Dre Audrey-Anne Brousseau, urgentologue dans les deux hôpitaux universitaires sherbrookois , et Hélène Loiselle, cheffe de service de l'urgence Hôtel-Dieu.
Dre Audrey-Anne Brousseau, urgentologue dans les deux hôpitaux universitaires sherbrookois , et Hélène Loiselle, cheffe de service de l'urgence Hôtel-Dieu.

L’urgence de l’Hôtel-Dieu certifiée «Amie des aînés»

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
L’équipe de l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke vient d’être désignée « urgence gériatrique par excellence » par l’Association des médecins d’urgence aux États-Unis (American college of emergency physicians). L’urgence de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke devient donc certifiée « Amie des aînés », une première au Canada.

« Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent maintenant de 20 à 40 % de nos usagers et plus de 50 à 60 % des admissions à l’hôpital et à l’urgence, cette clientèle occupe environ 75 % de notre temps. Les professionnels sont maintenant outillés pour détecter rapidement les problèmes courants en gériatrie : chutes, confusion, perte d’autonomie, etc. Notre personnel à l’urgence offre les soins les plus adaptés aux aînés afin de leur assurer un séjour sans complications et organise un retour à la maison sécuritaire », explique la Dre Audrey-Anne Brousseau, urgentologue dans les deux hôpitaux universitaires sherbrookois, mais aussi la seule médecin au Québec à détenir le titre d’urgentologue spécialisée en médecine d’urgence gériatrique.

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Alors concrètement, quelles différences verront les patients accueillis dans une salle d’urgence certifiée « amie des aînés » versus une salle d’urgence conventionnelle avec tous les défis que l’on connait dans les salles d’urgence du Québec, soit l’achalandage élevé ainsi que le manque chronique de civières et de personnel?

Cette certification est synonyme d’une salle d’urgence où, dès l’admission d’un patient âgé, le personnel met tout en œuvre pour éviter qu’il soit immobilisé et qu’il devienne désorienté.

« Dans une salle d’urgence par exemple, les patients ne mangent pas jusqu’à preuve du contraire. Avec les personnes âgées dans notre salle d’urgence, c’est plutôt le contraire parce qu’on ne veut pas qu’ils deviennent dénutris ou qu’ils se déconditionnent. Les patients doivent aussi se mobiliser et aller à la salle de bain, on ne met pas de culotte d’incontinence comme cela se faisait avant », donne en exemple la Dre Brousseau.

L’équipe de la salle d’urgence a dû faire de nombreux changements pour voguer vers cette certification, notamment avec l’embauche d’une infirmière gériatrique et d’un physiothérapeute à temps plein, en élaborant au moins dix protocoles adaptés.

On a aussi acquis toutes sortes d’objets pour faciliter le séjour à l’urgence des aînés : des bas antidérapants pour que les aînés arrivés en ambulance pieds nus ou en pantoufles puissent marcher en sécurité, des horloges et des calendriers pour les salles afin d’aider les aînés à demeurer orientés.

« Nous sommes aussi en train de monter un chariot de stimulations dans lequel on trouvera des mots croisés, des dessins à colorier, des livres, pour aider nos patients avec une démence à se tenir occupés. C’est une façon de contrôler les problèmes de comportements au lieu de donner des antipsychotiques ou des sédatifs », ajoute la Dre Brousseau.

« Cette certification est le fruit d’un travail d’équipe, incluant les médecins, infirmières, préposés aux bénéficiaires, travailleurs sociaux, notamment, mais surtout, c’est un gage d’assurance-qualité pour nos usagers vieillissants », explique la Dre Audrey-Anne Brousseau, urgentologue spécialiste en médecine d’urgence gériatrique, à l’extrême droite sur cette photo d’équipe qui inclut également deux patients partenaires.  Notons que cette photo a été prise en avril 2019, avant l’ère COVID. 

Quand toutes les civières sont pleines dans les salles d’urgence et que l’hôpital déborde également, est-il tentant de retourner aux pratiques d’antan, celles qui peuvent aller plus vite?

« Ça peut être plus difficile d’adhérer à nos nouveaux protocoles quand l’achalandage est élevé, mais on a vu tellement de beaux succès, de gens qui se portent mieux et qui quittent plus rapidement l’hôpital, que ça nous encourage à y adhérer. Il y a un double objectif derrière ces bonnes pratiques : on s’occupe mieux de nos personnes âgées, elles vont moins se déconditionner, elles vont se porter mieux et rentrer chez elles plus rapidement, et ça fait aussi tourner notre urgence plus efficacement. C’est gagnant-gagnant dans le fond », indique l’urgentologue spécialisée en médecine d’urgence gériatrique.

Pour obtenir la certification, c’est une équipe multidisciplinaire qui a dû se pencher sur cette nouvelle façon de recevoir la clientèle gériatrique.

« C’est le fruit d’un travail d’équipe, incluant les médecins, infirmières, préposées aux bénéficiaires, travailleurs sociaux, notamment, et qui s’échelonne sur plusieurs années, mais surtout, c’est un gage d’assurance-qualité pour nos usagers vieillissants », se réjouit l’urgentologue.

Le déploiement des bonnes pratiques cliniques est amorcé dans les huit autres urgences du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, et certaines pourraient aussi entamer les démarches pour obtenir la certification, notamment l’urgence de l’Hôpital Fleurimont.

Une part du levier financier nécessaire à ce projet revient entre autres à quatre médecins, les Dres Annie Hébert, Dominic Harnois, Geneviève Ricard et Isabelle Boulais, qui ont amassé des sommes pour mener à bien ce dossier avec le Défi Groenland, qui consistait à traverser une partie de l’île en kayak de mer et à la marche.