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L'importance de la lecture: les clés pour animer les livres
Selon un chercheur, la compétence en lecture sera « le plus grand prédicteur de la réussite scolaire dès les premiers apprentissages ». Dans l'optique où le ministre d l'Éducation du Québec a annoncé un investissement de 5 millions $ pour ajouter des livres neufs dans les bibliothèques scolaires, La Tribune s'est penchée sur la place réservée aux livres auprès des jeunes.
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Des clés pour animer les livres [VIDÉO]

Des livres bien classés dans des jolies caisses de bois; de la place pour manipuler les livres; des séries complètes de livres populaires; des livres auxquels les élèves font attention en classe comme à la maison. La classe de sixième année de l’enseignante Janique Arsenault fait rêver.

« Quand je suis rentré ici, j’ai juste dit : c’est cool, wow! » fait savoir un de ses élèves, Zachary Bergeron.

« Chez moi j’ai une bibliothèque avec plein de livres, c’est bien rangé, c’est beau, c’est original, ça pique vraiment la curiosité », ajoute sa consœur de classe Ariane Bessette.

Janique Arsenault place le livre au cœur de son enseignement. En arrivant le matin, ses élèves commencent leur journée en lisant. L’enseignante en profite souvent... pour lire aussi. « Comme enseignant, on sait que les élèves nous observent tout le temps, toute la journée. C’est facile de faire de la correction, de répondre aux courriels des parents, et je n’ai pas le choix d’en faire aussi parce que les journées sont très occupées. Mais pour moi, c’est important de lire aussi devant les enfants, de leur donner l’exemple », souligne celle qui enseigne à l’école primaire Notre-Dame-du-Rosaire.

Et les 1200 livres qui se retrouvent dans sa classe, Janique Arsenault les connait. Elle en a lu une grande partie, sinon elle les a suffisamment feuilletés pour en faire un résumé à ses élèves.

« L’animation qu’on met autour d’un livre est vraiment importante. Ça donne le goût aux jeunes d’emprunter le livre. Chaque fois que je présente une nouveauté en classe, il y a une liste d’attente ensuite pour l’emprunter », dit-elle.

Et quand un enfant traine devant ses boîtes pleines de livres sans arriver à choisir un livre, l’enseignante se fait un plaisir d’aller le retrouver et de lui faire des suggestions.

« Quand je dis à un enfant : “Hey ce livre-là je l’ai aimé, il se passe telle chose, c’est vraiment bon”, ça y est, c’est vendu, le jeune le prend automatiquement », se réjouit Janique Arsenault.

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Une place de choix pour le livre

Le ministre de l’Éducation du Québec a annoncé un investissement de 5 millions $ pour ajouter des livres neufs dans les bibliothèques scolaires, ce qui représente environ 21 $ par élève. « C’est une très bonne nouvelle de mettre l’accent sur le rôle fondamental que joue la lecture chez les enfants. Mais ce n’est pas assez. Dans notre société et dans notre système d’éducation, le livre occupe une place encore trop timide », nuance soutient Olivier Dezutter, professeur à la faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke et aussi codirecteur du Collectif de recherche sur la continuité des apprentissages en lecture et en écriture.

« La compétence en lecture sera le plus grand prédicteur de la réussite scolaire dès les premiers apprentissages. C’est une compétence fondamentale », souligne M. Dezutter.

Or pour apprendre à lire, il faut lire, lire beaucoup et dans toutes sortes de circonstances. Il faut développer ce goût, cet intérêt, il faut cultiver cette compétence. Il faut apprendre non seulement à décoder les mots, mais aussi à découvrir tout l’intérêt de se plonger dans une histoire, comprendre tout ce qu’un livre ou une histoire peut apporter comme bienfaits.

Or au Québec, la place du livre dans la société n’est pas égale partout. Y compris dans les écoles.

« La situation des livres est extrêmement variable d’une école à l’autre et même d’une classe à l’autre. C’est un peu comme un jeu de loterie. Dans une même école, on peut trouver des classes avec des centaines de livres et d’autres qui en ont moins de 100... » relate Olivier Dezutter.

« Ensuite on peut se poser d’autres questions : comment on place les livres en classe, quel accès on leur donne, quels sont les coins lecture et qu’est-ce qu’on achète comme livres? Là aussi, c’est très inégal », ajoute-t-il.

Ces détails ont pourtant toutes leur importance (voir autre texte).

« Une société de lecteurs »

Comme la lecture et livre ont des places à géométrie variable dans les écoles, M. Dezutter croit qu’il est temps que le gouvernement investisse de façon durable dans la littérature à l’école mais dans la société également.

« Il faut faire une société de lecteurs », ajoute-t-il.

En mai dernier, le ministère de l’Éducation du Québec a aussi annoncé qu’il financerait deux sorties culturelles par année pour tous les élèves des écoles primaires et secondaires de la province. Ça aussi, c’est une bonne nouvelle pour essayer de positionner le livre au cœur de l’apprentissage.

L’influence de cette annonce se fait d’ailleurs sentir au Salon du livre de l’Estrie, qui se tiendra du 17 au 20 octobre cette année.

« Pour les visites de groupes scolaires, nous avons 3500 inscriptions jusqu’ici et ça continue d’entrer chaque jour. Pour notre volet des virées littéraires, où les écoles vont recevoir des auteurs dans leurs classes, nous avons 68 animations réservées, soit 44 dans des écoles et les autres dans des CPE. Là aussi, c’est davatange que par les années passées », se réjouit Raphaëlle B. Adam, responsable de la programmation et de la communication au Salon du livre de l’Estrie.

Chaque année, l’organisation du Salon du livre met beaucoup d’efforts pour faire une bonne programmation jeunesse, tant pendant les journées des groupes scolaires que la fin de semaine quand les jeunes viendront visiter le salon avec leurs parents.

« En plus des activités qu’on organise, il y a aussi de nombreux auteurs jeunesse présents qu’on peut rencontrer dans les kiosques. Un salon du livre, c’est une mine de découvertes pour des livres qui vous nous intéresser », souligne Mme Adam.

« Il y a aussi de l’intérêt de la part de nos écoles pour des visites dans les bibliothèques. Nous sommes en lien avec nos partenaires comme les bibliothèques et le Salon du livre, qui s’organisent car ils sentent l’effervescence de nos écoles pour des sorties dans leurs milieux », soutient Viviane Guimond, coordonnatrice au service des ressources éducatives de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

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Une prescription pour une carte de bibliothèque

Sur ses carnets de prescription, le Dr Claude Cyr ne prescrit pas seulement les médicaments couramment utilisés par sa clientèle pédiatrique. Il prescrit régulièrement des cartes de bibliothèque.

« Quand un enfant a un retard de langage, ça peut prendre six mois à un an avant qu’il puisse voir un professionnel pour l’aider à cause des listes d’attente. Mais une visite à la bibliothèque, c’est tangible pour les parents, c’est accessible, il y a des résultats concrets. Tous les parents trouvent que c’est une bonne idée et ils y vont. À la Bibliothèque Éva-Sénécal seulement, il y a 30 511 livres pour enfants et 1334 jeux; c’est un paradis! Je réfère aussi les parents à l’heure du conte et aux ateliers d’éveil à la lecture », souligne le pédiatre du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Il y a une statistique qui me fascine : un enfant de quatre ans issu d’une famille défavorisée a entendu 10 millions de mots en moins qu’un enfant issu d’une famille aisée. Ça amène un écart considérable qu’il peut être difficile à rattraper quand vient le temps des apprentissages en première année », explique le Dr Cyr.

La clinique externe de pédiatrie à l’Hôpital Fleurimont est toute petite et chaque centimètre y est compté. De plus, on doit composer avec la prévention des infections qui rend impossible le prêt des livres sous la forme d’un croque-livres par exemple­. Mais cela n’a pas empêché deux résidentes en médecine d’y installer des boîtes de livres à donner aux enfants, un projet qui dure depuis deux ans.

« Le principe, c’est qu’un enfant choisit un livre, l’amène dans la salle de consultation et repart avec. On peut aussi en donner, si les enfants habitent en périphérie de Sherbrooke et que la bibliothèque n’est pas une option accessible », explique le Dr Claude Cyr.

Cette initiative plaira certainement à Olivier Dezutter, codirecteur du Collectif de recherche sur la continuité des apprentissages en lecture et en écriture. Il travaille justement sur un projet pour inciter les professionnels de la santé à créer des espaces consacrés à la lecture dans leurs salles d’attente.

« S’il y a un coin lecture accueillant et avec des beaux livres chez le dentiste, par exemple, c’est une façon de valoriser la lecture dans la société », explique l’enseignant.

Car pour donner le goût de la lecture aux enfants dès le plus bas âge, les centres de la petite enfance (CPE) et les écoles ont bien entendu leur important rôle à jouer. Les familles aussi doivent donner l’exemple en ayant des livres à la maison, les parents en lisant à leurs enfants et en donnant l’exemple en bouquinant eux-mêmes. Mais c’est la société entière qui doit jouer son rôle pour mettre en valeur la lecture, soutient Olivier Duzetter.