Les pharmacies doivent elles aussi composer avec des clients dérangeants ou carrément désagréables qui n’acceptent pas les consignes des autorités ou les mesures adoptées pour contrer le coronavirus.
Les pharmacies doivent elles aussi composer avec des clients dérangeants ou carrément désagréables qui n’acceptent pas les consignes des autorités ou les mesures adoptées pour contrer le coronavirus.

L’impatience se fait sentir dans les pharmacies

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Les pharmaciens aussi font affaire avec des clients agressifs. Philippe Leng, propriétaire du Familiprix Extra portant son nom, a vu des clients mentir aux préposés à l’accueil, s’interposer entre deux personnes aux caisses et même... une crise du bacon d’un adulte qui ne voulait pas se désinfecter les mains.

« Mon gardien de sécurité venait de commencer, c’était le deuxième [client] de la journée, raconte M. Leng. Le monsieur s’est lancé par terre, il ne voulait rien savoir. Après, il a réussi à avancer, ils l’ont bloqué. Je suis ensuite intervenu. Ce n’est pas compliqué : on suit la règle ou on ne veut plus vous voir. Ce patient est devenu conciliant. »

« Ce n’est pas la majorité! » relativise M. Leng, avouant croiser une dizaine de récalcitrants tous les jours. Distanciation sociale oblige, M. Leng limite le nombre de clients à cinq dans son magasin, ce qui n’empêche pas de voir une trentaine d’acheteurs toutes les heures. 

« C’est de mieux en mieux, ajoute-t-il. La grande majorité est très courtoise et fait très attention. »

Menteurs

D’autres clients mentent à l’accueil. 

Comme la plupart des commerces, l’employé à l’entrée du magasin pose une série de questions aux clients sur des symptômes potentiels de la COVID-19 et sur les voyages. « Une personne a répondu à toutes les questions et a ensuite dit à mon employé dans l’allée qu’elle revenait d’Italie », déplore le pharmacien. 

« On a eu des personnes qui sont revenues des États-Unis avec leur Winnebago, poursuit-il. Ils venaient faire leurs commissions de retour. On les a retournés. »

Autres événements

Sur la page Facebook de son entreprise, M. Leng a cité en exemple des événements qui se sont produits chez ses collègues pharmaciens. 

« Un patient régulier de la pharmacie vient pour demander conseil à la pharmacienne. [...] Lors du conseil, la pharmacienne a su que le patient était en contact avec des amis qui viennent d’arriver de la Thaïlande. Elle lui demande poliment de retourner chez lui, qu’elle fera la consultation par téléphone. Ce qui n’a pas fait le plaisir ni du patient ni de son conjoint. » 

« La sécurité est venue au laboratoire pour guider les deux à la sortie, poursuit-il. Notre pharmacienne se fait cracher dessus par un des deux et l’autre a fait la même chose au garde de sécurité », a-t-il dénoncé sur les réseaux sociaux pour sensibiliser les gens. 

 Philippe Leng

À la pharmacie Brunet Ariane Plourde sur la 12e avenue, on explique avoir vu quelques personnes devenir agressives, mais rien de majeur. Le gérant a dû intervenir à une reprise pour calmer une dame. Les mesures de sécurité ont toutefois été renforcées durant la pandémie. La personne à l’entrée pour accueillir les clients a un appareil avec lequel elle peut appeler à l’aide. Il y a aussi en permanence un employé masculin sur le plancher pour pouvoir intervenir de façon plus physique si la situation le demande.

Deux catégories

Pour le pharmacien-propriétaire et représentant régional de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires, Jean-Luc Trottier, la clientèle se polarise en deux catégories : les contents et les désagréables. « Les gens hyper contents qui font attention partout et qui voient qu’il y a des mesures pour réduire la propagation du virus. Ils nous remercient et sont très gentils. »

« D’autres sont carrément désagréables, enchaîne-t-il. Pour eux, juste le fait de modifier leurs habitudes, c’est la fin du monde. Il y en a tous les jours dans les pharmacies qui ne comprennent pas. »

« On limite le nombre de personnes à cinq dans la pharmacie. Mais même en faisant ça, on calcule que 30 clients viennent toutes les heures en moyenne. Les bons patients gardent leur distance et viennent chercher ce dont ils ont besoin, donc ça va bien », résume-t-il.