Les 60 places d’hébergement sont consacrées à l’isolement des personnes itinérantes au partage Saint-François.
Les 60 places d’hébergement sont consacrées à l’isolement des personnes itinérantes au partage Saint-François.

L’itinérance à Sherbrooke au temps du corovavirus

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Usagers confinés au partage Saint-François, lunchs pour emporter à la Chaudronnée, travailleurs de rue en vigie... l’aide aux itinérants a pris un nouveau visage à Sherbrooke avec la crise de la COVID-19.

Soixante résidents sont répartis dans autant de lits, soit la pleine capacité des cinq milieux de vie du Partage Saint-François.

« Nous devons refuser des gens tous les jours. Avant cette crise, nous devions refuser environ trois personnes par jour, tandis que maintenant nous en sommes à cinq à dix refus par jour. Ce n’est pas une question de sécurité, parce que nous avons un protocole sécuritaire pour l’admission. Si nous avions plus de places, il y aurait plus de monde », signale le directeur général du Partage Saint-François, Sébastien Laberge.

Un nouveau code de vie où les usagers sont gardés en isolement 24 heures par jour sept jours par semaine a été mis en place.

« L’objectif demeure de garder notre milieu sécuritaire. Les lits d’urgence de l’Accueil Poirier ont été convertis en lits permanents le temps de la crise. Le fait de garder ces gens du refuge à l’intérieur du matin au soir fait en sorte que nous devons gérer leur consommation afin qu’ils ne soient pas en manque. Tout est géré avec le personnel du réseau de la santé qui est venu nous prêter main-forte », indique M. Laberge.

Garder une soixantaine de personnes en vase clos en composant avec leurs divers problèmes allant de la toxicomanie aux troubles de santé mentale est une tâche complexe. 

« Nous travaillons en résolution de conflits pour garder un milieu sécuritaire. Tant nos intervenants, ceux du réseau de la santé que les résidents collaborent bien. Ça se passe bien pour l’instant », signale Sébastien Laberge.

Il convient que l’intervention avec cette clientèle particulière dans ces conditions exceptionnelles est loin d’être évidente.

« Ce ne sont pas des gens qui sont habitués d’être confinés. Tout le monde doit s’adapter à cette nouvelle réalité », signale le directeur général du Partage Saint-François.

Aucun cas de COVID-19 n’a été diagnostiqué au Partage Saint-François.

« Notre zone de quarantaine est prête. Nous assainissons continuellement le milieu de vie. Les gens doivent se laver les mains régulièrement. Tout est mis en place pour que le milieu reste sécuritaire tant pour les gens qui sortent que pour les admissions », assure Sébastien Laberge. 

La Chaudronnée pour emporter

La Chaudronnée, qui offrait des repas au déjeuner et au dîner, a fermé sa salle à manger. 

« Nous avions 67 places assises et ça devenait impossible de gérer la distanciation sociale », indique le directeur général de la Chaudronnée, François Lemieux. 

Des boîtes à lunch sont offertes de 11 h 15 à 12 h 30 du lundi au vendredi. Le personnel de la Chaudronnée s’occupe de préparer les repas.

 « Nous voulions maintenir un repas par jour. Ce sont des repas froids où nous varions les sortes de sandwichs et les salades. Les gens se présentent à nos locaux et attendent à l’extérieur. Jusqu’à maintenant, nous en avons distribué de 40 à 60 par jour. On s’assure que les conditions sécuritaires et les mesures d’hygiène sont respectées lorsqu’ils attendent », signale François Lemieux.

La Coalition pour le travail de rue poursuit son travail sur le terrain en maintenant une vigie « efficace et sécuritaire ».

« On s’inscrit en complémentarité avec les autres services. Nous gardons un lien avec les gens sur le terrain. Nous avons la mission de partager l’information avec ces gens qui ne sont pas nécessairement branchés sur l’actualité », explique le directeur de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue, Étienne Bélanger-Caron.

L’hygiène et la sécurité demeurent des questions primordiales pour l’intervention auprès de la clientèle itinérante ou à risque d’itinérance.

« Nous restons au front, mais pas nécessairement avec les deux pieds dans la rue. Nous avons une toile de contacts avec qui nous maintenons une vigie. Ce sont plus de 1000 à 1500 personnes que nous rejoignons. Tous les organismes restent en contact pour aider. Malgré un manque de matériel pour la désinfection où tout est gardé légitimement pour le système de santé, nous avons été capables de nous débrouiller », indique Étienne Bélanger-Caron.

Selon les échos qu’il reçoit du terrain, Étienne Bélanger-Caron signale que les personnes itinérantes ne sont pas différentes du reste de la population et vivent une certaine anxiété.

« L’enjeu de sécurité demeure très important. Nous contribuons à cet effort collectif », assure Étienne Bélanger-Caron.