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Marie-Christine Lanoue aimerait trouver un emploi d’infirmière dans la région de l’Estrie, « sur le plancher », là où elle pourrait concrètement aider ses collègues plus débordées que jamais.
Marie-Christine Lanoue aimerait trouver un emploi d’infirmière dans la région de l’Estrie, « sur le plancher », là où elle pourrait concrètement aider ses collègues plus débordées que jamais.

L’infirmière Marie-Christine Lanoue toujours en attente de réponses

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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L’infirmière Marie-Christine Lanoue se remet tranquillement de la tempête déclenchée par la publication de sa vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux la semaine passée. Elle a déposé des plaintes à la Commission canadienne des droits de la personne ainsi qu’au ministère de la Santé et des Services sociaux. Et elle attend toujours des réponses de la part du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour savoir si elle pourra aller travailler pour eux… et dans quelles conditions.

La jeune infirmière de Sherbrooke déplore que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS ait refusé de l’embaucher parce que son indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 40. La jeune mère de famille de quatre enfants se dit pourtant en très bonne santé et en pleine forme pour occuper un emploi « sur le plancher », comme infirmière, afin d’aider ses collègues épuisées.

Les réactions ont fusé de toutes parts après la médiatisation de son histoire.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’a pas tardé à la rappeler après la diffusion de son message et lui a offert trois postes, tous les trois possibles d’accomplir en télétravail.

« Moi j’ai envie de m’émanciper, de travailler sur le terrain, d’aider sur le plancher. Mon IMC n’est pas un reflet de ma santé. Je suis en très bonne santé », insiste Mme Lanoue, qui est mère de quatre jeunes enfants.

Depuis son cri du cœur, Mme Lanoue a reçu des offres d’emploi d’un peu partout au Québec. Même l’Institut universitaire de cardiologie de Montréal lui a demandé son curriculum vitae. Il y a aussi des possibilités d’emploi dans le secteur privé.

« Déménager avec quatre jeunes enfants, c’est quand même un projet important. C’est ce qui me freine en ce moment, mais j’y pense sérieusement », dit-elle. 

Jeudi, Mme Lanoue attend toujours un nouveau retour d’appel du CIUSSS. « J’ai demandé qu’on regarde quelles sont les possibilités d’emploi sur le terrain. Et j’ai demandé dans quel climat je serais accueillie si j’acceptais d’aller travailler au CIUSSS », dit-elle.

La directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Josée Paquette, confirme qu’on a fait des « offres adaptées » à cette travailleuse. « En contexte de pandémie, nous avons comme employeur tout faire pour protéger notre personnel. C’est pourquoi nous avons dû ajouter un filtre de plus sur notre questionnaire de santé », indique Mme Paquette.

Ce n’est que récemment que l’IMC est pris en compte dans l’embauche de nouveaux employés au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Ce n’est que depuis le mois d’août 2020 qu’une question sur l’indice de masse corporelle (IMC) est posée dans le formulaire de pré emploi, et ce, suivant les recommandations de l’INSPQ. Cette question a été ajoutée dans le contexte bien précis de la pandémie et a été initialement conçue en lien avec la mise en place du nouveau programme de formation pour les PAB qui viennent prêter main-forte en CHSLD », ajoute la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Geneviève Lemay.

Le questionnaire de santé que Mme Lanoue a dû remplir est en effet basé sur un document de l’Institut national d’excellente en santé et en services sociaux (INSPQ), les « Recommandations intérimaires pour la protection des travailleurs avec maladies chroniques ».

« L’INSPQ a identifié des groupes vulnérables reconnus par plusieurs organismes sanitaires et scientifiques, parmi lesquels se trouvent entre autres les personnes présentant des troubles cardiaques ou pulmonaires chroniques non contrôlés, les personnes avec une immunodépression ou encore les personnes présentant une obésité importante (à titre indicatif, IMC 40). Il est donc recommandé que ces travailleurs ne soient pas en contact avec des personnes sous investigation ou des cas probables ou confirmés de COVID-19. Donc à l’écart des milieux de travail clinique », explique Geneviève Lemay, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous avons la responsabilité de nous assurer d’explorer toutes les avenues possibles avant d’écarter la candidature d’une personne en raison des recommandations de l’INSPQ. C’est d’ailleurs ce qui a été fait dans cette situation. Un rappel a également été fait à l’ensemble des équipes, surtout dans un contexte où nous avons des besoins aussi importants », ajoute Mme Lemay.

Lundi dernier, la directrice des ressources humaines du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a d’ailleurs lancé un appel à l’aide aux infirmières retraitées ou travaillant dans le secteur privé, entre autres

Mais tout cela n’est pas encore suffisant aux yeux de Mme Lanoue. Pour elle, ce critère ajouté par l’étude de l’INSPQ démontre « une grossophobie systémique dans notre société ».

« En plus, c’est quoi la différence entre moi et d’autres personnes déjà en emploi qui ont un IMC élevé, qui travaillent avec de la clientèle COVID, et personne ne leur a jamais demandé leur poids? » ajoute-t-elle.

Marie-Christine Lanoue est un peu découragée, mais elle entend se battre et porter sa cause le plus loin possible pour améliorer la situation des personnes dont le surplus de poids pose un frein à leurs possibilités de carrière.