Les 253 anomalies sur le chemin de fer entre Lac-Mégantic et Farnham ont toutes été corrigées par CMQR, mais plusieurs autres problèmes avaient été mis au jour en mai 2019 comme l’écartement des voies, la présence de boue et l’état des ballasts.

L’inquiétude persiste malgré les réparations de CMQR

Même si Transports Canada confirme que le chemin de fer Central Maine & Quebec Railway (CMQR) est conforme aux exigences de l’arrêté ministériel envoyé en septembre et que les réparations demandées sur le tronçon entre Lac-Mégantic et Farnham ont été effectuées, la Ville de Sherbrooke demeure inquiète.

« J’ai reçu un état de situation comme quoi les inspections étaient conformes à la norme, mais je ne suis pas certain que je suis d’accord avec le niveau de sécurité en périmètre urbain surtout, admet Stéphane Simoneau, le coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke. Est-ce que les normes devraient être revues? Il est peut-être là le débat. Je n’ai pas les compétences pour le faire, mais plus je creuse dans le domaine des chemins de fer et plus je m’aperçois que la qualité des structures ne semble pas être conforme à la qualité de ce qui est accepté ailleurs. Je me promène sur le rail, j’enlève des clous comme je veux et j’ai des rails qui branlent. »

Une rencontre s’est tenue le 23 septembre entre M. Simoneau et le président exécutif Exploitation de la compagnie CMQR, Ryan Ratledge, concernant la sécurité ferroviaire sur le territoire de Sherbrooke, et sur l’ensemble du corridor Lac-Mégantic-Farnham.

« Le ton était cordial et ils ont offert un bon niveau de collaboration, estime M. Simoneau. J’ai demandé d’identifier un porte-parole local qui peut venir avec nous constater la défectuosité potentielle rapportée par le citoyen. Ça m’a été donné. J’ai demandé à ce que les trains maintiennent une vitesse de 10 miles à l’heure le temps que les gens reprennent confiance en la situation, mais ça m’a été refusé. J’ai trouvé ça ordinaire, car c’est une avancée qui ne coûtait pas grand-chose à la compagnie et qui aurait été significative en termes de sécurité. J’ai aussi proposé d’organiser des rencontres citoyennes sur les niveaux de sécurité et les inspections. On entend toutes sortes de choses. Je leur ai aussi demandé de m’autoriser à mandater un inspecteur indépendant à mes frais, mais ils ne semblaient pas très ouverts. »

Or depuis cette rencontre, les communications sont très difficiles autant avec CMQR que Transports Canada et M. Simoneau a toutes les misères du monde à obtenir des réponses à ses questions.

« Les messages de Transports Canada sont tellement aseptisés que je ne suis pas convaincu que les gens aient toute l’honnêteté de répondre à la question, mentionne M. Simoneau. Je ne dis pas que le rail est dangereux, mais j’ai de sérieux doutes et j’ai besoin de me faire rassurer. Je leur parle, mais j’ai des réponses qui sont prémâchées. »

Stéphane Simoneau a demandé le rapport complet d’inspection du chemin de fer. Ce rapport ne lui a toujours pas été transmis ni par CMQR ni par Transports Canada.

Le coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke Stéphane Simoneau

« Juste pour avoir le rapport qui est censé être public, on m’a dit de faire une demande d’accès à l’information et Transports Canada m’a avisé que ça pouvait prendre un an, déplore M. Simoneau. Il y a une aura de protection qui dépasse ma compréhension dans le dossier des chemins de fer. »

CMQR répond aux normes

Le ministre des Transports Marc Garneau demandait à la compagnie ferroviaire CMQR, via un arrêté ministériel en septembre, d’apporter plusieurs correctifs après que 253 anomalies avaient été relevées en 2018 sur le chemin de fer reliant Lac-Mégantic et Farnham. Le CMQR s’est plié aux exigences selon Transports Canada.

Les 253 anomalies ont toutes été corrigées, mais plusieurs autres problèmes avaient été mis au jour en mai 2019 comme l’écartement des voies, la présence de boue et l’état des ballasts. Des limitations temporaires de vitesse ont été imposées à 12 endroits. Transports Canada confirme toutefois qu’en date du 18 octobre, le CMQR avait effectué les réparations demandées sur les défectuosités aux 12 endroits sur la subdivision Sherbrooke, y compris les taches de boue et le lest.

Les inspecteurs du Ministère ont procédé à une vérification visuelle des réparations le 26 septembre et de nouveau le 16 octobre et ont jugé que les réparations étaient conformes au Règlement concernant la sécurité de la voie, ajoute-t-on.

Le CMQR a commencé les essais par ultrasons des rails, comme prévu. Transports Canada assure qu’une inspection physique sera menée afin de s’assurer de nouveau que le CMQR prend les mesures appropriées pour répondre aux résultats de l’inspection. De plus, Transports Canada a reçu la confirmation que les inspections supplémentaires requises en 2020 sont bel et bien planifiées par le CMQR.

Le CMQR a effectué l’examen interne de son programme de certification et de formation, tel que requis dans l’arrêté ministériel. Un audit de suivi sera mené par le ministère au début de 2020 pour déterminer l’efficacité de son processus de gestion des connaissances.

Finalement, l’entreprise a transmis son plan d’investissement de 2020 à Transports Canada. Selon ce plan, la compagnie prévoit continuer d’investir pour faire en sorte que son infrastructure respecte les exigences réglementaires en vigueur. Transports Canada estime que les activités prévues auront une incidence positive sur l’état général de l’infrastructure ferroviaire de CMQR.

Même si CMQR s’est conformé pour l’instant aux demandes du Ministère, Transports Canada explique que l’arrêté ministériel restera en vigueur au moins jusqu’en juin 2020, date à laquelle la dernière inspection par ultrasons sera complétée.

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À vendre ?

Le chemin de fer Central Maine & Quebec Railway serait à vendre selon les informations de Radio-Canada. Difficile à ce stade-ci de connaître les conséquences d’une éventuelle vente pour la remise en état du réseau ferroviaire entre Lac-Mégantic et Farnham et pour le projet de voie de contournement à Lac-Mégantic. La Ville de Sherbrooke n’a pas voulu commenter le dossier mardi. Tandis que la Ville de Lac-Mégantic a dit ne pas avoir d’information concernant une possible vente de la compagnie ferroviaire.