« Au Canada, l'âge d'entrée en prostitution est de 14 ans, selon les moyennes. Au Québec on parle de 16 ans et à Sherbrooke 19 ans, selon une étude réalisée par la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue. », explique Marie-Michèle Whitlock, intervenante au CALACS chargée de l'enquête.

Lumière sur l'industrie du sexe

Montréal, plaque tournante du sexe au Canada. Recrutement de fugueuses dans les centres jeunesse de Laval au profit de réseaux de prostitution juvénile. L'exploitation sexuelle des jeunes femmes fait grand bruit dans les grands centres. Mais qu'en est-il en Estrie? Existe-t-il un réseau de prostitution juvénile? En existe-t-il plusieurs? Qui tire les ficelles et où recrutent-ils? Qui sont ces jeunes femmes introduites au monde de l'exploitation sexuelle?
Voilà le genre de questions auxquelles tentera de répondre le CALACS Agression Estrie dans la prochaine année en réalisant le tout premier portrait de l'exploitation sexuelle des moins de 25 ans en Estrie.
Il n'existe aucun portrait de l'industrie du sexe dans la région et encore moins d'information concernant l'organisation de cette exploitation.
« Et pourtant il y en a. Ce n'est pas parce que nous ne sommes pas à Montréal que nous sommes à l'abri de cette forme d'exploitation. Au contraire, partout où il y a des jeunes et de la demande, il y a de l'offre », confirme Marie-Michèle Whitlock, intervenante au CALACS chargée de l'enquête.
Le projet est financé par le ministère de la Sécurité publique avec « de l'argent mis sur la table après la crise des centres jeunesse à Laval », précise Mme Whitlock.
Or il serait faux de croire que le recrutement des jeunes femmes s'effectue seulement dans les centres jeunesse. Il peut aussi bien avoir lieu dans des cours d'école que dans des fêtes ou des festivals.
Un programme du Cégep ciblé
Selon différents intervenants, un programme du Cégep de Sherbrooke serait particulièrement ciblé par les recruteurs.
« Il s'agit de jeunes filles qui viennent de l'extérieur de la région, qui n'ont ni famille ni ami dans le coin. Il y a une jeune fille, entre autres, qui avait des problèmes d'argent puisque ses prêts et bourses tardaient à rentrer et elle était donc vulnérable. La première fille qui était devenue son amie a ensuite tenté de la recruter », soutient l'intervenante.
La vaste enquête qu'entreprend le CALACS vise à briser le mythe de la jeune femme pauvre et sans éducation qui serait susceptible de tomber dans l'univers de la prostitution.
« Bien sûr que les groupes de personnes vulnérables sont surreprésentés dans l'exploitation sexuelle. Mais il suffit d'être jeune et une femme pour être vulnérable à un moment », précise Mme Withlock.
La recherche a également pour objectif de dresser un portrait juste de l'exploitation sexuelle qui ne se limite pas qu'à la prostitution de rue.
Escorte, massage érotique, danse nue, échange de services sexuels via internet; ce sont toutes des formes d'exploitation auxquelles s'intéresse le CALACS.
« Dans tous les cas, nous savons qu'il y en a en Estrie pour avoir été en contact avec des jeunes femmes qui évoluent dans ce milieu. Il y a seulement les femmes prodiguant des massages érotiques que nous n'avons pas été capables de rejoindre, mais nous savons qu'il y en a deux qui sont clairement affichées à Sherbrooke », affirme-t-elle.
Trois axes de recherche
Le CALACS compte sur la collaboration de plusieurs partenaires (centre jeunesse, maison de jeunes, policiers...) pour mettre en lumière l'industrie du sexe dans la région. Marie-Michèle Whitlock a élaboré des questionnaires qui ont été soumis à différents partenaires afin de collecter le maximum d'information utile à sa recherche.
« J'ai moi-même été surprise des résultats collectés jusqu'à maintenant, admet-elle. Une des premières équipes que j'ai rencontrées, des enquêteurs du SPS, a rempli mon questionnaire et à la question "Combien de femmes en situation d'exploitation sexuelle avez-vous rencontrées dans les deux dernières années?", ils ont répondu plus d'une dizaine pour la catégorie d'âge des 12 à 17 ans! »
« Je m'attendais à peut-être cinq par année ou un chiffre de ce genre », avoue Mme Whitlock.
12 à 17 ans. Ça peut sembler choquant comme tranche d'âge. Mais pas tant que ça, précise l'intervenante.
« Au Canada, l'âge d'entrée en prostitution est de 14 ans, selon les moyennes. Au Québec on parle de 16 ans et à Sherbrooke de 19 ans, selon une étude réalisée par la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue. »
En plus des différents partenaires estriens, l'intervenante du CALACS souhaite rencontrer quiconque possède des informations concernant l'exploitation sexuelle en Estrie.
« Une femme qui a elle-même été dans ce milieu, une femme qui en connait une autre ou un homme qui possède de l'information. On va tous les accueillir », assure Mme Whitlock qui lance un appel au public.
Finalement, l'intervenante fera également un grand travail de proximité dans les prochains mois. Elle se rendra dans des fêtes, des festivals ou n'importe quel endroit susceptible d'être utile au recrutement.
« Ce portrait, qui devrait sortir à l'hiver 2018, sera le premier outil de sensibilisation et d'intervention régional à propos de l'exploitation sexuelle dans notre région. Il nous permettra d'adapter nos services et de bien connaitre le milieu afin d'avoir une sensibilisation efficace », résume Mme Whitlock.
Le Service de police de Sherbrooke a d'ailleurs fait part de sa volonté d'obtenir les résultats de l'enquête afin d'adapter et d'améliorer ses pratiques.
Pour communiquer avec le CALACS Estrie, composez le 819 563-9999 ou écrivez au projet_interv@calacsestrie.com.