David Morin, codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent, a écouté avec intérêt le documentaire T'es où, Youssef.

L'UdeS n'est pas un lieu de radicalisation

Le professeur de l'Université de Sherbrooke David Morin, codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent, a écouté avec intérêt le documentaire T'es où, Youssef, diffusé lundi dernier sur les ondes de Télé-Québec.
« C'est un excellent documentaire qui arrive d'ailleurs exactement à la même conclusion que moi. Selon les informations dont je dispose (mais je ne suis ni policier ni agent de renseignements), le terme filière djihadiste me semble jusqu'à présent inapproprié pour le cas de Sherbrooke, en ce sens qu'il renvoie à une organisation structurée, avec des moyens d'actions opérationnelles, de recrutement et des appuis financiers, comme c'est le cas en France ou en Belgique, par exemple. En l'occurrence, quatre des cinq jeunes Sherbrookois qui ont versé dans le djihadisme violent se connaissaient, ce qui laisse à penser que cette relation aurait pu générer une radicalisation par capillarité, en plus des facteurs psychologiques des individus, avec les réseaux sociaux comme accélérateur », commente M. Morin, ajoutant que le fardeau de la preuve est actuellement plutôt du côté de ceux qui alimentent l'idée de filière et non du côté de ceux qui la nuancent.
Dans le documentaire, le journaliste Raed Hammoud part à la recherche de son ami Youssef Sakhir, un des trois jeunes Sherbrookois qui auraient fui le Canada pour joindre les rangs de l'État islamique, possiblement aux côtés de Zakria Habibi et de Samir Halilovic. Avant de se rendre jusqu'en Turquie, le documentariste s'arrête à Sherbrooke pour tenter de mieux comprendre pourquoi l'ex-étudiant de l'Université de Sherbrooke et ancien membre de l'AMUS (Association des musulmans de l'Université de Sherbrooke) se serait enrôlé au sein de Daech. Il est aussi question de deux autres anciens étudiants de l'UdeS qui se seraient radicalisés, soit Assane Kamara, présumé terroriste au Sénégal, et Chiheb Esseghaier, un des terroristes arrêtés pour avoir planifié un attentat contre un train de VIA Rail.
« Pour ce qui est de l'AMUS, plusieurs de mes étudiants en ont fait ou en font partie et j'ai eu l'occasion de discuter de ces questions avec certains d'entre eux. Je doute fort que des discours prônant la violence puissent y être tenus de manière récurrente sans que personne au sein de l'association ne s'en émeuve. Au-delà de cela, doit-on s'étonner que quatre étudiants musulmans de l'UdeS aient fréquenté de près ou de loin l'AMUS à un moment ou l'autre de leur parcours ici ? Évidemment non, et cela ne fait pas de ladite association un lieu de radicalisation », précise le professeur.
Pour ce qui est de la prévention de la radicalisation, M. Morin pense que la communauté de l'UdeS est et doit être vigilante par rapport à tous ses étudiants en situation de détresse. Une détresse qui peut conduire à toutes sortes de gestes, du suicide à la radicalisation violente en passant par la dépression. « Cela passe concrètement par l'accès facile à des ressources sur le campus (conseiller pédagogique, soutien psychologique, protectrice des étudiants, etc.) et par un lien de confiance et un dialogue constant entre les différentes instances concernées au sein de l'Université (direction, services de sécurité, résidences, associations d'étudiants, etc.). Après, cela n'est jamais une garantie à cent pour cent, comme on l'a vu avec les quatre ou cinq étudiants de l'UdeS ou plus récemment avec celui de l'Université Laval qui a commis l'attentat à Québec », indique-t-il.