«La présomption d'innocence est une notion juridique importante», fait valoir Me Patrick Fréchette.

«L'univers politique fonctionne selon ses règles»

Compte tenu de la notion de présomption d'innocence qui prévaut dans notre système de justice, le premier ministre Philippe Couillard a-t-il agi précipitamment en retirant sa fonction de ministre à Pierre Paradis? L'avocat criminaliste Patrick Fréchette soutient que non.
« La présomption d'innocence est une notion juridique importante, fait valoir Me Fréchette. On ne peut pas être déclaré coupable sans une preuve hors de tout doute raisonnable. Dans le cas présent par contre, l'affaire n'est pas devant le tribunal encore et on est loin d'un verdict de culpabilité. C'est plus une question de transparence et de tolérance zéro envers ce type de comportement. L'univers politique fonctionne selon ses règles à lui. »
L'avocat criminaliste considère d'ailleurs que le premier ministre n'avait pas réellement d'autre choix que de retirer son titre de ministre à M. Paradis.
« Le lien de confiance a été rompu. On ne peut pas s'attendre à autre chose de la part du chef du gouvernement quand il s'agit d'un dossier de nature criminelle comme dans ce cas », dit-il, en remarquant par ailleurs que l'homme ciblé par les allégations conserve tout de même son poste de député.
Tout en reconnaissant au premier ministre le droit d'agir de manière préventive, Patrick Fréchette se désole du fait que le « tribunal de l'opinion publique » soit parfois si prompt à condamner.
« C'est souhaitable que les gens ne soient pas jugés sur la place publique avant d'avoir pu se défendre. Vous savez, on voit plein de gens qui sont acquittés par le tribunal, mais qui subissent les conséquences d'accusations qui ont simplement été portées. C'est dommage, car ça entache la présomption d'innocence. »
Trop tôt pour condamner estime Robert Benoit
En dépit des soupçons qui pèsent sur Pierre Paradis, l'ex-député libéral Robert Benoit continue de reconnaître à son ancien collègue de grandes qualités et compétences. Il croit préférable d'attendre avant de porter un jugement sur les agissements potentiellement répréhensibles de M. Paradis.
«Je ne sais rien de ce qui s'est passé dans cette histoire, lance M. Benoit. On verra comment tout ça évoluera pendant les semaines et les mois à venir. C'est difficile également de prévoir quel impact ce dossier aura sur le gouvernement.»
Cela dit, il met en garde le public en soulignant que le ministre déchu demeure innocent jusqu'à preuve du contraire. Il rappelle d'ailleurs le cas de Bruno Fortier, ex-délégué général du Québec à New York, qui avait aussi été démis de ses fonctions en lien avec une affaire de nature sexuelle.
«Dans le cas de Fortier, c'était une magouille de A à Z. Personne n'avait mis ses culottes à l'époque et il a fini par recevoir un dédommagement de 75 000 $ de la part de Québec. Ça fait mal au coeur de voir ce qu'a subi ce gars-là.»
S'il croit à la présomption d'innocence, Robert Benoit est forcé d'admettre qu'un parti politique doit parfois prendre des mesures drastiques lorsqu'un de ses membres est visé par des allégations sérieuses et potentiellement criminelles.
«Dans le temps où j'étais président du Parti libéral du Québec, j'avais suspendu le député Roma Hains pour une histoire un peu spéciale de subvention. Je n'avais pas longtemps hésité parce que je ne voulais pas laisser traîner les choses. J'avais prévenu notre caucus dès le départ que je ne serais pas tolérant. Je voulais qu'on soit inattaquable. Finalement, il avait été blanchi en cour malgré des erreurs évidentes de sa part», déclare M. Benoit.
Quoi qu'il en soit, l'ex-député d'Orford considère que M. Paradis avait jusqu'à présent eu «une carrière exceptionnelle en politique. Je me souviens de l'époque pendant laquelle il était chef de l'opposition officielle à Québec. Il faisait un super travail.»