« Madame M », une Canado-Américaine qui s’était réfugiée à Lac-Mégantic en 2010 avec ses trois enfants, et qui se trouvait sporadiquement à la prison Leclerc de Laval depuis août 2016, a été retrouvée morte dans sa cellule, mardi.

Madame M retrouvée morte dans sa cellule

« Madame M », une Canado-Américaine qui s’était réfugiée à Lac-Mégantic en 2010 avec ses trois enfants, et qui se trouvait sporadiquement à la prison Leclerc de Laval depuis août 2016, a été retrouvée morte dans sa cellule, mardi. Elle y était détenue depuis plusieurs mois.

La communauté de Lac-Mégantic avait soutenu Madame M pendant six ans, de 2010 à 2016, avant qu’elle prenne le chemin de la prison Leclerc, où elle attendait une décision de la Cour suprême qui est tombée le 17 octobre dernier.

Le verdict avait sûrement démoralisé la dame, car elle devait être extradée aux États-Unis, en Georgie, pour y subir un procès pour l’enlèvement de ses enfants, où elle risquait 15 ans de prison. Aucune date n’avait été fixée pour ce renvoi. Elle avait utilisé plusieurs recours afin de faire inverser la décision de la cour, en vain.


« Nous souhaitions pourtant la fin du calvaire de cette mère qui s’est littéralement sacrifiée pour que ses enfants vivent hors de la violence. »
Sylvie Morin

Rappelons qu’à l’automne 2009, Madame M a reçu un appel de ses enfants en pleurs qui, cachés dans un hangar désaffecté, l’exhortaient à venir les chercher, car leur père les violentait moralement et physiquement et ils désiraient venir vivre avec elle. La femme avait alors décidé d’emmener ses enfants dans sa fuite jusqu’au Canada, d’où elle est originaire.

Mais la justice américaine a le bras long. Elle avait accordé le droit de garde des enfants à leur père. C’est la base sur laquelle repose toute l’histoire, car malgré la violence du père qui a été prouvée même par une vidéo, le principe est demeuré intact.

Plusieurs procédures judiciaires en Cour supérieure, en Cour d’appel, même jusqu’en Cour suprême, ont été menées par cette mère dans sa quête de justice. Son histoire avait même donné lieu à une pétition, au fil des ans, à une grève de la faim de Madame M à la prison Tanguay pour femmes, et même à une demande ultime d’intervention de la ministre de la Justice du Canada à l’époque, Jody Wilson-Raybould. Mais cette dernière n’avait rien pu faire, que de maintenir l’extradition.

« Nous souhaitions pourtant la fin du calvaire de cette mère qui s’est littéralement sacrifiée pour que ses enfants vivent hors de la violence », avait alors avoué Sylvie Morin, la directrice de La Bouée régionale de Lac-Mégantic, une maison pour femmes violentées et leurs enfants. Des avocats avaient accepté de la défendre en cour, sans frais. La justice américaine était restée intraitable.

« Tout un choc! »

La nouvelle directrice de La Bouée régionale, Julie Poirier, qui a remplacé Sylvie Morin, est sous le choc. Elle travaille à la maison La Bouée depuis plus de 15 ans et a bien connu Madame M.

« C’est tout un choc! Une bien triste nouvelle. J’avais parlé avec Madame M à la fin août cette année, car nous l’avions invitée à des retrouvailles, ce qu’on fait parfois, et elle était venue. C’était une épluchette de blé d’Inde. Elle s’était trouvé un nouvel avocat du côté américain pour son dossier. Elle s’était montrée encore déterminée à faire inverser la décision, en continuant ses démarches. Elle payait ses avocats de ses propres poches… », raconte Mme Poirier.

« Elle nous avait appelées par la suite, quelques jours avant le 17 octobre, nous disant qu’elle attendait le verdict de la Cour suprême pour cette date, qu’elle était anxieuse, insécure, stressée, que l’attente de réponses lui apportait beaucoup d’incertitude. Puis elle nous avait transmis la décision le 17 octobre qu’elle serait finalement extradée. Il n’y avait pas de date fixée pour cette étape finale. Nos pensées vont à ses enfants qu’on a bien connus. »