Pendant le projet-pilote mené à l’Hôpital Fleurimont, 16 patients de 65 ans et plus ont participé au projet qui vise à améliorer leur qualité de vie, leur capacité fonctionnelle mais aussi l’efficacité du traitement d’hémodialyse.

L’hémodialyse à coups de pédale

Pédaler pendant ses traitements d’hémodialyse apporte des bienfaits aux patients : voilà ce que démontre un projet-pilote mené à l’Hôpital Fleurimont pendant six mois. Le projet a démontré des résultats si positifs qu’il devrait bientôt être offert de façon permanente aux patients atteints d’insuffisance rénale chronique et qui doivent se plier, chaque semaine, à trois longues séances de quatre heures de dialyse.

« Depuis la fin du projet-pilote, nous réussissons à maintenir le service grâce à des stagiaires en kinésiologie. Nous franchissons les étapes et nous avons bon espoir que le projet sera offert de façon permanente bientôt à tous les patients du CIUSSS de l’Estrie-CHUS », soutient Eléonor Riesco, professeure à la faculté des sciences de l’activité physique et directrice du baccalauréat en kinésiologie à l’Université de Sherbrooke (Udes), l’une des chercheuses derrière le projet.

Le CIUSSS du Bas-Saint-Laurent s’est montré intéressé au projet. Si intéressé, en fait, qu’on est en train de le mettre en branle grâce à une entente avec l’Université de Sherbrooke.

« Un autre CIUSSS en Montérégie est intéressé. C’est emballant! » assure la professeure Riesco.

Actuellement à l’Hôpital Fleurimont, une quinzaine de patients pédalent chaque semaine lors de leurs trois séances d’hémodialyse.

Pendant le projet, 16 patients de 65 ans et plus ont participé à l’étude, qui vise à améliorer leur qualité de vie, leur capacité fonctionnelle mais aussi l’efficacité du traitement d’hémodialyse.

Des résultats concrets, en voici en voilà.

« Au début, nous faisons une évaluation de la condition physique des patients par des tests très simples. Par exemple, on leur demande de se lever de leur chaise le plus souvent possible à l’intérieur d’une minute. Des patients étaient incapables de se lever. On peut donc imaginer leur autonomie et à quel point ça peut être difficile la vie à la maison. À la fin du projet, ils étaient capables de se lever aisément! D’autres rapportaient qu’ils pouvaient marcher sans avoir de douleurs aux pieds ou qu’ils étaient maintenant capables de monter des escaliers », soutient Eléonor Riesco.

« Les personnes qui font de la dialyse sont souvent âgées et déconditionnées à cause de leur maladie. Quand on rajoute à ça qu’elles doivent être alitées pendant quatre heures, trois fois par semaine, pour recevoir leur dialyse, on diminue encore les possibilités pour les gens de se mobiliser », soutient Eléonor Riesco.

L’insuffisance rénale chronique est un état irréversible qui se traduit par l’incapacité des reins à assurer leur fonction. Elle nécessite une thérapie continue de remplacement rénal, soit la dialyse ou la transplantation des reins. Associée à une mortalité élevée et une qualité de vie réduite, cet état affecte plus de 38 000 Canadiens.

Pédaler... ailleurs dans l’hôpital?

Récemment, un autre projet de recherche a été lancé au Centre de recherche du CHUS : des patients hospitalisés aux soins intensifs seront aussi appelés à pédaler, même de manière passive, pendant leur hospitalisation. Le premier objectif est de préserver leur masse musculaire. Pendant une hospitalisation aux soins intensifs, les patients sont en effet très malades et difficiles à mobiliser en raison des nombreux appareils médicaux auxquels ils sont reliés.

« Ce projet aux soins intensifs est aussi emballant! Donc quand on me demande si notre projet de pédaler en hémodialyse pourrait aussi s’appliquer dans d’autres domaines cliniques, je dis que oui, bien sûr », lance Mme Riesco, qui espère que son projet pavera la voie à d’autres projets de recherche.

Ce projet est né grâce à la débrouillardise des chercheurs, qui ont dû user d’imagination pour trouver ce vélo adapté et qui correspond à une multitude de critères.

En effet, sur le marché, un vélo adapté à une telle pratique coûte cher. Jusqu’à 20 000 $ en fait. De l’argent que l’on n’a pas dans un CIUSSS pour un tel projet-pilote et pour un petit nombre de patients. « Nous avons travaillé avec un ingénieur du Centre de recherche sur le vieillissement, qui a créé et adapté une table qui permet de fixer un pédalier au bout du lit et qui permet aussi de le déplacer sans avoir à le porter », soutient Mme Riesco.

Au début, le vélo est parfait. Mais avec le temps, les patients deviennent si bons que la table finit par se déplacer. « On a encore besoin de s’améliorer. Nous travaillons avec des étudiants en génie, qui tentent de développer une table encore mieux adaptée », renchérit la chercheuse.