La Régie du logement est fermée en ce moment ce qui complique encore plus la relation entre les propriétaires locatifs et les locataires.
La Régie du logement est fermée en ce moment ce qui complique encore plus la relation entre les propriétaires locatifs et les locataires.

Loyers impayés: stress et endettement

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Plus d’un propriétaire locatif sur deux à Sherbrooke (54 %) avait au début de mois un locataire ou plus qui n’avait pas payé son loyer. Une bonne partie des locataires ont pu s’acquitter de leur dette depuis après avoir reçu la prestation d’urgence du gouvernement fédéral. Mais ce n’est pas encore tout le monde qui a pu se mettre à niveau.

De nombreux ménages auront même de la difficulté à payer leur loyer malgré l’aide fédérale, estime Normand Couture de l'Association des locataires de Sherbrooke.

« Ça crée un endettement pour ces gens qui ont dû attendre des semaines avant d’avoir l’aide, explique M. Couture. On a vu les gens courir les soupes populaires et s’ils faisaient ça, c’est parce que leur réfrigérateur était vide. Les premiers chèques vont être utilisés en premier pour manger. Ça peut donc retarder un peu le paiement du loyer. Je pense aussi aux cartes de crédit et aux téléphones dont les paiements n’ont pas arrêté. »

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Normand Couture voit que de nombreux travailleurs, même plus aisés, n’ont pas été en mesure de s’acquitter du paiement de leur logement.

« On le voit avec les gens plus pauvres et les gens qui sont sans travail, quand arrive un pépin dans le mois, ils se retrouvent en difficulté de payer pour le premier du mois, mentionne-t-il. Ça vient confirmer que les gens pauvres ne sont pas pires que les travailleurs plus aisés. Les travailleurs qui perdent leur emploi se retrouvent dans la même situation qu’eux. Il y a aussi des gens qui travaillent et qui gagnent juste assez pour arriver. Même avant la crise on le voyait. Quand tu as une famille et que tu gagnes 15 ou 18 $ de l’heure et que c’est le seul revenu qui rentre, tu ne fais que payer des factures. »

Du côté des propriétaires, certains attendent encore parfois jusqu’à la moitié de leurs revenus de location.  

« Quand tu as des retraités ou des prestataires de l’aide sociale, leur revenu est stable, donc c’est correct, indique Martin Messier, président du Regroupement des propriétaires d’habitationslLocatives (RPHL). Le problème c’est plus pour les gens qui travaillaient dans la restauration ou les salons de coiffure. Tous ces gens-là ont perdu leur emploi du jour au lendemain et il faut attendre que l’aide arrive. Souvent, les locataires ont tendance à penser que c’est facile pour les propriétaires et qu’ils ont de l’argent. À Sherbrooke, on a plusieurs petits propriétaires qui ont perdu leur emploi eux aussi. »

Ce n’est pas nécessairement simple de négocier un congé ou un report d’hypothèque avec les institutions financières fait valoir Martin Messier.

« On entend des histoires d’hypothèques reportées pour des mois, mais ton dossier doit être solide, souligne-t-il. J’ai plusieurs propriétaires qui m’ont dit n’avoir obtenu qu’un mois de sursis et qu’ils doivent rappeler au mois de mai. Certaines institutions ont demandé à voir la preuve que les locataires avaient perdu leur travail, mais ce n’est pas évident de prouver ça. C’est du cas par cas et les propriétaires sont nerveux. On a parlé à quelques banques et elles ont un délai de traitement très long. La semaine passée ça leur prenait une dizaine de jours avant de rappeler les gens. Elles sont débordées. »

La RPHL craint aussi pour les propriétaires qui ont du commercial dans leur bâtisse.

« On est nerveux pour les propriétaires qui ont un petit immeuble avec un salon de coiffure ou d’esthétique, mentionne M. Messier. Ces entreprises ne décolleront pas du jour au lendemain et ce n’est pas des entreprises qui accumulent des sommes importantes. »

Normand Couture

Régie du logement

La Régie du logement est fermée en ce moment ce qui complique encore plus la relation entre les propriétaires locatifs et les locataires.

Normand Couture admet que la grande majorité des propriétaires de l’Estrie sont tolérants en ce moment.

« Mais ce que j’entends, c’est que si les propriétaires n’ont pas leur paiement lorsque la Régie va rouvrir, ils vont déposer des demandes. Et c’est là que ça risque de sauter. »

Martin Messier abonde dans le même sens.

« Quand la Régie va ouvrir, il va y avoir du monde aux portes. Certains locataires vont se servir du fait que la régie est fermée pour ne pas payer. On a parlé avec le gouvernement, car on voulait qu’il rouvre la Régie par téléphone avant le 4 mai. Mais il ne pense pas faire ça. On a aussi demandé d’aider les propriétaires qui ont des difficultés, mais il n’a pas l’air d’aller dans ce sens. Si on reprend vraiment le 4 mai et que l’économie décolle, les conséquences ne devraient pas être si mal, mais si on parle plus de l’été, ça nous donne des cheveux gris. »

1er juillet

M. Couture et M. Messier confirment que la situation des déménagements du 1er juillet risque d’être catastrophique. 

Sur le territoire de Sherbrooke, c’est 374 maisons unifamiliales et en copropriétés et 1154 logements qui sont en cours de construction selon l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). Si l’industrie de la construction ne repart pas bientôt, ces projets pourraient ne pas tous être terminés à temps. Cela créerait un effet domino et pourrait jeter plusieurs personnes à la rue.

« Ce qu’on demande au gouvernement, c’est qu’il y ait une prolongation de tous les baux jusqu’à ce que la crise soit terminée pour s’assurer qu’on ne se retrouvera pas avec des gens à la rue, résume Normand Couture. On va se retrouver avec un casse-tête, c’est certain. Il y a plein de gens qui vont se retrouver avec une résiliation de bail pour non-paiement à leur dossier. Et quand tu as ça, ce n’est pas facile se trouver un autre logement. »

« Quand la construction va reprendre, il va y avoir une accélération, mais ils ne pourront pas travailler 24 h par jour, explique Martin Messier. Il y aura des délais. J’ai un proprio qui se fait construire des blocs et les baux sont déjà signés... Dès que ça va repartir, on va appeler tout le monde à Sherbrooke qui a des locataires qui vont vers une maison ou vers de nouveaux logements. »