André Goulet, qui a assisté à presque toutes les vigiles. La pertinence des vigiles demeure, pour moi c’est clair. C’est certain qu’Ensaf va se faire demander si sa stratégie actuelle est la bonne. Mais ce qui me dérange le plus, et je le dirais à Ensaf si elle était là, c’est que les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis. Il ne faut pas s’allier avec n’importe qui. L’effet n’est pas toujours immédiat et peut-être que Raif va finir sa peine, mais ce genre de mobilisation marque l’imaginaire. »

« La conviction est de libérer Raif. Personnellement je m’éloignerais des appuis d’extrémistes », estime pour sa part Sylvain Côté.

« Je viens pour Raif et Raif n’a rien à voir avec les propos qui se sont dits dans les médias, explique quant à elle Sylvie Champagne qui a assisté à une centaine de vigiles. L’Arabie saoudite est un monde qu’on ne connaît pas. Il ne faut pas avoir le schéma canadien lorsqu’on négocie avec d’autres pays. C’est très culturel les façons d’entrer en contact avec l’honneur et l’orgueil. Il faut être humble et il ne faut pas avoir les mêmes exigences que face à un pays qui nous ressemble. »

« Je vais appuyer Ensaf aussi, ce n’est pas toujours facile, poursuit-elle. Je trouvais intéressant quand Patrick Lagacé disait qu’il n’y a pas de guide pour la femme d’un prisonnier politique, ça s’apprend sur le tas. »

De son côté, Claude Forgues qui vient environ une fois par mois à la vigile estime que tous les appuis sont bons dans une cause comme celle-ci. 

« On peut comprendre Mme Haidar d’aller chercher tous les appuis pour la cause qu’elle défend, mentionne-t-il. Elle brasse mer et monde. Toutes les tribunes qu’elle peut obtenir vont avoir un impact. Ce n’est pas en restant dans son salon que les choses vont changer. »