L’innovation québécoise en perte de vitesse

Les Québécois sont-ils inventifs? Moins que les citoyens des autres provinces les plus populeuses du Canada selon le nombre de brevets produits annuellement. La différence entre le Québec et les autres provinces s’accentue encore plus lorsque le nombre d’inventions brevetées est relativisé par rapport aux dépenses en recherche et développement. Par exemple en 2015, au Québec, 159 inventions ont été brevetées pour chaque milliard de dollars de dépense en recherche et développement. Ce nombre atteint 338 en Ontario, alors qu’il est en moyenne de 249 au Canada, selon l’Institut de la Statistique du Québec.

En 2016, le nombre d’inventions brevetées par million d’habitants se situait à 177 au Québec, comparativement à 222 au Canada, à 328 en Ontario, à 237 en Colombie-Britannique et à 186 en Alberta.

Selon le scientifique en chef du Québec, la part des brevets québécois dans le total canadien a décrut sensiblement de 22 % à 17 % entre 2005 à 2015.

Selon le directeur de l’Observatoire des sciences et des technologies, un des facteurs qui expliquent le peu d’invention breveté au Canada est le paysage industriel du pays.

« La structure industrielle est essentiellement composée de petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les moyens de faire des demandes de brevets contrairement aux États-Unis où il y a plus de grands joueurs comme Boeing, IBM. Les PME n’ont tout simplement pas les moyens de se payer des ingénieurs pour faire de l’innovation ni les avocats pour faire les démarches de brevet », explique M. Gingras, dont l’organisme est dédié à la mesure de la science, de la technologie et de l’innovation depuis 1997. 

Les brevets universitaires

Les entreprises québécoises ou dont le siège social est au Québec possédant le plus de brevets depuis le début des années 2000 au Canada sont notamment Pratt & Whitney (1104), BRP (336), Merck Canada (160), Bell Canada (152) et Bombardier (125). La société d’État Hydro-Québec (193) figure aussi dans le haut de la liste. Finalement, on retrouve plusieurs universités aux côtés de ces grosses entreprises.

« Le Canada et le Québec surinvestissent dans la recherche universitaire par rapport aux autres pays de l’OCDE. À l’inverse, il y a moins d’investissement ici dans la recherche industrielle et gouvernementale », souligne M. Gingras. 

L’Université de Sherbrooke figure d’ailleurs sur la liste avec 49 inventions brevetées depuis le début des années 2000. À titre de comparaison, l’Université Laval en détient 183 et l’Université de Montréal en a 123. 

« Mais tout cet argent dépensé pour des brevets ne reviendra pas. Ce ne sont pas toutes des histoires comme l’invention de l’Université de Sherbrooke du début des années 2000 pour les cellulaires », prévient le chercheur en faisant référence à la technologie générique ACELP, développée dans les locaux de l’UdeS, qui a rapporté plus de 200 M$ à l’institution et à ses inventeurs. Un record dans l’histoire des universités canadiennes [voir autre texte].

Si M. Gingras affirme que dans la majorité des cas les universités ne rentabiliseront pas leur investissement pour l’obtention de brevets, c’est que ces derniers coûtent cher. 

« Et il faut dire que la majorité des brevets ne serviront pas à grand-chose. Il y a beaucoup de “gugusses” dans les brevets. »

M. Gindras donne l’exemple du chercheur contesté Gaston Naessens, mort en 2018, qui avait mis au point un produit, appelé le 714X, capable selon lui de guérir des patients atteints de cancer en phase terminale. M. Naessens avait été arrêté dans son laboratoire de la région de Sherbrooke en 1989 et avait dû faire face à des accusations criminelles. On lui a reproché d’avoir donné de faux espoirs de guérison à une patiente. Il avait ensuite été acquitté au terme de son procès. Cette cause avait été largement médiatisée à l’époque.

« Une de ses défenses, c’était que son produit était breveté! Mais lorsque l’on regarde le brevet, il n’y avait presque rien d’autre que de l’eau et du camphre dans son médicament », fait valoir M. Gingras.