Le recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette, dévoilait avec fierté mercredi la nouvelle murale affichée sur le bâtiment de la galerie d’art. ­

L'UdeS dévoile une murale de Raif Badawi

Un Raïf Badawi aux couleurs insufflant le courage et la liberté décorera désormais les murs extérieurs du pavillon Irénée-Pinard, à l’Université de Sherbrooke.

L’UdeS a dévoilé, mercredi après-midi, une murale artistique spécialement dédiée au blogueur saoudien qui est détenu dans son pays d’origine depuis maintenant 6 ans. Cette reconnaissance tombe à point, alors que l’anniversaire de son emprisonnement a eu lieu dimanche dernier.

« Pour nous, c’est une façon de se rappeler quotidiennement, et de rappeler à la communauté universitaire, le drame de l’homme emprisonné en Arabie saoudite, mais aussi l’importance de la liberté d’expression comme valeur de notre société. M. Badawi est un modèle de courage et de promotion des droits fondamentaux », a partagé le recteur de l’Udes, Pierre Cossette.

La flamboyante murale, d’une dimension de 4,4 m sur 4,8 m, est la reproduction d’une œuvre du peintre Louis Robichaud. L’artiste, dans une volonté de promouvoir la cause, avait gracieusement cédé ses droits à Ensaf Haidar, la femme de M. Badawi.

« Le premier devoir d’un artiste est de cultiver et nourrir sa sensibilité, parce que c’est le principal matériau de son art. [...] Raïf Badawi et Ensaf Haidar sont des héros. Je pense à eux tous les jours. Ce portrait, je l’ai d’abord fait pour moi. Pour me débarrasser d’une partie de mon impuissance et pour rendre hommage à ce frère humain. Cet Arabe, en prison à l’autre bout du monde, je l’aime. C’est avec humilité que j’ai offert ce tableau. L’humilité d’un enfant qui fait un dessin, qui est tout ce qu’il peut offrir, avec l’espoir d’arrêter les guerres », a partagé l’artiste sur Facebook lorsqu’il a fait don de l’œuvre à Mme Haidar.

Le doyen de la faculté de droit, Sébastien Lebel-Grenier, y voit aussi un puissant message démocratique.

« La liberté d’expression protège non seulement la capacité d’exprimer des pensées qui confortent l’opinion majoritaire, elle permet surtout de remettre en question l’ordre établi de manière pacifique. La libre expression d’opinions dissidentes ou minoritaires est le fondement de la recherche de la vérité. Elle est aussi le moteur de l’innovation et de l’avancement puisqu’elle permet de questionner ce que nous tenons pour acquis », a-t-il énoncé.

Ensaf Haidar, accompagnée de ses enfants à la cérémonie, a tenu à remercier tous ceux qui la soutiennent dans son combat.

« Tous les jours, je reçois des surprises de la ville de Sherbrooke. C’est l’Université de Sherbrooke qui m’a donné le plus de courage. L’an dernier, c’était le doctorat, et aujourd’hui c’est une murale pour Raïf. Pour moi, c’est vraiment quelque chose », a-t-elle partagé.


«  Raïf Badawi et Ensaf Haidar sont des héros. Je pense à eux tous les jours. Ce portrait, je l’ai d’abord fait pour moi. Pour me débarrasser d’une partie de mon impuissance et pour rendre hommage à ce frère humain.  »
Louis Robichaud, artiste peintre de l’œuvre originale.

Ce geste de soutien survient effectivement un an après la remise d’un doctorat honorifique à M. Badawi par l’UdeS.

Une réplique de cette oeuvre sera également installée au campus de Longueuil, souligne le recteur. Dans le même élan, il a invité les gens à s’adresser directement au gouvernement et à réclamer la libération de Raïf Badawi. Pour ce faire, des cartes postales à l’effigie de la toile ont été distribuées.

Une cohorte Raif Badawi

Les gestes en l’honneur de M. Badawi sont multiples à l’UdeS. En effet, la plus récente cohorte d’étudiants à la maîtrise en droit international et en politique internationale appliqués a choisi de porter le nom du blogueur saoudien.

Libre de s’attribuer un nom en l’honneur d’une personne ayant accompli de grandes choses sur les scènes nationale et internationale, la cohorte ayant débuté à l’automne 2017 s’est arrêtée sur la figure de liberté d’expression qu’incarne M. Badawi.

La représentante de la cohorte, Roxane Sabourin, a prononcé quelques mots pour l’occasion.

« Une des premières choses que j’ai apprises dans mes études, c’est que, malheureusement, le droit n’est pas suffisant. Chaque jour, des personnes souffrent d’une violation de leurs droits fondamentaux. Le cas de M. Badawi est un rappel de plus, et un rappel de trop que nous n’avons pas tous les mêmes droits sur cette terre. Le droit doit s’accompagner d’une véritable volonté politique, ici à Sherbrooke, mais aussi partout au Canada et ailleurs dans le monde. Et cette volonté politique, c’est à chacun de nous de l’insuffler, en parlant de ce qui se passe et en exigeant à nos gouvernements qu’ils ne ferment pas les yeux sur ce qui se passe ailleurs dans le monde », a-t-elle déclaré.